Enseigner avec les erreurs des élèves

Les erreurs peuvent permettre aux élèves de progresser. C’est l’objet du livre "Enseigner avec les erreurs des élèves" (éditions ESF sciences humaines), de Jean-Michel Zakhartchouk, agrégé de lettres modernes ayant enseigné dans des collèges en ZEP et formé des enseignants. Interview.

Erreurs

© denisismagilov – Fotolia

Qu’est-ce qui vous a incité à écrire ce livre sur les erreurs ?

Dans les discours des uns et des autres, on entend de plus en plus qu’il faut exploiter les erreurs. J’ai souhaité approfondir le sujet, entrer dans sa complexité et voir comment le décliner de l’école maternelle au lycée, à travers les nombreux témoignages de professeurs recueillis.

En France, l’erreur a longtemps été mal perçue… En quoi cette approche est-elle négative, dépassée, selon vous ?

L’école offre un vrai luxe car c’est un lieu où il est permis de se tromper, pendant des années. Il n’y a pas les mêmes conséquences que dans la vie. Il est important de laisser la possibilité aux élèves d’essayer, d’expérimenter et de commettre des erreurs sans les blâmer. Les sciences cognitives démontrent, d’ailleurs, que le mauvais stress, celui ressenti quand on redoute de faire une erreur, est néfaste aux apprentissages.

En quoi est-ce un levier pédagogique intéressant ?

Reprendre ses erreurs permet à l’élève de prendre du recul et de comprendre ce qu’il n’a pas réussi de prime abord. L’idée a longtemps été de montrer de bons modèles et de mettre au placard les erreurs. Mais on ne peut pas apprendre à marcher sans tomber ! Il faut accepter les erreurs, les transformer en non réussite provisoire. Elles font partie de la construction de l’individu.

Il y a plusieurs types d’erreurs possibles…

Oui. Il y a des erreurs dues au système de pensée, par exemple. Un élève qui écrirait « je les manges » peut comprendre qu’à travers son erreur, il a répondu à une autre logique en mettant un « s » au verbe car il avait vu « les ». C’est l’intelligence de l’erreur.
Il y a malgré tout des erreurs à éviter. On ne peut pas toujours les décortiquer. Toutes ne sont pas intéressantes. Il y a des savoirs  qu’il faut automatiser comme ses tables de multiplication.

Comment faire en sorte de dédramatiser les erreurs ?

Il doit d’abord y avoir un climat bienveillant dans la classe. Il est important qu’en tant qu’enseignant, on se rappelle des matières où l’on a rencontré des difficultés étant enfant. La formation des enseignants devrait prévoir de travailler dessus. On fait d’ailleurs nous-mêmes des erreurs sur l’agencement de nos cours, notre relation aux élèves…
On peut également montrer aux enfants que même les plus grands se trompent : les écrivains ont besoin d’un brouillon, les scientifiques font de multiples essais… On ne réussit pas du premier coup. C’est important d’avoir ces références car ça rassure.
Mais il ne suffit pas de dire à ses élèves que ce n’est pas grave de se tromper. Il faut travailler sur ces erreurs.

Comment cela peut-il se concrétiser en classe ?

Dans les corrections traditionnelles, les meilleurs s’ennuient et les plus faibles sont perdus. A la place, on peut organiser des corrections en groupes, hétérogènes ou de même niveau, pour que les élèves s’entraident. Ils peuvent alors refaire leur devoir en s’améliorant.
On peut aussi travailler sur les erreurs en amont. Les élèves peuvent ainsi créer un QCM en imaginant les mauvaises réponses possibles, créer une consigne, inventer un problème mathématique… On peut aussi leur donner un schéma à faire en leur en présentant 3 ou 4. On leur demande lequel leur semble le plus réussi afin qu’ils dégagent des critères de réussite en confrontant les modèles ni trop bons ni mauvais.

Cela peut-il se faire avec tous les profils d’élèves, de classes, niveaux ?

Oui car on apprend tout le temps. En maternelle, les enfants ont moins d’appréhension par rapport à l’erreur. Avec des élèves en grande difficulté, il y a une confiance à rétablir. Les élèves peuvent avoir du mal à accepter de travailler sur leurs erreurs. Au lycée, ceux qui réussissent peuvent aussi y être réticents mais leur confiance en eux permet de l’accepter pour être plus performants. Dans des structures pour décrocheurs, les élèves peuvent ressentir ce travail comme une confirmation de leur mésestime d’eux-mêmes. Il faut donc bien leur présenter les choses.Quel message lanceriez-vous à vos collègues enseignants ?

On enseigne en réaction ou en continuité par rapport à ce qu’on a connu. Les enseignants, eux-mêmes, sont sensibles aux réflexions sur leur travail, et doivent en tenir compte avec leurs élèves.
Il est également important d’observer ses élèves et de travailler entre collègues sur cette problématique. Les nombreuses contributions des enseignants sur cet ouvrage démontrent leur intérêt pour ce sujet.

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