« Lorsque le sujet a perdu la liberté de s’abstenir de consommer un produit », on parle d’addiction

Le professeur Florence Thibaut, lauréate 2017 du prix CASDEN de la Recherche, est spécialiste de l'addiction. Exerçant au CHU de Cochin, elle nous présente son parcours, et nous explique les mécanismes de l'addiction, et le traitement prometteur sur lequel elle travaille actuellement.

Professeur Florence Thibault

Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer quels sont vos domaines de spécialité ?

Je suis Professeur de Psychiatrie et d’Addictologie depuis 1998. J’exerce mes fonctions au CHU de Cochin depuis septembre 2013. Je suis par ailleurs membre de l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences INSERM U 894 depuis 2013 (génétique des addictions), Présidente de l’International Association of Women’s Mental Health (IAWMH) jusqu’en 2021, Présidente Honoraire depuis 2013 de la Fédération Mondiale des Sociétés de Psychiatrie Biologique (WFSBP). Auteur de 5 ouvrages de psychiatrie, je suis également auteur ou coauteur de 240 publications scientifiques, coauteur de 70 ouvrages en français et en anglais.

Comment définir l’addiction ?

L’addiction existe lorsque le sujet a perdu la liberté de s’abstenir de consommer un produit ou de réaliser un comportement.

Certaines personnes sont-elles plus que d’autres sujettes aux mécanismes de l’addiction ?

Oui les facteurs génétiques sont importants. Avec un parent proche avec conduite addictive, le risque est plus élevé. Les facteurs environnementaux peuvent également augmenter le risque, par exemple des antécédents de violence physique et/ou sexuelle, avoir un groupe d’amis consommateurs d’alcool, de tabac ou de drogues illicites. Certaines personnalités sont par ailleurs plus à risque, par exemple les « personnalités antisociales ou les chercheurs de sensations fortes ». Enfin, la dépression ou l’anxiété associée peuvent également favoriser l’addiction.

 

 

 

 

Vous avez reçu le prix du Chercheur pour vos travaux sur l’addiction sexuelle : pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la Stimulation Electrique Transcrânienne non invasive (tDCS) ?

La Stimulation transcrânienne à courant direct (tDCS), est un traitement de stimulation cérébrale non invasif et indolore qui utilise des courants électriques directs pour stimuler des parties spécifiques du cerveau. La thérapie fonctionne en délivrant un courant électrique de faible intensité à une partie du cerveau qui joue une rôle important dans l’addiction. Ce courant constant à faible intensité passe à travers deux électrodes placées sur la tête, qui modulent l’activité neuronale. Le traitement n’est pas chirurgical et est sans médicament.Pour les patients cela signifie moins de complications et moins de risques. Il existe deux types de stimulation avec tDCS : stimulation anodique et cathodique. La stimulation anodique agit pour exciter l’activité neuronale tandis que la stimulation cathodique inhibe ou réduit l’activité neuronale. Nous utiliserons la stimulation anodique pour augmenter les capacités de contrôle du cerveau sur le comportement addictif.

 

 

Est-ce que les patients souffrant d’addictions pourront bientôt être guéris – sans risque de rechute ?

L’addiction est une pathologie chronique. Notre étude a pour objectif de réduire les comportements addictifs à court terme qui entraînent beaucoup de conséquences pour la vie sociale et professionnelle du patient. Dans un deuxième temps nous étudierons ses effets à plus long terme sur le comportement addictif (maintien au long cours de l’efficacité).

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