
Ce nouveau master M2E (Master Enseignement et Éducation) s’adresse-t-il uniquement aux étudiants ayant réussi le concours de l’enseignement ?
Non. À l’origine, ce master a été conçu pour permettre aux lauréats du concours de poursuivre leur formation. Mais finalement il sera aussi ouvert à des étudiants non lauréats dans près de deux tiers des INSPÉ. Les situations varient selon les territoires et les établissements. Là où les non-lauréats ne seront pas admis dans le M2E, d’autres dispositifs universitaires devraient être proposés, notamment des préparations au concours ou des diplômes universitaires dédiés.
Le nouveau dispositif prévoit trois parcours au lieu de quatre dans le master MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation) actuel. Pourquoi ?
En réalité, le quatrième parcours existe toujours. Il s’agit du parcours « Pratiques et ingénierie de la formation », qui reste dans l’ancienne mention du master MEEF et n’est pas concerné par la réforme. Les INSPÉ conserveront donc quatre parcours au total, mais seuls trois relèveront du nouveau master M2E.
Les contenus de formation vont-ils évoluer pour les étudiants ?
Oui et non. Le référentiel métier des enseignants reste identique : les futurs enseignants continueront d’être formés à partir des mêmes compétences professionnelles fondamentales.
En revanche, un nouveau référentiel de formation a été élaboré par l’Inspection générale. Il précise davantage les attendus du nouveau master et introduit certaines évolutions dans les maquettes de formation.
Le bloc disciplinaire semble renforcé dans la nouvelle maquette…
Effectivement, la part consacrée aux enseignements disciplinaires et didactiques est plus importante qu’auparavant. Le ministère souhaite renforcer la maîtrise des savoirs à enseigner, mais aussi la didactique disciplinaire, c’est-à-dire la manière de transmettre ces savoirs aux élèves. Le « bloc disciplinaire » comprend donc à la fois les contenus académiques et les méthodes d’enseignement propres à chaque discipline.
Le nouveau référentiel introduit-il d’autres évolutions pédagogiques ?
Oui. Certains thèmes sont davantage mis en avant, notamment l’accompagnement des parcours des élèves et les enjeux d’orientation dans le second degré. Les questions d’égalité, de lutte contre les stéréotypes ou encore le numérique prennent également plus de place dans les formations. L’interdisciplinarité est aussi davantage valorisée.
Quels sont les principaux changements concernant les stages ?
Les étudiants auront davantage de temps en immersion professionnelle. En première année de master, ils effectueront 12 semaines de stage (en observation et pratique accompagnée) en tant qu’élèves fonctionnaires. En deuxième année, les lauréats du concours seront fonctionnaires stagiaires à mi-temps, soit l’équivalent de 18 semaines, en responsabilité.
Cette responsabilité en classe n’existait pas déjà dans le master MEEF ?
Aujourd’hui, certains étudiants de deuxième année de master MEEF peuvent déjà assurer des enseignements à tiers-temps sous statut contractuel. Mais le cadre est différent. Avec le nouveau master, les étudiants concernés seront à la fois lauréats du concours et fonctionnaires stagiaires. Leur présence en responsabilité sera pleinement intégrée au parcours de formation.
Comment seront organisés les stages ?
En deuxième année, les stages devraient principalement être organisés sous forme de stages filés, afin d’assurer une continuité pédagogique pour les classes prises en charge par les étudiants.En première année, les INSPÉ devraient conserver une alternance entre stages filés et stages massés.
Quels sont les avantages de cette alternance ?
Les deux formats sont complémentaires. Le stage massé permet de vivre une immersion longue dans un même établissement et de se confronter à la continuité du métier : préparer ses cours quotidiennement, suivre une classe sur plusieurs semaines, gérer le rythme professionnel.
Le stage filé offre, lui, davantage de recul. Il permet de varier les contextes d’enseignement et surtout de maintenir des allers-retours réguliers entre le terrain et la formation universitaire dispensée à l’INSPÉ.
Les étudiants seront-ils mieux rémunérés qu’aujourd’hui ?
Oui. Les étudiants qui ont le concours deviennent élèves fonctionnaires en M1 et toucheront environ 1400€ nets. Devenus fonctionnaires stagiaires en M2, ils devraient percevoir environ 1 800 euros nets par mois. Actuellement, les étudiants contractuels à tiers-temps touchent une rémunération nettement inférieure. Quant aux stages en pratique accompagnée, ils donnent seulement lieu à une gratification de stage classique.
Cette rémunération peut-elle rendre le métier plus attractif ?
C’est clairement l’un des objectifs de la réforme. Le fait de repositionner le concours en licence 3 permet d’élargir le vivier de candidats potentiels. Par ailleurs, être rémunéré pendant ses deux années de master peut constituer un levier important pour des étudiants qui doivent souvent cumuler études et emploi. Pour les INSPÉ, il est préférable que les étudiants soient rémunérés dans le cadre de leur formation plutôt que contraints d’exercer des emplois parallèles pour financer leurs études.
L’accompagnement autour des stages sera-t-il renforcé ?
Oui. Les unités d’enseignement consacrées à la préparation et à l’analyse des stages existaient déjà dans le master MEEF, mais elles devraient prendre davantage d’ampleur. Comme les stages seront plus nombreux et que les étudiants de M2 exerceront en responsabilité, l’accompagnement pédagogique devra être renforcé pour soutenir progressivement leur montée en compétences.
