Manger oui : mais dans les livres !

Que ce soit dans la poésie, au théâtre, dans les contes, les fables ou le roman, la littérature a marqué, selon les époques, plus ou moins d’intérêt, pour la nourriture et les scènes de repas. Etude à partir de notre corpus.

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Théâtre et nourriture

L’univers culinaire et le théâtre coexistent depuis toujours. Dans le théâtre grec antique, contrairement à la tragédie, qui, à cause de la règle de bienséance, ne peut que relater les repas, la comédie utilise, sur scène, les aliments et les boissons, la préparation de la nourriture, les ustensiles de cuisine, l’acte de manger et de boire ou bien les repas festifs pour pouvoir commenter et critique, de façon prudente, des événements sociaux ou politiques. La comédie romaine offre un intérêt encore plus grand à la représentation de la nourriture. Il en est de même dans le théâtre élisabéthain : chez Shakespeare, les personnages boivent et mangent sur scène (Hamlet, Macbeth, Henry V).

En Italie, dans la Commedia d’ell Arte, la nourriture occupe une place importante. Les serviteurs, les Zanni, ont tout le temps faim. En France, à l’époque classique, on pense qu’aucune expression artistique ne doit montrer l’existence des fonctions quotidiennes, considérées comme obscènes, aussi la tragédie exclut le boire et le manger de la scène, ou alors y fait seulement allusion (Cf. Britannicus et Esther de Racine). En revanche, les pièces de Molière sont très riches en références culinaires pour caractériser les personnages et produire un effet comique. Par exemple, dans L’Avare, Harpagon, à cause de sa radinerie, a une relation problématique avec la nourriture. Dans Le Bourgeois gentilhomme, le festin monté sur scène constitue un commentaire sur les rapports entre les classes sociales. Dans Don Juan, trouver à manger est une préoccupation essentielle pour Sganarelle. Par contre, l’univers culinaire n’a pas toujours été en harmonie avec la prose.

Lire l’étude complète

La thématique vous intéresse et vous souhaitez lire une étude littéraire plus détaillée ? Lisez notre fiche complète, avec de nombreux extraits , rédigée par Madeleine Rolle-Boumlic, docteur d’Etat en langue et littérature française. 

Roman et nourriture

Au Moyen Age, la littérature romanesque (Cf. Le Roman de Renart) se caractérise par une profusion du vocabulaire alimentaire, car les gens sont obsessionnellement en quête de nourriture (époque des grandes famines). D’autre part, la nourriture a toujours été au cœur de la littérature merveilleuse, que ce soit dans les romans de chevalerie (Les cycles du Roi Arthur, Tristan et Yseult, etc.) ou dans les contes.

Au XVI°, avec l’humanisme, on assiste à un engouement pour la nourriture, la boisson et aussi la sensualité dans les textes littéraires, dont le parfait exemple est chez Rabelais avec les aventures de ses géants Gargantua et Pantagruel. On y retrouve le banquet carnavalesque, ripaille joyeuse, gloutonne et effrénée.

Mais, au XVII°, la littérature dite classique ne s’intéresse pas au boire et au manger, notions bien trop matérielles Elle nourrit l’esprit, alors que la nourriture nourrit le corps. Une scission se fait alors : l’esprit s’accorde avec l’écrit, le boire et le manger avec l’oralité. Lorsque le repas est mentionné, il l’est pour des raisons le plus souvent narratives, comme, par exemple, pour exprimer la chronologie dans le récit (« avant le déjeuner », « après le dîner », etc.). Mais, la nourriture est toujours présente dans les contes (comme ceux de Perrault), où elle est souvent utilisée comme élément magique. Dans ses Fables, La Fontaine met également la nourriture à l’honneur (Cf. le personnage du Glouton).

Au XVIII°, le roman libertin (Fromentin, Laclos, Casanova, Sade, Crébillon fils, etc.) n’hésite pas à mettre en scène le boire et le manger. C’est avec lui que les plaisirs de la table font leur entrée en force dans la littérature. Le plus souvent, le repas est une doublure honnête de la scène d’amour. En effet, il est moins risqué, pour ne pas être victime de la censure, de remplacer une scène d’amour par une scène de repas, tout aussi évocatrice. Cela est pratiquement devenu une convention dans ce type de littérature : le repas sert de prélude à l’acte sexuel. Sans que cela soit forcément un motif récurrent dans leurs œuvres, les poètes écrivent aussi des poésies consacrées aux plaisirs de la table, surtout aux vins et aux nectars.

Dans la première moitié du XIX°, les plaisirs de la table ne sont que très lentement représentés dans la littérature. En effet, pour un certain romantisme du début du siècle, la nourriture, au même titre que les réalités physiologiques, est occultée. Des écrivains comme Stendhal y sont encore hermétiques. Chez d’autres, les scènes de repas sont utilisées à des moments stratégiques du parcours du héros, pour métonymiser sa situation. Ils sont des moteurs du récit, mais ne font pas sens en eux-mêmes.

