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Article publié le 19 novembre, mis à jour le 23 novembre.

La Loi Programmation de la Recherche pour les années 2021 à 2030 a été définitivement adoptée. Elle a été votée ce vendredi 20 novembre par le Sénat, à 244 voix pour et 95 voix contre.

Annoncée le 1er février 2019, la loi portée par la ministre Frédérique Vidal doit rattraper le retard de la France en matière de recherche scientifique : une ambition saluée par le monde universitaire. Pourtant, le texte de loi fait face à une vive opposition depuis plusieurs mois : on lui reproche de précariser le milieu en prétendant le revaloriser, et de menacer la qualité de la recherche au nom de la compétitivité.

D’un projet prometteur…

Le projet de loi avait initialement pour objectif de « mieux financer et évaluer la recherche publique » et « d’améliorer l’attractivité des métiers de la recherche. »

Il devait permettre une augmentation du budget actuel sur dix ans, de sorte que la recherche publique représente 1% du PIB – chiffre considéré comme l’indicateur d’une recherche scientifique en bonne santé. Quant à « l’attractivité des métiers de la recherche », il s’agissait entre autres de revaloriser les salaires et de créer 5000 emplois.

… à l’inquiétude des universitaires

Or la revalorisation salariale inscrite dans cette nouvelle loi est jugée insuffisante compte tenu de l’état matériel de la recherche, d’autant qu’elle repose principalement sur des primes et non des augmentations pérennes.

Des « CDI de mission scientifique » sont également prévus pour remplacer les CDD. Ils sont en fait destinés à prendre fin en même temps que la mission en question…

Il est également reproché au texte de mettre en place un système de financement fondé sur les appels à projets et de mettre en compétition les chercheurs. De nombreux universitaires craignent une mise en danger du statut de fonctionnaire qui permet de mener des projets de recherche de fond, sans s’inquiéter des questions de compétitivité. Cette garantie de qualité de la recherche pourrait être menacée au profit d’un système concurrentiel dans lequel des projets plus en vogue seraient privilégiés.

Ces craintes se sont intensifiées lors de l’ajout des derniers amendements au projet de loi, il y a quelques semaines : ils prévoient de supprimer la qualification du CNU – instance nationale qui intervient dans le recrutement des enseignants-chercheurs – et de sanctionner les occupations des bâtiments universitaires. Cette dernière mesure est perçue comme un obstacle à la liberté de manifester.

Une loi contestée jusqu’au bout

Les oppositions à la LPPR ont pourtant fusé depuis plusieurs mois, de la part de syndicats, de collectifs d’universitaires… La France Insoumise a déposé une motion de rejet, le Conseil Economique, Social et Envionnemental (CESE) a publié un avis défavorable au projet, une manifestation a eu lieu le mardi 17 novembre, un hashtag #EcransNoirs est apparu sur Twitter…

Le député LR Patrick Hetzel a notamment déclaré : « Nous nous éloignons de plus en plus d’un système d’enseignement et de recherche vu comme un bien commun« .