« Donner à tous l’opportunité d’intégrer l’intégralité des 200 écoles d’ingénieurs et des ENS »

Mickaël Prost est le président de l’Union des classes préparatoires scientifiques (UPS) et professeur de mathématiques et d’informatique en PT* (classes préparatoires physique technologie) au lycée Chaptal de Paris. Il commente pour nous la réforme du lycée.

Avant tout, pouvez-vous nous présenter l’UPS ?

L’Union des classes préparatoires scientifiques est une association fondée en 1927 qui fédère plus de 90 % des professeurs de mathématiques, physique, chimie et informatique enseignant dans les classes préparatoires scientifiques, hors prépas de la filière BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la terre) . L’UPS est un relais entre les professeurs de classes préparatoires, les ministères et les grandes écoles.

Quel est votre regard sur la réforme du lycée ?

L’UPS a un regard positif sur les évolutions des contenus des programmes scientifiques. Cela faisait de nombreuses années que les grandes écoles n’étaient plus satisfaites de ceux-ci. C’était particulièrement vrai pour la physique-chimie dont l’approche avait perdu une grande partie de sa pertinence après avoir été progressivement « dé-mathématisée ». La matière enseignée se basait top peu sur des études de modèles scientifiques. Elle développait une vision essentiellement qualitative et descriptive des phénomènes, un peu à l’image de ce qu’on peut lire dans un magazine de vulgarisation scientifique. Cela n’est pas inintéressant en soi, mais cela ne permet pas de développer de véritables compétences scientifiques. Les lycéens connaissaient donc de grandes difficultés à leur arrivée dans le supérieur, que cela soit en classe préparatoire comme à l’université, d’ailleurs. Nous appelions donc à la une refonte des contenus et il est vrai que les nouveaux programmes scientifiques, en particulier en mathématiques et en physique, sont mieux conçus, car mieux articulés entre eux.

Les mathématiques sont toutefois sorties (ou presque) du tronc commun…

Le tronc commun accorde en effet une très large place aux humanités. D’ailleurs, sans surprise, les mathématiques ont été la spécialité massivement choisie par les élèves de première. Les niveaux sont donc d’une très grande hétérogénéité au sein d’une même classe. Cela n’est pas toujours « heureux », en particulier pour les moins à l’aise dans la matière et cela ne facilite pas la tâche des enseignants !

Concernant la terminale, nous sommes extrêmement satisfaits d’avoir vu apparaître une option maths expertes et nous aurions souhaité que — sur le modèle de l’option maths complémentaire destinée aux élèves qui ne choisissent pas la spécialité mathématiques – le principe soit appliqué pour d’autres matières scientifiques. Voilà pour l’aspect purement disciplinaire de la réforme. Je n’oublie pas que celle-ci est aussi un grand bouleversement de l’architecture du lycée. Mais l’UPS n’a vocation qu’à se positionner sur le terrain de la formation scientifique, je ne vais donc pas commenter les nombreuses difficultés pratiques et organisationnelles constatées.

Certains remettent en cause le principe d’un choix d’options qu’ils jugent trop précoce. Quel est votre point de vue ?

Pousser les élèves à s’interroger sur leur projet d’orientation, les aider à construire un parcours de formation au lycée adapté à leurs envies est une idée pertinente. Mais il ne faut pas occulter la difficulté qu’ont de nombreux jeunes à avoir une idée précise des études qu’ils souhaitent mener. Il est vrai que l’on constate chez certains une anxiété à la perspective de devoir choisir des spécialités. La réforme ne sera donc un succès que si le lycée met véritablement les moyens sur l’accompagnement (par les professeurs et par les conseillers d’orientation) dans les choix d’orientation. Pour étendre les possibilités, la présence de modules scientifiques complémentaires aurait justement permis à des jeunes d’éviter de faire des choix cornéliens du type : vais-je prendre maths ou physique, ou bien maths et informatique… ? Pourquoi choisir alors que l’approche scientifique et les grandes découvertes du monde des sciences sont si souvent à la croisée des chemins ?

Qu’est-ce que la réforme change dans l’organisation des prépas scientifiques ?

La réflexion sur l’adaptation des classes préparatoires à la réforme du lycée est menée depuis avril dernier et elle a porté sur l’architecture de nos filières comme sur les programmes. Évidemment l’enseignement au sein de nos classes repose essentiellement sur les mathématiques et la physique-chimie. Dès lors – et pour faire le lien avec votre question précédente – ces deux spécialités paraissent incontournables, au moins en classe de première. La combinaison mathématiques et sciences de l’ingénieur sera, elle, pertinente pour intégrer la filière PTSI.

Mais pour accueillir ceux qui auront opté pour mathématiques et « numérique et sciences informatiques », il nous fallait proposer un parcours adapté à cette nouvelle formation initiale. Il a donc été décidé d’ouvrir une filière en classe préparatoire à la rentrée 2021 qui s’intitulera soit MPI, pour Math Physique Informatique, soit MP2I pour Maths Physique Informatique Ingénierie, le nom définitif n’est pas encore arrêté. Celle-ci répondra aux attentes de ces nouveaux profils en « colorant » davantage en informatique leur parcours par rapport à ce qui existe actuellement.

Et concernant vos programmes ?

L’adaptation des programmes se fait à travers des commissions installées depuis quelques semaines. Ces programmes doivent répondre à deux enjeux. D’abord, permettre la transition le plus simple possible pour nos étudiants qui auront bénéficié des nouveaux programmes du lycée. Ensuite, répondre aux besoins identifiés par les grandes écoles et à leurs attentes en termes de formation. Néanmoins l’évolution des programmes en prépa n’est pas un énorme chamboulement, c’est une simple phase d’ajustement. D’une part, parce que les écoles d’ingénieurs sont extrêmement satisfaites de la formation dispensée en prépa et qu’il ne s’agit pas de tout remettre à plat. D’autre part, comme nous enseignons en lycée, nous avons une parfaite connaissance du secondaire et des évolutions des programmes. Hormis les questions liées à la création des programmes de la nouvelle filière MP2I, c’est donc une adaptation douce de l’existant. Je veux dire à cette occasion que les écoles d’ingénieurs ainsi que les ENS participent pleinement aux commissions programme des classes préparatoires. Il est pour nous indispensable que les écoles soient représentées pour infléchir les contenus dans le sens qu’elles estiment utile à leurs formations.

Les écoles d’ingénieurs diversifient beaucoup leurs modes de recrutement. Est-ce pour les prépas scientifiques une opportunité ou une inquiétude ?

C’est notre devoir, notre mission, en tant que classe préparatoire d’alimenter les écoles d’ingénieurs qui sont en constante recherche d’étudiants. Et celles-ci restent attachées au modèle de la classe préparatoire et à nos formations scientifiques. Ce qui est certain, c’est que la réforme peut – et nous le souhaitons — amener vers nous de nouveaux profils. Je reviens sur l’ouverture de la filière MP2I qui va séduire les élèves qui ont une vraie appétence pour l’informatique mais se reconnaissent mal dans les filières plus traditionnelles. Aux élèves de première et de terminale qui ciblent une grande école, je veux dire qu’il n’y a pas un chemin unique. Les choix des spécialités doivent avant tout reposer sur les goûts, les préférences disciplinaires de l’élève. Notre finalité est de donner à tous, quelle que soit leur formation initiale, l’opportunité d’intégrer l’intégralité des 200 écoles d’ingénieurs et des écoles normales supérieures. C’est un enjeu d’équité sur lequel nous serons très vigilants.

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