Balzac et Zola

C’est Balzac qui, le premier, a compris l’intérêt pour un romancier, de faire entrer les plaisirs de la table dans la littérature. Mais, s’il nous fait découvrir la France de son époque à table, les scènes de repas ne sont pas là pour problématiser tel ou tel enjeu, mais sont le fait d’un réalisme historiquement ancré et en phase avec le discours de son époque. Le plus souvent, elles sont décrites brièvement. Lorsqu’elles le sont longuement, Balzac s’intéresse plus aux conversions qu’aux mets, pour montrer les travers de la société contemporaine.

Par contre, dans la deuxième moitié du XIX°, la littérature romanesque, s’ouvre plus largement à la représentation des plaisirs de la table avec des écrivains comme Flaubert, Zola, ou Maupassant. Ceux-ci mettent en scène les repas, de façon très détaillée, parce qu’ils y découvrent de véritables foyers de sens pour problématiser les enjeux relatifs au mode de vie de la société contemporaine. La nourriture, considérée comme obscène d’une esthétique idéaliste, devient alors un des thèmes majeurs du réalisme et du naturalisme, qui revendiquent le droit de tout dire. Chez eux, le motif du repas devient un motif quasi-obligé : ce n’est plus un thème évoqué ou un topos figé, il est inscrit dans le temps de la narration et développé, sur le mode de la scène, pour aborder des problèmes comme : la famille toute puissante et aliénante, les rapports de pouvoir, la pauvreté et la richesse, la lutte pour la vie, les progrès déstabilisants de la science, etc. Il est un moment de cristallisation du récit où les événements, heureux ou malheureux culminent.

La nourriture dans les contes et la poésie

Repas

Repas © johoo – fotolia.com

Dans la littérature merveilleuse, citons les contes de Grimm ou d’Andersen ou bien encore Alice au pays des merveilles (1865) de Lewis Carroll, où la nourriture est omniprésente, car elle fait partie intégrante de l’intrigue et de sa construction, avec le pouvoir magique des aliments de faire grandir et rétrécir la gourmande Alice. Dans la littérature pour enfant, citons l’œuvre de la Comtesse de Ségur où la nourriture joue un rôle important, comme par exemple dans Les Malheurs de Sophie, où Sophie très gourmande ne pense qu’à manger (Cf. L’épisode des fruits confits). Plus rarement, les plaisirs de la table apparaissent dans la poésie. Citons tout particulièrement Apollinaire pour lequel la poésie est un moyen d’habiter plus intensément le monde tel qu’il est. Il dément le cliché selon lequel le poète reste dans les hauteurs de son imaginaire et ne s’intéresse pas au monde extérieur, bas et dégradant. Il exploite le quotidien et le fait entrer dans la poésie, comme dans son poème Le Repas. Il opère ainsi une subversion de ce qui est traditionnellement accepté comme création artistique.

Chez les autres poètes, ce sont plutôt des poèmes consacrés à certains aliments ou au vin que l’on rencontre (Cf. Baudelaire : Le Gâteau, L’âme du vin, etc.).

 

Si vous avez de vous replonger dans les livres cités dans notre étude, le corpus auquel nous faisons référence est le suivant : les livres sont téléchargeables gratuitement, en intégralité

Le corpus de la fiche pédagogique :

Titre Téléchargez le livre
Le Roman de Renart, Anonyme pdf epub
La peau de chagrin, Balzac (de) pdf epub
Madame Bovary, Flaubert pdf epub
L’Education sentimentale, Flaubert pdf epub
Salammbô, Flaubert pdf epub
Ruy Blas, Hugo pdf epub
A Rebours, Huysmans pdf epub
Les Caractères, La Bruyère pdf epub
Bel-Ami, Maupassant pdf epub
Boule de Suif, Maupassant pdf epub
Pantagruel, Rabelais pdf epub
Cyrano de Bergerac, Rostand pdf epub
L’Enfant, Vallès pdf epub
Au bonheur des Dames, Zola pdf epub
Germinal, Zola pdf epub
L’assommoir, Zola pdf epub
Nana, Zola pdf epub
Les malheurs de Sophie Ségur, Comtesse de pdf epub
Les Contes Perrault, Charles pdfepub
Les Fleurs du mal Baudelaire, Charles pdf epub
Contes de la famille Grimm, Jacob pdf epub
Alcools Apollinaire pdf epub
Les Liaisons dangereuses Choderlos de Laclos, Pierre pdf epub
Les Aventures d’Alice au pays des merveilles pdf epub
Les Fables de La Fontaine La Fontaine, Jean de pdf epub

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