Que retenir de la loi « pour une école de la confiance » ?

Débuté le 11 février dernier, l’examen du projet de loi « pour une école de la confiance » se poursuit. La loi devrait être adoptée lors du vote solennel ce mardi à l’Assemblée.

© Getty Images

Après une semaine de vifs débats, le premier grand texte de loi sur l’école du quinquennat Macron a été défendu par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Ce dernier n’a cessé de rappeler que cette loi de « justice sociale » vise à faire évoluer « le niveau général d’instruction et d’éducation des enfants ». Dans la loi Blanquer, la mesure phare du ministre reste le passage de l’instruction obligatoire dès 3 ans. Annoncée dès le printemps 2018 par Emmanuel Macron, cette mesure fixe « les années de l’école maternelle [comme] décisives pour la maîtrise future des savoirs fondamentaux ».

L’Assemblée nationale a également voté jeudi les mesures concernant l’inclusion des élèves handicapés, qui prévoient entre autres des changements dans le mode de recrutement des AESH (accompagnant d’élèves en situation de handicap). Ces derniers se verront proposer « des CDD de trois ans, renouvelables une fois avec un CDI à la clé au bout de six ans », précise l’amendement adopté. « Un changement majeur » pour les AESH, d’après Jean-Michel Blanquer.

Les mesures controversées

D’autres mesures ont quant à elles fait l’objet de contestation ou crispation. Parmi elles, la pré-professionnalisation d’enseignants parmi les assistants d’éducation qui préparent les concours de recrutement. Concrètement, le dispositif vise à recruter des étudiants qui se destinent à devenir enseignants, à s’exercer à enseigner avec le statut d’assistant d’éducation, en primaire et dans le secondaire. Un moyen de se bâtir progressivement une expérience professionnelle avant de passer le concours pour devenir enseignant. Jugé précarisant par l’opposition et les syndicats, cet amendement est vu comme « éminemment social » par Jean-Michel Blanquer.


Autre point de crispation, la création des INSPÉ, pour Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation. En transformant dans les articles 10, 11 et 12, les ESPE en Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation, le gouvernement ambitionne « de repenser les exigences et la gouvernance du dispositif, tout en confirmant son ancrage dans l’enseignement supérieur ».

Enfin, l’apparition de la mention « parent 1, parent 2 » sur les formulaires scolaires en lieu et place des mots « père et mère » n’a pas fait consensus à l’Assemblée. Adopté en première lecture, un amendement initié par la députée LREM Valérie Petit va davantage « ancrer dans la législation la diversité familiale des enfants ».

Les articles de la discorde

L’article 1 est sujet à polémique : en effet, il « rappelle que la qualité du service public de l’éducation dépend de la cohésion de la communauté éducative autour de la transmission de connaissances et de valeurs partagées ». En d’autres termes, le texte exige « pour les personnels, une exemplarité dans l’exercice de leur fonction et, pour les familles, le respect de l’institution scolaire, dans ses principes comme dans son fonctionnement ». Le devoir d’exemplarité demandé aux personnels éducatifs dès le premier article de la loi ne passe pas, certains enseignants voyant dans ce texte la disparition de leur liberté d’expression. Pour sa défense, le ministre déclarait qu’il ne voulait pas « toucher en quoi que ce soit au devoir de réserve ».

L’autre sujet polémique figure dans l’article 9 qui créé le Conseil d’évaluation de l’Ecole. Intégré en partie dans « les attributions actuelles du Conseil national d’évaluation du système scolaire »(CNESCO), ce conseil « permettra l’existence, pour la première fois, d’un système d’évaluation de toutes [les] écoles et [des] établissements ». Sous tutelle du ministère de l’Éducation nationale, ce conseil sera composé de 12 membres, dont 4 personnalités choisies par le ministre, 4 représentants du ministre, ainsi que 2 députés et 2 sénateurs. Face à la suppression du CNESCO, des syndicats comme le SNES ou le SNUIPP-Fsu affichent leur soutien à cette instance et expriment leur inquiétude face au manque d’indépendance de ce nouveau Conseil d’évaluation de l’école. Une pétition citoyenne a même été lancée afin de sauvegarder le CNESCO.

Enfin, une autre mesure totalement inattendue, mais complétée et adoptée par les députés, est l’amendement d’Eric Ciotti (LR) qui rend obligatoire la présence dans les classes du drapeau français et du drapeau européen, ainsi que les paroles de l’hymne national.

Les 25 articles qui composent la loi « pour une école de la confiance » doivent être validés par un vote qui aura lieu en fin d’après-midi à l’Assemblée. Vote contre lequel cinq organisations syndicales s’opposent en demandant aux députés « de ne pas voter la loi en l’état ».

 

 

5 commentaires sur "Que retenir de la loi « pour une école de la confiance » ?"

  1. Benjamin  19 février 2019 à 15 h 24 min

    Sur le devoir de réserve, Blanquer a raison, c’est juste une consécration de la jurisprudence actuelle dans ce domaine…Signaler un abus

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  2. Stéphane  20 février 2019 à 18 h 07 min

    Et la disparition des directions des écoles pour les établissement publics des savoirs fondamentaux? Vous ne l’évoquez pas. Des écoles sans directeurs dans les murs, uniquement avec des coordonateurs soit des enseignants qui seront en classe et qui devront gérer le quotidien de l’école en plus et sans reconnaissance. Des familles qui n’auront plus d’interlocuteur sur place et qui devront se rendre au collège, faire avec les horaires des services de l’établissement. Que ce soit à la campagne ou dans les régions de montagne ça promet. Le directeur avait dans ses mission l’animation de l’équipe enseignante, qu’en sera-t-il avec un directeur adjoint qui ne sera pas dans l’école? L’école est en difficulté et on lui apporte des drapeaux….Signaler un abus

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  3. Franz  26 février 2019 à 21 h 31 min

    Incroyable ! Pas un mot sur la création des Etablissements Publics des Savoirs Fondamentaux, nouvelle « usine à gaz » bureaucratique qui va sonner le glas à moyen terme des petites structures, de la spécificité de l’école maternelle et du travail en équipe ; tout cela pour masquer la suppression de milliers de postes d’enseignant-es…Signaler un abus

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  4. profencolère  28 février 2019 à 13 h 07 min

    Combien vont coûter ces drapeaux ainsi que les paroles de l »hymne national dans toutes les classes ?
    Les écoles ont déjà un drapeau dans leurs locaux ainsi que l’hymne national devant lesquels tous les élèves peuvent se retrouver…
    Encore des frais inutiles alors qu’il y a tellement de besoins … C’est l’école du tape-à-l’oeil !!Signaler un abus

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  5. Lalala  8 mars 2019 à 18 h 59 min

    L’hymne national le drapeau… nauséabond. Il n’y a pas plus important à développer ?Signaler un abus

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