
Comment est née l’idée de ce tutorat entre lycéens ?
Dans la cité scolaire où j’enseignais auparavant, je faisais déjà intervenir des lycéens dans certains cours de mathématiques au collège. J’avais constaté que l’entraide entre élèves fonctionnait très bien.
Quand je suis arrivée dans ce lycée, il y a cinq ans, j’ai fait ce même constat avec mes élèves de 1ère spécialité mathématiques. Certains avaient besoin d’un accompagnement supplémentaire. Il existait auparavant des heures dédiées à l’aide aux élèves, mais ce n’était plus le cas. J’ai donc cherché une alternative. En parallèle, j’animais un club de maths avec des élèves de terminale très motivés et qui aimaient aider les autres. Nous avons alors commencé, il y a deux ans, un premier tutorat entre terminales spécialité maths et premières spécialité maths.
À qui s’adresse ce tutorat aujourd’hui ?
Le tutorat est désormais ouvert à tous les niveaux. Les élèves peuvent proposer leur aide dans différentes matières. Les demandes concernent surtout les mathématiques et les matières scientifiques en seconde, puis davantage les spécialités en cycle terminal.
Comment trouvez-vous les élèves tuteurs ?
En début d’année, j’envoie un sondage à tous les élèves via Pronote pour savoir qui souhaite devenir tuteur. Dès la première année, nous avons eu près d’une centaine d’élèves volontaires sur un établissement qui en compte environ 600.
Les profils sont très variés. Certains veulent aider dans leur propre classe, d’autres préfèrent accompagner des élèves plus jeunes. Je rencontre ensuite tous les élèves tuteurs lors d’une réunion où ils complètent une « fiche envie ». Nous échangeons sur leurs disponibilités, les matières dans lesquelles ils se sentent à l’aise et les conditions dans lesquelles ils souhaitent accompagner un ou plusieurs autres élèves.
Comment le tutorat s’organise-t-il concrètement ?
Une fois que les tuteurs me communiquent leurs disponibilités, souvent sur la pause méridienne, je les transmets aux professeurs principaux, qui les proposent aux élèves susceptibles d’en avoir besoin. Pour que ça fonctionne, les tutorés doivent aussi être volontaires.
L’organisation du tutorat demande un vrai travail de coordination car il faut réussir à faire coïncider les emplois du temps, les matières et parfois les souhaits particuliers des élèves.
Le tutorat se déroule dans une salle dédiée, aménagée à côté de la permanence. Nous y avons installé des tables rondes, des séparations pour travailler en petits groupes, des tableaux et une bibliothèque de ressources.
Les tuteurs s’engagent sur une période d’environ trois mois. Entre deux périodes, nous faisons un point pour savoir s’ils souhaitent continuer.
Que travaillent les élèves pendant ces séances ?
Les élèves travaillent sur les notions qui leur posent problème, les méthodes de travail, les façons de s’organiser… L’objectif est de développer l’autonomie.
À la fin de chaque période, le tuteur rédige une fiche de suivi transmise au professeur principal. Le tutoré peut également donner son ressenti et indiquer s’il souhaite poursuivre. En fin d’année, un questionnaire plus complet permet d’évaluer le dispositif dans son ensemble.
Quels bénéfices observez-vous chez les élèves ?
Les élèves tutorés comprennent mieux les cours, améliorent leurs résultats et ont davantage confiance en eux. Certains disent aussi avoir créé de nouvelles amitiés grâce au tutorat, ce qui est une bonne surprise.
Du côté des tuteurs, les bénéfices sont également importants. Pour expliquer une notion, ils doivent parfaitement la maîtriser. Ils développent aussi leurs compétences orales. Dans la salle, ils passent leur temps à expliquer, à reformuler, à utiliser les tableaux. Ce sont de « mini profs ». Le tutorat valorise énormément ces élèves qui font preuve de solidarité. Ils prennent confiance en eux, se sentent utiles et responsables.
Pour les terminales, cet engagement peut être valorisé dans Parcoursup. Mais même chez les plus jeunes, il y a une vraie envie d’aider.
En quoi le tutorat entre élèves diffère-t-il d’une aide apportée par un professeur ?
Les élèves n’expliquent pas les choses de la même manière que nous. Ils utilisent un vocabulaire plus proche de celui des autres élèves et repèrent parfois plus facilement certaines difficultés parce qu’ils les ont eux-mêmes rencontrées récemment.
En tant qu’enseignants, nous avons une expertise disciplinaire, mais nous avons aussi parfois perdu la vision de l’élève qui découvre la notion.
Les élèves tutorés osent souvent davantage dire qu’ils n’ont pas compris ou expliquer précisément ce qui bloque. La relation est différente.
Vous avez présenté le dispositif au Salon de l’élève engagé organisé par l’académie de Nancy-Metz. Est-ce une forme de reconnaissance ?
Oui. Ce projet repose sur l’engagement des élèves. Sans eux, rien ne fonctionnerait.
Pour le salon, nous avons constitué un groupe de six élèves (des tuteurs et des tutorés). Ils avaient envie de parler du dispositif, d’expliquer ce qu’il leur apportait et de montrer ce qu’ils avaient gagné grâce à cette expérience.
Pendant toute une journée, nous avons présenté le tutorat aux visiteurs du salon qui se sont montrés intéressés.
Quand on porte un projet qui demande beaucoup d’énergie, on entend souvent davantage les difficultés que les réussites. Voir les élèves en parler avec autant d’enthousiasme et recevoir des retours positifs, ça permet vraiment de recharger les batteries.
Que diriez-vous à des établissements qui souhaiteraient se lancer ?
Il faut être conscient que cela demande du temps et un vrai travail d’équipe. Même quand les consignes sont expliquées, il faut continuer à accompagner les collègues et installer progressivement des habitudes dans l’établissement.
Il faut gérer les créneaux, les salles, le suivi des élèves, les rendez-vous… Rien ne fonctionne sans une coordination solide. Dans notre lycée, l’équipe de direction nous aide beaucoup, notamment pour toute la gestion sur Pronote.
Mais malgré cette charge de travail, je pense que c’est un vrai atout pour un établissement. À une période où il devient difficile d’obtenir des moyens supplémentaires pour accompagner les élèves, le tutorat entre pairs constitue une alternative intéressante. Nous sommes encore en train d’améliorer le fonctionnement, mais le dispositif commence à trouver son rythme.








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