Elles sont devenues enseignantes sur le tard

Après une première carrière professionnelle, ces trois femmes ont décidé de reprendre le chemin des études, et l’enseignement a presque été une évidence. Mathilde, Barbara et Florence racontent leurs reconversions.

J’avais envie d’avoir une utilité sociale plus directe

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Mathilde Oskeritzian, 51 ans, en deuxième année de master MEEF entre l’ESPE de Créteil et le lycée polyvalent Arago à Villeneuve-Saint-Georges (94).

« Depuis septembre, je suis professeure documentaliste stagiaire dans un lycée qui mêle des classes générales, technologiques et professionnelles. Le CDI, c’est une mini-médiathèque que je dois animer. Avec mon collègue, nous achetons des ouvrages, les mettons en avant ; nous encourageons la lecture en préparant des sélections thématiques ; nous aidons  les élèves dans leurs travaux. C’est avant tout un lieu d’accueil et de dialogue dans lequel on fait aussi de la pédagogie, en formant aux médias, en initiant à la recherche d’informations, à la gestion des réseaux sociaux…

En fait, de ma ‘vie d’avant’, j’ai gardé beaucoup de choses, notamment le contact avec les livres et l’exploration des ressources en ligne. J’ai d’abord fait des études de lettres puis travaillé dans le montage cinéma avant d’entamer une première reconversion pour devenir documentaliste audiovisuelle. J’avais une trentaine d’années lorsque j’ai intégré le Forum des images, à Paris. J’avais pour mission de sélectionner les documents, de gérer la base de données, de négocier les contrats de cession de droit pour une mise à disposition du public… Puis, la salle a accueilli l’école Tumo. Un réajustement qui coïncidait avec mon désir de me lancer dans de nouvelles aventures. J’avais envie d’avoir une utilité sociale plus directe, d’être davantage au contact du public. J’ai d’abord pensé au métier de bibliothécaire avant de choisir celui de professeur documentaliste. Je voulais agir envers les ados, et les aider à mieux appréhender l’information, les rendre moins crédules face aux fausses nouvelles. J’ai passé le CAPES en candidat libre, l’ai raté, et me suis inscrite à l’UPEC en master MEEF. Je suis au sein d’une petite promotion avec des étudiants formidables et une dynamique de groupe tournée vers la cohésion. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret et, contrairement à ce qu’on peut entendre, les ados ne sont pas difficiles, ils sont passionnants ! »

 

J’ai redécouvert l’enseignement à 45 ans !

 

Barbara Izar, 48 ans, en première année de master MEEF éco-gestion, parcours comptabilité-finances, à l’ESPE de Toulouse (31).

« Je suis retournée sur les bancs de la fac après avoir travaillé pendant près de 25 ans ! J’étais alors comptable dans un bureau d’études et, pour m’offrir d’autres perspectives en interne, je suivais une licence professionnelle en alternance. Un diplôme en administration économique et sociale, option ressources humaines. J’ai alors découvert la proximité des enseignants, les apprentissages concrets, les échanges, la convivialité. Tout ce qui m’avait échappé plus jeune !

Il faut dire que je n’avais pas été bien aiguillée en sortant du lycée. Moi qui avais un profil de « bonne élève », j’ai suivi un bac D, l’équivalent d’une série S option SVT aujourd’hui. C’était la voie royale mais je ne me voyais pas enfermée dans un laboratoire avec des éprouvettes ! Attirée par un métier de contact, et à l’aise avec les chiffres, j’ai intégré un DUT gestion des administrations et des entreprises, option finance et comptabilité. Le diplôme en poche, j’ai rejoint un cabinet d’expertise en tant que collaboratrice, laissant sur le carreau mon inscription en diplôme de comptabilité gestion ! J’ai appris beaucoup de choses dans cette entreprise, mais j’étais devenue une machine à remplir des bordereaux, je n’avais plus le temps de réfléchir. C’était bien loin de mes envies de lycéenne… Les 15 années suivantes, j’ai jonglé entre CDD et intérim à la recherche d’un équilibre professionnel et familial.

Mon retour à la fac a été un déclic : j’aimais toujours la comptabilité, mais je voulais désormais l’enseigner. J’ai passé le CAPLP en candidat libre, l’ai loupé de 0,30 points, et ai trouvé un poste de contractuelle d’un an dans un lycée technologique. Au début ce n’était pas facile ! Quand vous avez 36 paires d’yeux qui vous fixent, vous qui n’avez jamais pris la parole en public, il faut tenir bon ! Mais je me suis éclatée en cherchant à capter l’attention des élèves, à monter des cours pratiques, interactifs. Aujourd’hui, je suis en première année de master MEEF et je prépare le CAPET. Dans un mois, je passe l’écrit du concours. »

 

Je voulais être à la base des apprentissages

 

Florence Watson, 52 ans, professeure d’anglais au collège Louis-Leprince-Ringuet à Genas (69).

« J’ai commencé ma carrière de professeure en lycée, et cela m’a moyennement plu. Je voulais être à la base des apprentissages, enseigner les fondamentaux de la langue.  Au collège, j’y ai trouvé mon compte. Cela fait 14 ans, depuis mon année de titularisation, que j’exerce dans le même établissement. Cette année, j’ai des 6e, 5e et 3e. Je dispense le programme en cherchant toujours à intéresser mes élèves, et j’ai le luxe d’enseigner une discipline qui permet les projets, les voyages… C’est pour cela que ça me plaît toujours autant !

Pourtant, qui l’eût cru : plus jeune, après une expérience d’un an en tant qu’assistante de français au Royaume-Uni, devant des élèves difficiles, je ne me voyais pas du tout devenir prof ! A mon retour, j’ai fait quelques petits boulots puis j’ai passé les concours administratifs. A l’époque, un bac + 4 en anglais ne valait pas grand chose dans les boîtes d’intérim… Je suis entrée à la Préfecture du Rhône en tant que secrétaire puis j’ai intégré l’Institut régional d’administration où je m’occupais de la formation à l’international. Mais j’ai vite fait le tour du poste. C’est mon supérieur, ancien secrétaire général du Rectorat, qui m’a soufflé de passer le CAPES d’anglais. A l’époque, une licence suffisait pour être candidate. Je l’ai décroché et j’ai fait mes premiers pas en lycée en tant que stagiaire.

Aujourd’hui, la frontière entre ma vie professionnelle et personnelle est mince. Je vis dans un monde anglo-saxon : j’ai un mari britannique, nous parlons anglais à la maison, nous lisons la presse dans la langue de Shakespeare… Mon quotidien m’inspire pour construire mes séances ! Bref, si j’avais dû faire autre chose, peut-être que je me serais orientée vers un poste en bibliothèque ou dans un service dédié aux affaires internationales, mais l’enseignement, c’était presque tout tracé finalement ! »

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