La réforme prévoit également un engagement de service public. Comment fonctionnera-t-il ?
Les lauréats ayant suivi l’ensemble du parcours rémunéré devront effectivement s’engager à exercer pendant quatre ans dans la fonction publique après leur titularisation. En cas de rupture anticipée de cet engagement, un remboursement des sommes perçues pendant la formation est prévu.
Quelle est la position du Réseau INSPÉ sur cette réforme ?
Nous accueillons favorablement plusieurs aspects de celle-ci.Le nouveau référentiel de formation constitue une base intéressante pour construire les maquettes et penser l’ingénierie de formation. La rémunération des étudiants est également perçue positivement, car les difficultés financières des étudiants sont bien connues dans les INSPÉ. Nous sommes également très satisfaits de la création de la nouvelle licence Professorat des Écoles (LPE) : c’est une licence que le Réseau des INSPE appelle de ses vœux depuis de nombreuses années et pour laquelle nous avions fait des propositions auprès des différents ministres de l’Éducation nationale. Nous saluons aussi l’idée d’un continuum de formation sur huit ans : trois années de licence, deux années de master puis trois années d’accompagnement en tant que néo-titulaire. Cette logique permet de penser la professionnalisation sur le temps long. Les premières années d’exercice sont déterminantes dans le métier enseignant, et cette réforme ouvre aussi la voie à un travail renforcé avec les Écoles académiques de la formation continue pour accompagner les jeunes enseignants après leur titularisation.








Le concours n’est pas “repositionné” en L3 car il n’a jamais été positionné pendant l’année de licence. Il s’agit d’une erreur sinon d’un mensonge. Le concours a toujours eu lieu APRES une année spécifique de préparation à laquelle on n’avait accès que si l’on avait obtenu la licence, une vraie licence, au cours de l’année précédente. Les conséquences de ce changement majeur sont considérables car l’année de licence (L3) est désormais parasitée par la préparation d’un concours dont le contenu n’a aucun rapport avec le niveau exigé des étudiants de licence. Les emplois du temps doivent être revus en conséquence de telle sorte que le niveau des licences, qui laisse déjà fort à désirer, plongera bientôt dans les abîmes de l’insignifiance. Ce schéma de formation ne sera supportable que par les meilleures universités, les universités d’élite, généralement situées en région parisienne, qui auront les moyens d’offrir en L3 deux parcours clairement différenciés : une « licence pour les nuls », chargée de former les certifiés du secondaire et une vraie licence, destinée aux futurs agrégés et docteurs. Le fossé se creusera davantage entre les vraies universités, destinées à l’élite sociale et reconnues au niveau international, et les universités-poubelle qui offriront de faux diplômes (dont celui qui permettra de devenir enseignant du secondaire !) à des étudiants de deuxième catégorie, issus des milieux les plus humbles et pour qui une rétribution de 1400 euros en quatrième année représentera un Eldorado. Dans l’espoir de décrocher ce pompon, de bons étudiants peu fortunés, rabaisseront leurs ambitions et renonceront à un cursus qui était à leur portée, celui qui mène à l’agrégation et à la recherche. Il y aura donc une augmentation du nombre de candidats, ce qui en soi n’est pas une mauvaise chose. Mais toute médaille a son revers. Plus de candidats, cela signifie aussi plus d’échecs au concours. Ce sera donc aux universités – et plus aux INSPE – de gérer un problème insoluble : celui des reçus-collés, qui auront réussi la pseudo-licence ad hoc qui ne permettra aucune suite d’études et qui auront été collés au concours d’entrée en INSPE – car c’est cela, en vérité, le nouveau CAPES : un concours d’entrée dans une Ecole de formation, déguisé en concours de recrutement. Cela est d’ailleurs officiellement reconnu dans les textes au vu du langage utilisé : les étudiants de première année auront le statut d’élèves-fonctionnaires, comme les anciens élèves des Ecoles normales et les anciens lauréats des IPES, et non pas celui de stagiaires. Les INSPE ont ainsi réussi à se débarrasser sur l’université du boulet des reçus-collés, qui grevait leur fonctionnement depuis le début de la « mastérisation » : que le concours fût positionné en M2 ou en M1 ou à nouveau en M2, le problème n’avait aucune solution car il tient à la coïncidence, au cours de la même année, d’un diplôme et d’un concours. Je me demande pour quelle raison la Haute Administration de l’EN qui dirige vraiment la rue de Grenelle, où les ministres ne font que passer, tient avec un tel entêtement à un système qui, faisant coexister deux objectifs différents au cours de la même année, entraîne automatiquement des effets pervers à la chaine au cours des années suivantes, jusqu’à ce que les reçus-collés d’une promotion finissent par renoncer et quittent l’université au bout de plusieurs années d’étude pour rien, ce qui ne règle pas pour autant le problème puisqu’ils sont automatiquement remplacés par ceux de la promo suivante, jusqu’à ce que ces derniers à leur tour… Pourquoi n’accepte-t-on pas la seule solution rationnelle : les étudiants préparent le diplôme universitaire requis et, l’année suivante, ils préparent un concours de recrutement ? Il doit y avoir quelque chose de freudien là-dedans. La preuve en est donnée par la directrice de l’Inspé de Bourgogne dont le lapsus (concours « repositionné » alors qu’il n’avait jamais occupé cette place dans le passé) traduit la « dénégation » (Verneinung) du réel. Au secours, docteur Freud !