Et si on adoptait la discipline positive dans la classe ?

Alliant fermeté et bienveillance, la discipline positive peut s’appliquer dans la classe et dans l’ensemble de l’établissement scolaire. Explications avec Béatrice Sabaté, spécialiste de la question.

Discipline Positive – Getty images

Vous souhaitez poser un cadre ferme et bienveillant dans votre classe ? La discipline positive (DP) pourrait bien vous intéresser. Celle-ci a été créée par Jane Nelsen, une psychologue américaine, qui s’est inspirée des travaux d’Alfred Adler et Rudolf Dreikurs, deux psychiatres autrichiens. « La discipline positive, c’est une démarche d’éducation à la coopération qui s’appuie sur une posture éducative, des gestes professionnels, fermes, bienveillants et encourageants au service du bon fonctionnement du lien », explique Béatrice Sabaté, psychologue clinicienne, maître formatrice et membre co-fondateur de l’Association Discipline Positive France (ADPF). La fermeté permet ainsi de poser un cadre, d’apprendre à respecter les autres et soi-même ; la bienveillance de s’assurer que le point de vue de l’autre est entendu ; et l’encouragement de développer le sentiment d’être capable en contribuant.

L’importance de la contribution

La contribution, prônée par la discipline positive, va plus loin que le simple fait d’attribuer des responsabilités à chacun (distribuer des cahiers, effacer le tableau…). Ici, plutôt que de donner un ordre à l’élève, on l’interroge pour l’amener à réfléchir. On lui demande son avis. Il participe à la recherche de solutions… « Pour étudier la Seconde guerre mondiale, on peut par exemple construire le plan du cours avec les élèves en leur demandant quels mots leur viennent à l’esprit. Ils effectuent ensuite des recherches. C’est le principe de la pédagogie active. La contribution de chacun est un levier d’inclusion qui développe de surcroît le sentiment d’être capable, d’avoir une valeur aux yeux des autres », ajoute la psychologue. Ainsi, selon elle, à l’image d’une cordée, chaque élève a sa place dans le groupe qui reste solidaire. La contribution permet à l’enfant de voir en quoi il est unique dans cette cordée, de faire partie de la communauté.

Des outils pour gérer les difficultés

En gestion des incidents, la DP propose également des clés. Un élève bavarde toujours pendant le cours ? Oublie régulièrement ses affaires ? La DP contourne la punition en s’appuyant sur la recherche de solutions. On pourrait lui demander ce qui se passe et lui dire par exemple : « je m’aperçois qu’à chaque cours tu ris avec ton voisin. Je comprends que tu aies besoin de parler et en même temps, il faut suivre le cours pour avoir ton brevet. Qu’est-ce qui pourrait t’aider à te concentrer ? Est-ce que tu pourrais penser à quelques idées pour demain ? Tu en choisis une et tu la testes ». La discipline positive fait le lien entre le comportement perturbateur et la compétence que l’élève a besoin de développer. Ca peut être une difficulté à gérer la frustration, à prendre la parole à bon escient, à s’organiser. Ca peut même devenir une opportunité d’apprentissage pour l’ensemble de la classe. Si des insultes sont échangées en cours, l’enseignant peut le faire remarquer et profiter des heures de vie de classe (HVC) pour explorer ce qui se passe et que chacun propose des solutions. L’approche est donc moins verticale qu’autrefois… « Certains professeurs se plaignent aujourd’hui de devoir faire la police et de passer trop de temps en gestion de classe. Basculer dans une dynamique plus coopérative s’accompagne d’une discipline qui enseigne, d’un cadre qui sécurise et des temps d’apprentissage pour tous. C’est assez encourageant de penser qu’un incident peut être une opportunité d’apprentissage des compétences de vie pour toute une classe. Et ce, même si la priorité reste l’enseignement de sa matière », souligne Béatrice Sabaté.

Créer une dynamique collective

Mais cette discipline positive ne doit pas se cantonner à la classe. Difficile, en effet, pour les enseignants de travailler sur l’encouragement et la bienveillance sans les vivre eux-mêmes entre adultes au sein des équipes. La discipline positive incite ainsi à chercher des solutions ensemble pour ne pas se sentir isolé, à réaliser un mur des « mercis », à prendre des nouvelles des autres, à demander un avis au lieu d’imposer un projet… Il est essentiel aussi de s’encourager soi-même : regarder le chemin parcouru plutôt que celui qu’il reste à faire, prendre soin de son corps et de son mental… « Il y a une vraie prise de conscience de l’importance des gestes professionnels qui allient fermeté et bienveillance au sein des institutions et déjà de nombreuses actions en cours », se réjouit Béatrice Sabaté. Un projet pilote va d’ailleurs voir le jour à la rentrée prochaine dans l’académie de Créteil (à Saint-Denis et Pantin). Pendant trois ans, l’intégralité des professionnels de la PMI (Protection Maternelle Infantile) au collège, sans oublier les parents, auront la possibilité d’être formés à cette approche ; le travail en réseau est une étape indispensable pour faire avancer cette cordée.

Pour aller plus loin :

Pratique : Vous souhaitez vous initier à la discipline positive ? Vous pouvez demander une formation en équipe dans votre établissement, participer à une formation au Plan Académique de formation, consulter le site d’ADPF ou lire les ouvrages sur le sujet.

A lire : « La discipline positive dans la classe », Jane Nelsen, Lynn Lott, Stephen Glenn, (adaptation : Béatrice Sabaté, Armelle Martin, Clotilde Bacqué), éditions du Toucan et en poche chez Marabout dès la rentrée prochaine. 

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3 commentaires sur "Et si on adoptait la discipline positive dans la classe ?"

  1. jean  7 juin 2019 à 14 h 45 min

    la fin de cet article est assez drôle « prendre soin de son corps et de son mental » notre patron l’EN n’est même pas capable d’avoir une médecine du travail pour contrôler tout cela…cela ferait un beau travail de journalisme de faire un article sur ce problème 😉Signaler un abus

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  2. Principal  10 juin 2019 à 0 h 18 min

    Ces gens ont ils seulement fait classe une seule fois dans leur vie ?Signaler un abus

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  3. isa  10 juin 2019 à 15 h 53 min

    Ah oui …je veux bien témoigner…38 ans d’enseignement en maternelle…sportive mais mal ..mal…mal …au dos….durant des mois et jamais absente car on assure sur tous les fronts jusqu’au jour où la marche est impossible..paralysie .arthrodese lombaire …une année d’immobilisation….plus possible de travailler …et pas une visite médicale professionnelle durant toutes ces années ….
    Je ne tenais pas un marteau piqueur dans mes mains mais 30 jeunes élèves toute la journée et une direction…..bruit…stress…agitation….grande présence …tout cela use le corps!!!mais ce n’est pas une maladie professionnelle !!!
    Dommage car ce métier est passionnant!!!!Signaler un abus

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