
France Universités soutient le mouvement lycéen et étudiant. Pourquoi les inquiétudes sont-elles légitimes selon vous ?
Nous comprenons ces inquiétudes parce qu’elles portent sur une question essentielle : quelle place notre société est-elle prête à faire à sa jeunesse ? Les jeunes veulent pouvoir poursuivre leurs études dans la voie de leur choix, bénéficier de bonnes conditions d’études, accéder à un logement, prendre soin de leur santé et se projeter dans l’avenir. Il faut entendre cette demande sans la réduire à une contestation de Parcoursup. C’est le sens de notre appel à organiser des états généraux de la jeunesse.
Dans les universités, nous constatons depuis plusieurs années une dégradation des conditions d’études et de travail. Pour une raison simple : certaines formations manquent de places et les établissements rencontrent des difficultés croissantes pour assurer l’encadrement dont les étudiants ont besoin. Nous ne pouvons pas demander aux jeunes d’avoir confiance dans l’avenir sans leur donner les moyens de le construire.
Reconnaître la légitimité de leurs inquiétudes ne signifie pas, pour autant, approuver les violences, les dégradations ou les entraves aux études. Notre responsabilité est de préserver le dialogue, de protéger les étudiants et les personnels et d’obtenir des réponses concrètes. Les premières annonces vont dans le bon sens, mais elles ne répondent pas encore à l’ensemble des difficultés.
Pourquoi la suppression de Parcoursup, évoquée par le gouvernement et souhaitée par le mouvement, n’est pas la solution ?
Nous ne défendons pas l’immobilisme. Parcoursup doit continuer à évoluer. Mais il faut distinguer la transformation de l’outil et sa suppression précipitée, sans solution opérationnelle pour les prochains bacheliers. Une procédure nationale de mise en relation des candidats et des formations reste nécessaire. On ne peut pas revenir à un système de dossiers papier et à de longues queues devant les services d’inscription : il faut prendre le temps de construire correctement toute évolution.
Surtout, changer de plateforme ne créera pas davantage de places, d’enseignants ou de salles. Parcoursup révèle les tensions de notre système d’enseignement supérieur ; il n’en est pas la cause. C’est pourquoi nous demandons à la fois une amélioration de la procédure, une réforme en profondeur de l’orientation et des moyens à la hauteur des besoins.
L’annonce d’une plus grande clarté des critères et des algorithmes locaux répond donc à une attente réelle. Pour nous, la transparence doit permettre aux candidats de comprendre ce qui est attendu dans une formation, comment leur dossier est examiné et comment se déroule la procédure. Nous demandons aussi d’améliorer le rythme des réponses. Ces évolutions doivent être construites avec les équipes pédagogiques, dont le travail supplémentaire doit être reconnu. Mais il est erroné de parler de « refus » dans les filières non sélectives : les candidats sont classés, pas refusés.

Dans votre communiqué, vous écrivez que « le niveau d’exigence et la cohérence des parcours des lycéennes et lycéens constituent les conditions de la réussite de chacune et de chacun ». Pourtant de très bons lycéens se retrouvent parfois sans admission sur Parcoursup. D’autres sont pris dans des formations éloignées de chez eux alors que celle de leur ville ne les accepte pas… Comment l’expliquer ?
Nous comprenons très bien que ces situations soient difficiles à vivre. Mais, pour expliquer une décision individuelle, il faut regarder le dossier, les formations demandées et les capacités d’accueil concernées. Un certain nombre de formations sont en tension, tandis que d’autres le sont beaucoup moins.
Les dossiers sont examinés par des commissions pédagogiques, au regard des formations demandées. Cela rend d’autant plus nécessaire une information claire sur les attendus et les critères d’examen.
Vous pointez du doigt l’insuffisance des capacités d’accueil dans le Supérieur. Le ministère a annoncé la création d’ici 2028 de 15 000 places supplémentaires (10 000 en BTS, 4 000 en BUT et 1000 en licence accès santé). Est-ce réalisable ?
Ces créations de places sont bienvenues. Nous avons notamment salué l’annonce de 10 000 places en BTS et de 4 000 places en LP-BUT, ainsi que le niveau de financement prévu. Elles répondent à des tensions identifiées, notamment dans les parcours destinés aux bacheliers technologiques et professionnels.
Mais une place supplémentaire, ce n’est pas simplement une ligne ajoutée sur une plateforme. Il faut des enseignants, des personnels, des locaux et des équipements. Nous demandons notamment des explications sur l’écart entre les 204 emplois annoncés dans les universités et les 1 200 emplois dans les lycées. Nous attendons aussi des engagements fermes sur le financement de la réforme de l’accès aux études de santé.
Est-ce suffisant ?
Il faut raisonner formation par formation et territoire par territoire. Un chiffre national ne règle pas toutes les tensions locales. Nous proposons de financer 20 000 places supplémentaires à l’université, mais nous insistons tout autant sur les places existantes : elles doivent être correctement financées. Créer de nouvelles capacités tout en laissant se dégrader l’encadrement actuel serait contradictoire.
Vous dénoncez aussi la mauvaise articulation entre lycée et enseignement supérieur et la mauvaise orientation des jeunes. L’immersion dans le Supérieur, proposée par le gouvernement, vous paraît-elle être une bonne réponse ?

L’immersion va dans le bon sens : permettre à un lycéen de découvrir concrètement une formation peut l’aider à mieux comprendre ce qu’il va y étudier et ce qui sera attendu de lui. Mais une expérience ponctuelle ne peut pas, à elle seule, résoudre les difficultés d’articulation entre le lycée et l’enseignement supérieur. C’est bien cette articulation que nous demandons de revoir en profondeur.
Nous insistons sur la nécessité d’avoir, dans les lycées, des enseignants formés à l’orientation. Il ne suffit pas de mettre de l’information à disposition ; il faut aider les élèves à se l’approprier.
Il faut aussi regarder les conditions de mise en œuvre. Accueillir davantage de lycéens mobilise les équipes et les établissements. L’immersion peut donc être un levier utile, mais pas une réponse isolée ni une mission supplémentaire sans moyens.
Vous soulignez aussi une période d’orientation allongée, trop tôt, dès le collège et source de stress. Avez-vous vu des éléments positifs à ce sujet dans les annonces ?
Nous retenons positivement l’ouverture de chantiers sur la pression scolaire, le contrôle continu et les choix de spécialités. Cela montre que les difficultés ne sont plus regardées uniquement sous l’angle de la plateforme d’admission. Mais il faut maintenant connaître les mesures précises, leur calendrier et leur cohérence avec l’entrée dans l’enseignement supérieur.
Ce que nous dénonçons, c’est une situation dans laquelle les élèves et leurs familles ont le sentiment de devoir anticiper toujours plus tôt des choix déterminants, parfois dès le collège. Cette anticipation, accentuée par la réforme du lycée, contribue à allonger une période d’orientation devenue source de stress.
Que proposez-vous ?
Nous demandons une réforme d’ensemble : des enseignants formés à l’orientation, une meilleure articulation entre lycée et supérieur, des attendus compréhensibles et une procédure d’admission plus lisible. Le fil conducteur doit être de permettre aux jeunes de construire progressivement leur projet, plutôt que de vivre chaque choix comme une menace pour la suite. Cela suppose aussi une offre de formation et des capacités d’accueil qui rendent leurs perspectives crédibles.
La jeunesse est aujourd’hui au cœur de l’actualité. Nous souhaitons qu’elle soit également au cœur de débats de qualité durant la campagne présidentielle, afin de construire avec elle de véritables perspectives d’avenir.








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