Des aménagements flexibles pour mieux apprendre à l’école

Coussins, galettes, tabourets, ballons… Depuis la rentrée 2019, l’école d’Oradour-sur-Vayre, dans la Haute-Vienne, a aménagé différemment ses classes. Objectif ? Canaliser l’énergie des élèves et favoriser leur concentration. Premier bilan.

Tout a commencé en 2018. Cécile Gauchou, enseignante en ce1-ce2 à Oradour-sur-Vayre, entre Limoges et Angoulême, cherche alors une solution pour aider sa classe très agitée. En surfant sur le web, elle entend parler des classes flexibles (ou « flexible seating »). Une pratique répandue aux Etats-Unis et au Canada, et qui consiste à mettre l’ergonomie au service de la pédagogie en proposant des manières différentes de s’asseoir et de travailler. « J’ai testé par petites touches. J’ai récupéré des galettes que j’ai mis sur les chaises pour que les enfants puissent gigoter. J’ai installé des tabourets tamtam en forme de sablier pour qu’ils soient assis correctement malgré leur envie de bouger. J’ai acheté des tablettes dures pour travailler ailleurs que sur leur  table », se souvient la professeure. Très vite, les enfants apprécient ce changement. Les deux élèves en situation de handicap de la classe se sentent plus à l’aise et mieux acceptés. Mais le changement ne se limite pas au mobilier. « C’est toute une pédagogie de l’acceptation du corps. On respecte leur besoin de bouger, de parler. On est flexible aussi dans la manière de travailler », précise Cécile Gauchou. La classe flexible suppose, en effet, de se remettre en question et de changer ses habitudes. Il y a beaucoup de sur-mesure, ce qui demande plus de travail pour individualiser les tâches des élèves.

Le soutien financier du rectorat

En découvrant que le rectorat de Limoges lance un appel aux projets innovants, l’enseignante en parle à ses collègues. Toute l’équipe se mobilise alors pour tenter d’obtenir une aide financière et ainsi étendre le projet à toutes les classes de l’école. A leur grande surprise, celui-ci obtient le label innovation du rectorat de Limoges, une première pour un établissement scolaire en milieu rural, et 1000€ leur sont attribués. De quoi acheter du matériel professionnel pour les quatre classes de maternelle et élémentaire pour la rentrée 2019. Les classes flexibles font partie intégrante du projet de l’école pour les quatre prochaines années.

Mobilité et contrat de confiance

Le fonctionnement au sein de la classe flexible reste personnel. Chaque enseignant s’organise comme il l’entend. Dans la classe de Cécile Gauchou, les élèves ont une place attitrée pour ranger leurs affaires. Ils s’y assoient une heure par jour environ, quand la professeure explique des leçons au tableau. Le reste du temps, ils travaillent individuellement ou en petits groupes et se mettent où ils veulent dans l’une des deux salles à leur disposition. L’enseignante s’assoit au sol sur des coussins avec eux quand elle travaille avec un petit groupe. Ici on reste rarement plus de 15 mn à la même place. Quand un enfant a besoin de décompresser dans le couloir, il prévient la professeure et peut y aller entre deux exercices ou après une leçon. « C’est un système de contrat de confiance. S’ils ne travaillent pas ou sont trop bruyants, on fonctionne de manière plus traditionnelle, sur table, pendant une semaine. Les enfants redoublent d’efforts pour retrouver cette autonomie », commente Cécile Gauchou.

Un bilan positif

Résultat, les élèves coopèrent beaucoup, s’entraident et comme ils sont mobiles, rencontrent moins de difficultés à contenir leur énergie. « Ca reste un groupe agité mais qui se met plus facilement au travail, s’implique dans les projets et vient à l’école avec le sourire. Le seul point négatif, c’est les sorties en extérieur. Quand ils doivent écouter une personne pendant une heure, c’est dur. Mais ça aurait peut-être été difficile aussi en ayant conservé un système conventionnel », remarque l’enseignante. Du côté des parents, certains redoutent un peu la transition avec le collège. Mais avec le changement de classe à chaque matière et en prenant de l’âge, cette transition devrait bien se passer selon la professeure. « Nous en sommes encore au stade d’expérimentation mais au Québec beaucoup d’écoles ont des classes flexibles depuis quelques années déjà, collaborent avec des ergothérapeutes et ça fonctionne bien », ajoute-t-elle. Le bilan après cette première année est très positif. Et Cécile Gauchou confirme que tous les collègues qui ont déjà tenté cette approche seraient incapables de revenir en arrière.

Pour aller plus loin

Vous souhaitez expérimenter cette approche dans votre classe ? Vous trouverez des infos sur internet via des groupes Facebook dédiés (la classe flexible de Madame Stéphanie, Ma classe flexible…), des blogs d profs (Mais que fait la maitresse…) ou bien encore dans des livres comme « Enseigner en classe flexible » aux éditions Retz.

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