
Malgré les efforts, les résultats scolaires sont parfois faibles. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces difficultés. L’élève peut être stressé lors des évaluations, mal gérer son temps, sentir une pression, avoir une mauvaise relation avec son enseignant, adopter une technique d’apprentissage peu pertinente, peiner à se concentrer, avoir un problème physique…
Pour aider ces élèves, avant même de détecter l’origine de leurs difficultés, il est important de créer un environnement d’apprentissage bénéfique.
Créer un cadre rassurant
Gaëtan Gabriel, ancien enseignant et directeur pédagogique en Belgique, est coach scolaire et auteur de « Coaching scolaire : Augmenter le potentiel des jeunes en difficulté » (éditions De Boeck Supérieur). Pour lui, il s’agit d’abord de s’intéresser à l’élève. « On peut lui dire que l’on comprend ses difficultés, qu’il travaille beaucoup sans obtenir les résultats espérés… On peut ensuite lui demander comment il se sent par rapport à ça », suggère Gaëtan Gabriel. L’élève peut alors confier son ressenti et se livrer sans peur d’être jugé.
Jérôme Rezé, enseignant en maternelle en Mayenne, après avoir enseigné plusieurs années en REP, rappelle que le bien-être de l’élève est indispensable pour avoir un apprentissage efficient. Après avoir discuté avec sa classe de CM1-CM2, de violence, d’émotions et de relations, les élèves ont proposé de se saluer désormais par un câlin, un check ou un simple bonjour. Une démarche amicale qui a transformé l’ambiance de la classe, s’est répandue dans toute l’école et a renforcé les liens entre élèves et enseignants. « Ça a été comme une bouffée d’air dans l’école », se rappelle Jérôme Rezé. L’élève ne peut pas être réduit à son rôle scolaire, c’est un enfant avant tout . « Quand il arrive en classe, il vient avec ses émotions, ses préoccupations, son histoire personnelle. Tenir compte de ces divers aspects en étant bienveillant est un vrai levier de réussite », assure Jérôme Rezé.
Changer de paradigme : se centrer sur ce que l’élève retient
Après avoir découvert des travaux en sciences de l’éducation, notamment ceux du pédagogue Philippe Perrenoud, il a revu son approche. « Ce n’est pas parce qu’un enseignant a bien réalisé sa séance que l’élève a appris quelque chose », relève-t-il. Depuis, Jérôme Rezé s’interroge davantage sur les besoins réels des élèves, leurs difficultés et leurs conditions d’apprentissage. Parmi ses pratiques qui portent leurs fruits ? Travailler des compétences plus simples afin de consolider les bases manquantes des élèves en difficulté et les remettre en situation de réussite. « Ça permet de reprendre les acquis qui ne sont pas suffisamment maîtrisés et de gagner en confiance. Tant que ces fondamentaux ne sont pas consolidés, les apprentissages plus complexes sont très difficiles », constate l’enseignant.
Jérôme Rezé apprécie également les bienfaits des travaux de groupe et le tutorat entre pairs. L’élève en difficulté comprend parfois mieux les explications d’un autre enfant qui vient d’acquérir lui-même une notion. L’autre élève cherche à être le plus clair possible et revoit ce qu’il a appris. C’est gagnant-gagnant. Cette collaboration favorise aussi l’entraide et le sentiment d’appartenance au groupe.
Respecter le rythme de l’enfant
Forte de plus de vingt ans d’expérience en maternelle, en primaire, dans l’enseignement spécialisé et auteure de « Dépasser les difficultés d’apprentissage » (éditions Retz), Alexandra Brunbrouck estime que la difficulté scolaire n’est pas un problème d’élève mais celui d’un système éloigné des besoins des enfants comme la sécurité, la confiance ou la quête de sens. « L’école demande trop souvent aux enfants de s’adapter à un cadre qui ne leur convient pas toujours. Si on ne brille pas à sa hauteur, c’est parce qu’on n’est pas à la bonne place ou qu’il y a des obstacles à transformer », souligne-t-elle. Plutôt que d’attendre que les élèves changent, elle a modifié sa manière de travailler. L’école, à l’image de la société, va souvent trop vite. « On contraint à faire plus de résultats, toujours plus vite. Alors que concrètement, il faudrait apprendre à ralentir, avec plus de plaisir, plus de sens et plus de sécurité », déclare Alexandra Brunbrouck. Au début de l’année, elle prenait surtout du temps pour poser les bases de la communication dans la classe, gérer les conflits, apprendre à être autonome. Elle se focalisait deux fois moins sur les apprentissages scolaires jusqu’aux vacances de la Toussaint. Les bases posées, les élèves étaient ensuite plus attentifs et aptes à apprendre.
