Sommeil : « certains enfants que l’on qualifie d’hyperactifs peuvent avoir des troubles du sommeil non diagnostiqués »

Les parents et enseignants sont souvent démunis face à des enfants qui manquent de sommeil. Le Dr Sylvie Royant-Parola, présidente du Réseau Morphée, donne quelques conseils et présente un nouveau site d’information sur le sujet.

sommeil de l'enfant

Sylvie Royant-Parola

Le Réseau Morphée vient de créer un site de référence sur le sommeil des enfants de 0 à 18 ans. Pouvez-vous le présenter ?

Nous avons voulu lancer ce site parce parce qu’il existe un vrai manque d’information sur le sommeil des enfants, tant pour les parents que pour les professionnels en lien avec des jeunes.

Nous avons donc créé ce site, c’était une vraie collaboration entre des spécialistes du sommeil de l’enfant et de l’adolescent, venant de France entière, sous l’égide du réseau Morphée. Il propose une partie « bébé », une partie « enfant », et une partie « ado », ce qui permet une lecture assez simple et directement en fonction du sujet auquel on s’intéresse. Pour ces trois parties, les informations sont structurées de la même façon : symptômes, environnement du sommeil, pathologies… On essaye de lister pour chaque âge ce qui relève de la physiologie normale du sommeil, ce qui va interférer avec le sommeil…

Il y a aussi toute une rubrique Ressources, où les enseignants pourront trouver des éléments. Ils peuvent y trouver des données telles que des articles scientifiques sur le sommeil de l’enfant.

Avez-vous des conseils à donner aux enseignants qui se retrouvent face à des jeunes qui s’endorment en classe ?

Cela dépend de l’âge. Un ado qui s’endort en classe une fois de temps en temps ce n’est pas grave. Chez un enfant de maternelle, par contre, ce n’est pas normal.

Chez les jeunes enfants, le manque de sommeil s’exprime soit sous forme de fatigue et somnolence, soit d’irritabilité, voire d’hyperactivité. Certains enfants que l’on qualifie d’hyperactifs peuvent présenter en réalité des troubles du sommeil non diagnostiqués. Cela peut être de l’apnée du sommeil, un syndrome des jambes sans repos… Il faudrait donc, avant de porter un diagnostic d’hyperactivité, s’intéresser au sommeil pour être sûr de ne pas passer à côté d’une pathologie pouvant expliquer ces symptômes.

Il ne faut pas non plus que les enseignants, quand ils voient un enfant endormi en cours, portent un jugement comme « il fait trop la fête » ou « il se couche trop tard ». Il y a de vraies pathologies, qui s’appellent des hypersomnies, où les enfants ont besoin d’une évaluation et d’une aide. De la part des enseignants, cela doit prendre la forme d’un signalement, au moins à la médecine scolaire, voire aux parents. Il faut penser au sommeil dans les causes de difficultés d’un enfant, notamment au niveau scolaire.

Wavebreakmedia – Getty

Globalement, les enfants dorment-ils assez aujourd’hui ?

Ça dépend de la classe d’âge, mais pour les ados par exemple, il y a une perte de sommeil d’environ 1h30 depuis une trentaine d’années. Le temps de sommeil moyen dont ils ont besoin varie de 11h pour les enfants très jeunes à 10h à 8 ans et 8h à 18 ans. Mais il y a des variations, tout le monde n’a pas besoin de la même quantité de sommeil.

Selon vous, qu’est-ce qui peut expliquer un mauvais sommeil, notamment chez les ados ?

En maternelle, ce sont souvent de mauvaises habitudes familiales ou un environnement familial qui n’est pas régulier dans les habitudes.

Pour un enfant de 5 à 10 ans, il y a souvent des angoisses et là aussi l’environnement familial joue beaucoup. Certains parents rentrent de plus en plus tard, et les enfants se couchent tard car les parents veulent voir leurs enfants et vice-versa. Le temps de sommeil de l’enfant est une priorité, il faut privilégier un rythme familial où on respecte ses besoins, surtout en primaire.

Au collège et surtout au lycée, les jeunes sont dans une liberté totale d’aller se coucher quand ils veulent. Là, les parents ont encore un rôle à jouer, il n’est pas normal que des élèves de 3e aillent se coucher à 23h ou plus, c’est très tard ! Pour eux, la soirée est un moment privilégié pour parler avec leurs amis sur leurs téléphones portables, et il n’y a que les parents qui peuvent mettre une limite. Ils n’accepteraient pas que leurs enfants aillent au café du coin à 22h avec leurs copains, or c’est pareil !

Quelles sont les conséquences du manque de sommeil chez les jeunes ?

Le plus évident chez un enfant en privation de sommeil, c’est un retentissement sur ses performances d’acquisition et ses performances scolaires, ainsi que des troubles de la mémoire, des fautes d’inattention, des décrochages pendant les cours…

Si l’on est vraiment dans des temps de sommeil courts (et déjà un enfant qui dort 7h, c’est trop peu), cela favorisera, outre la fatigue, la prise de poids. Des troubles de la tension artérielle peuvent apparaître. Il y a aussi de plus grands risques d’attraper des infections et de tomber malade.

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