Identidys est un questionnaire créé pour mieux identifier les signes des troubles du neurodéveloppement et prendre en charge les enfants

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis neuropsychologue à Nice et j’exerce dans plusieurs cadres. Je travaille dans un centre de référence de niveau 3, dédié au diagnostic des troubles du neurodéveloppement. J’ai également une activité en cabinet libéral où j’accompagne notamment des parents dont les enfants présentent des troubles du comportement. Par ailleurs, je suis consultant pour la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées, Ndlr) des Alpes-Maritimes. Enfin, j’ai une activité de formation et de recherche. C’est dans ce cadre, qu’avec mon équipe, nous avons développé les outils Identidys.
Comment est né ce projet ?
L’idée remonte à 2014. Nous sommes partis d’un constat : les parents n’ont pas forcément de connaissances scientifiques mais ils sont les premiers experts de leur enfant. Nous voulions leur proposer un outil pour identifier l’origine des difficultés qu’ils observent au quotidien chez leur enfant. Après plusieurs années de travail, cette idée s’est concrétisée en 2018 avec un questionnaire destiné aux parents. Nous avons ensuite développé des partenariats, notamment avec l’Éducation nationale, la Principauté de Monaco et le CHU de Nice, afin de tester et d’améliorer cet outil. Aujourd’hui, il est utilisé par de nombreux parents et professionnels dans plusieurs pays.
Vous lancez désormais une version pour les enseignants (du CP au CM2). Pourquoi ?
Tout questionnaire repose en partie sur la subjectivité de la personne qui le remplit. Pour réduire ce biais, il est important de croiser les regards. Or les enseignants sont, à nos yeux, les deuxièmes experts de l’enfant : ils l’observent dans un contexte différent et sont avec lui pendant une grande partie de la journée. Même sans formation spécialisée, leur regard est souvent très précieux.
En quoi cet outil peut-il aider les enseignants au quotidien ?
Beaucoup ont une intuition très juste lorsqu’un élève rencontre des difficultés. Mais ils manquent parfois d’outils pour objectiver ces observations et orienter les familles. Certains outils existent déjà, mais ils sont souvent longs et complexes à utiliser. Nous avons voulu proposer un outil plus rapide, tout en restant rigoureux. L’objectif est qu’un enseignant puisse analyser une situation en peu de temps et disposer d’indications concrètes pour la suite.
Le questionnaire est téléchargeable gratuitement sur votre site www.identidys.com Comment se présente-t-il ?
Le principe est le même que pour la version parent. Le questionnaire explore cinq grandes sphères cognitives. La première concerne l’attention, avec entre autres les signes d’hyperactivité ou d’impulsivité. La deuxième porte sur le langage oral. La troisième sur le langage écrit. La quatrième concerne la motricité. Enfin, la cinquième sphère correspond aux fonctions exécutives, comme la mémoire de travail, la flexibilité mentale ou encore la capacité d’inhibition.
Les items du questionnaire reposent sur ce que l’on appelle des « signes d’appel ». Il s’agit de la traduction concrète d’un symptôme dans la vie quotidienne. L’enseignant doit simplement indiquer s’il observe ces signes chez l’élève : oui, rarement ou non. Ça peut être : « Votre élève a du mal à comprendre ce que vous lui dites » ou « Votre élève a tendance à agir plus vite qu’il ne réfléchit ».
Le développement de cet outil pour les enseignants a pris cinq ans. Pourquoi ?
Parce que notre objectif n’était pas simplement de proposer une liste de questions, nous voulions construire un questionnaire standardisé, c’est-à-dire doté de normes statistiques fiables. Pendant plusieurs années, nous avons diffusé le questionnaire dans des établissements scolaires. Cela nous a permis de collecter un grand nombre de données et de vérifier si l’outil était capable de distinguer, de manière statistiquement fiable, un enfant présentant des difficultés d’un enfant sans difficulté. Nous avons aussi déterminé sur le plan statistique les seuils à partir desquels une alerte doit être donnée. Ce travail demande énormément de données et d’analyses statistiques. Pour la version parent, nous disposons aujourd’hui de plusieurs centaines de réponses ; pour la version enseignant, des dizaines d’établissements ont participé aux tests.
Le questionnaire est simple et rapide à utiliser…
Oui. Il reste relativement court pour ne pas alourdir la charge de travail des enseignants. Les réponses sont cotées de manière très simple : « oui » vaut deux points, « rarement » 0,5 point et « non » zéro. On additionne ensuite les points pour chaque sphère et on les compare à un seuil. Si celui-ci est dépassé, c’est qu’une vigilance particulière est nécessaire.
L’outil fournit également des indications pratiques : quelles premières adaptations pédagogiques envisager et vers quels professionnels orienter la famille si besoin. L’idée est d’aider à mettre l’enfant sur le bon parcours de soins.
Que se passe-t-il après ?
Nous laissons une grande liberté aux enseignants. Ils peuvent en discuter avec leur direction, rencontrer les parents ou proposer à ces derniers de compléter eux-mêmes la version parent du questionnaire. Le croisement des deux regards peut être très intéressant. Dans tous les cas, il est important de rappeler que cet outil ne pose pas de diagnostic. Son objectif est d’aider à orienter vers les bons professionnels.
Pourquoi cette étape d’orientation est-elle si importante ?
Parce que beaucoup de familles se retrouvent en errance diagnostique. Elles consultent plusieurs spécialistes sans parvenir à identifier clairement l’origine des difficultés. Identidys est une sorte de boussole qui permet d’aller plus rapidement vers les bons interlocuteurs.
Quels sont les prochains développements du projet ?
Pour la version parent, nous avons déjà un questionnaire accessible en ligne. Les parents peuvent répondre directement sur le site et le score est calculé automatiquement. Nous allons bientôt ajouter une fonctionnalité de vocalisation des questions. Cela facilitera son accès aux personnes qui ont des difficultés avec la lecture. Le questionnaire parent existe déjà en plusieurs langues (anglais, italien, arabe et portugais) et la future version du site permettra également la vocalisation dans ces langues.
Travaillez-vous aussi à l’international ?
Oui. Nous avons par exemple un partenariat au Maroc pour réaliser un travail de transposition culturelle. Certains signes d’appel sont en effet liés à des contextes culturels. Nous travaillons avec une doctorante sur place pour adapter l’échelle enseignant à la culture arabophone et la rendre plus pertinente dans ce contexte.
Une version en ligne pour les enseignants est-elle prévue ?
C’est une piste envisagée. Nous avons la chance de travailler en équipe pluridisciplinaire : Oriane Chartier mon associée et cofondatrice du projet, Aurélien Richez pour le traitement des statistiques et Alexis Gardin notre ingénieur logiciel. Si la version actuelle est bien adoptée par les enseignants, nous pourrons rapidement proposer une version en ligne.








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