Proposer des techniques d’apprentissage différentes
On peut également demander à l’élève en difficulté comment il s’y prend, combien de temps il passe à travailler, comment il contrôle ce qu’il apprend, qu’est-ce qui facilite son apprentissage (seul ou avec des amis, en silence ou avec de la musique…) etc. L’objectif est d’identifier les conditions qui lui conviennent plutôt que d’imposer un modèle unique. L’enseignant évalue, par exemple une fois par semaine, les stratégies mises en place et ajuste les méthodes si nécessaire. Ces échanges doivent rester bienveillants et dépourvus de jugement.
Ces techniques gagnent à être variées car chacun est différent. Gaëtan Gabriel s’appuie notamment sur la théorie des intelligences multiples (intelligence verbale, logique, musicale, spatiale…), développée par le psychologue Howard Gardner aux États-Unis, même si celle-ci fait débat dans le monde scientifique.
Selon lui, elle encourage au moins les enseignants à varier leurs approches et aide les élèves à identifier les méthodes qui leur correspondent le mieux. Certains mémorisent plus facilement grâce à la musique ou au rythme, d’autres en visualisant les notions ou en les mettant en scène de façon concrète.
Il utilise également des outils de profilage inspirés de modèles de personnalité comme le MBTI® qui permet de comprendre les modes de fonctionnement de chacun. Un élève extraverti aura souvent besoin d’échanger et de travailler en groupe pour apprendre efficacement, tandis qu’un élève introverti préférera disposer d’un temps de réflexion avant de s’exprimer. De même, certains apprenants ont besoin d’une progression très structurée, alors que d’autres privilégient une vision globale des notions. A l’enseignant de guider l’élève à mieux comprendre son fonctionnement pour adapter ses méthodes de travail. Il retrouvera confiance en lui et sera plus efficace.
Un plaisir communicatif
Alexandra Brunbrouck préconise de faire équipe avec les enfants. Pour cela, « il faut vraiment partager ce qu’on aime. Si chacun est lumineux à sa manière, alors on peut réveiller des étincelles un peu partout », glisse-t-elle.
Le déroulement de la journée était affiché au tableau pour que chacun se repère dans le temps et gagne en autonomie. En classe, ce sont souvent les mêmes mains qui se lèvent. Les élèves en difficulté préfèrent botter en touche. Pour y remédier, elle essayait de parler à chacun au moins une fois par quart de journée. « Un enfant qu’on ne sollicite pas ne sait pas qu’il existe. Et s’il ne sait pas qu’il existe, il ne peut pas se mettre en projet », déclare-t-elle. Ce climat de confiance et de considération bienveillante est bénéfique pour l’apprentissage.
Chasser le stress
La peur de mal faire, de ne pas tout retenir peut faire perdre ses moyens à l’élève. Pour éliminer cette cause, Gaëtan Gabriel suggère de commencer la journée par dix minutes de relaxation et de revoir la matière dans sa tête avant de commencer.
Pour tenir le cap sur la distance, l’enseignant doit lui-même être détendu et positif. « Pour avoir des enfants qui vont bien, il faut des adultes qui vont bien », indique Alexandra Brunbrouck. Cela passe par prendre soin de soi, de sa santé physique et mentale et de rester authentique. « Dire ses émotions, reconnaître ses limites ou admettre sa fatigue n’affaiblit pas l’autorité de l’enseignant. Au contraire, cela nourrit une relation plus sincère avec les élèves », observe-t-elle.
Ainsi, chacun se montre tel qu’il est et peut avancer vers de meilleurs résultats.








Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire – VousNousIls.fr 1 bis rue Jean Wiener – Champs-sur-Marne 77447 Marne-la-Vallée Cedex 2.