La médecine scolaire en grande difficulté

Il y a moins d'un millier de médecins scolaires en France. Un chiffre alarmant qui reflète une profession en crise, où le manque de moyens et de reconnaissance font renoncer les candidats, alors que les postes à pourvoir n'ont jamais été aussi nombreux.

© Getty Images

Dans le dernier « rapport d’information sur la prévention santé en faveur de la jeunesse » publié en septembre 2018, les députés Cyrille Isaac-Sibille et Ericka Bareigts, déploraient l’effondrement de 20 % des effectifs de médecins scolaires en France. État des lieux.

La France compte seulement 976 médecins scolaires en activité, un nombre inquiétant alors que le pays compte plus de 12,5 millions d’élèves. Un tiers des postes de médecins scolaires ne sont pas pourvus, et même un sur deux en Seine-Saint-Denis. La situation est plus catastrophique dans l’Indre, par exemple, où il n’y a plus aucun médecin scolaire en poste depuis septembre 2014. L’Académie nationale de médecine s’inquiétait dans un rapport d’octobre 2017 de la « situation alarmante de la médecine scolaire en France ». Elle expliquait ainsi : « le nombre de médecins scolaires est en diminution constante passant de 1400 médecins de l’éducation nationale en 2006 à 1000 en 2016. Leur répartition est très hétérogène, allant de 2 000 à 46 000 élèves pour un seul médecin. En moyenne 57% des enfants ont eu un examen de santé pratiqué par un médecin ou par une infirmière en 2015. »

Des missions qui ne sont plus assurées

Face à cette carence, les médecins de l’éducation nationale ne peuvent plus assurer leur fonction, et cela menace la qualité et l’égalité du dépistage précoce et de la prévention. C’est donc toute la médecine scolaire, gratuite et normalement accessible de la maternelle au lycée, qui est impactée, alors que les missions ne font qu’augmenter. Ainsi, les suivis médicaux, les bilans complets (comprenant le dépistage de troubles de la vue, de l’audition, de l’asthme, de problèmes dentaires, de dys …), ou les missions d’éducation à la santé ne sont plus garantis. L’école étant bien souvent le seul endroit où les enfants ont accès aux soins, le fait de ne plus pouvoir corriger ces inégalités de santé, durcit les écarts alors que la France compte 2 millions d’enfants pauvres.

Quelles solutions ?

Pour faire face à cette pénurie, et à la présence inégalitaire de médecins scolaires dans certains territoires, le ministère de l’Éducation nationale annonce des pistes pour revaloriser cette profession, et la rendre plus attractive. Parmi elles, la création d’un « parcours de santé » pour les enfants de 0 à 6 ans et une collaboration plus étroite entre l’Éducation nationale, le ministère des solidarités et de la santé, et les ARS.

L’Académie nationale de médecine, quant à elle, recommande une révision de la gouvernance de la médecine scolaire. Elle préconise la mise en place « d’un système de santé scolaire basé sur les personnels de la santé scolaire et les enseignants formés à cet effet ». Le syndicat Sgen-CFDT et Jean-Paul Delahaye, inspecteur général de l’Éducation nationale, recommandent l’augmentation des postes et des salaires des médecins scolaires.

Le prochain état des lieux sur la médecine scolaire aura lieu en mars 2019, lors de la remise du rapport sur la santé des 0-6 ans.

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1 commentaire sur "La médecine scolaire en grande difficulté"

  1. Philippe55  7 janvier 2019 à 9 h 46 min

    Cette situation est particulièrement dangereuse dans les lycées professionnels pour le respect du code du travail relatif aux travaux réglementés.
    En effet, l’employeur ou le responsable de l’établissement mentionné à l’article L. 4111-1 et le chef d’établissement mentionné aux articles R. 4153-38 et R. 4153-39 peuvent, pour une durée de trois ans à compter de l’envoi de la déclaration prévue à l’article R. 4153-41, affecter des jeunes aux travaux interdits susceptibles de dérogation mentionnés à la section 2 du présent chapitre, sous réserve de satisfaire aux conditions suivantes :
    5° :avoir obtenu, pour chaque jeune, la délivrance d’un avis médical d’aptitude. » Cet avis médical est délivré chaque année soit par le médecin du travail pour les salariés, soit par le médecin chargé du suivi médical des élèves et des étudiants, des stagiaires de la formation professionnelle ou des jeunes accueillis dans les établissements mentionnés au 4o de l’article R. 4153-39. » Avant toute affectation aux travaux réglementés, l’employeur et le chef d’établissement doivent avoir vérifié qu’un avis médical d’aptitude a été délivré au jeune.
    Sans cet avis médical, tout accident grave lors de la réalisation de travaux réglementés entarinerait l’entière responsabilité du chef d’établissement devant la justice.Signaler un abus

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