
Comment est venue l’idée de ce livre ?
Dans le cadre du Rased (Réseau d’aides spécialisée aux élèves en difficulté) quand je parlais avec les parents dont les enfants rencontraient des difficultés dans leur scolarité, ils évoquaient souvent cette première rentrée en école maternelle comme quelque chose de douloureux. Et les enseignants de petite section nous disaient aussi que ces élèves les avaient interpellés par leur comportement, leur inhibition, leur difficulté à investir les codes de l’école. Dans l’institution scolaire, on s’inquiète davantage du passage de la grande section au CP mais j’ai constaté que l’entrée à l’école maternelle méritait aussi qu’on s’y attarde.
Pourquoi est-ce un moment unique pour l’enfant et sa famille ?
Cette première entrée à l’école s’apparente à une remise au monde. Les parents se demandent ce que la société va dire de leur enfant. Si le parent est angoissé à l’idée de confier son enfant à un tiers ou parce qu’il a lui-même vécu difficilement sa scolarité, l’enfant sera également anxieux. Le positionnement d’accueil de l’enseignant vis-à-vis de l’enfant et de sa famille est donc très important.
Quand l’enseignant peut-il faire connaissance avec la famille ?
Idéalement, cette rentrée se prépare avant les vacances d’été, en juin, en accueillant une première fois la famille dans la future salle de classe. Cela permet de faire découvrir l’espace, d’y jouer un peu ensemble et d’en parler positivement pendant l’été.
Qu’est-ce que l’enseignant peut mettre en place pour faciliter la rentrée ?
La semaine de la rentrée, il est important que l’enseignant accueille l’enfant et sa famille et non pas encore l’élève. Il les reçoit dans la classe plutôt que dans la cour qui est plus grande et imposante. Les parents peuvent rester dans la classe un moment les premiers jours pour accompagner cette séparation en douceur. Parents et enfants apprennent alors ensemble les codes de l’école, son fonctionnement. Chaque jour, les parents restent un peu moins longtemps. C’est important que l’enseignant et l’Atsem qui font équipe aillent vers chaque famille. L’école peut également demander à ce qu’un membre du Rased soit présent pour faciliter ces accueils. L’enseignant peut aussi proposer des rentrées échelonnées : une première partie des enfants peut être accueillie le premier jour, puis une deuxième partie le deuxième jour et enfin toute la classe le troisième jour par exemple. Les inspecteurs veulent parfois que tous les enfants soient là le premier jour mais les arrivées individualisées sont préférables. On peut confirmer à l’inspecteur que tous les effectifs seront là en fin de semaine.
Les rituels ont également un rôle important…
Tout à fait. Ritualiser permet de donner des repères. Un enfant de 3 ans n’a pas de repères de temps : savoir qu’il est 10 h ne représente rien pour lui. Mais les activités qui se répètent d’une journée sur l’autre (faire l’appel, lire un livre, chanter une comptine…) lui offrent des repères qui le rassurent. Petit à petit, il acquiert des routines qui le sécurisent.
Comment les parents peuvent-ils favoriser la séparation ?
Comme je le disais, il est préférable que les parents restent un peu dans la classe avec l’enfant pour jouer ou s’installer à une table pour dessiner. Le coin jeu ou la table devient sécurisant car le parent y est venu, c’est un espace transitionnel. L’enfant peut aussi amener son doudou à l’école ou un objet qui le sécurise. Les parents peuvent également donner une photo de famille ou de leur maison que l’enfant pourra regarder pendant la journée pour savoir que sa famille et son domicile continuent d’exister même s’il est à l’école. Ils peuvent dire à leur enfant : « tu es à l’école, moi je vais travailler mais je reviens cet après-midi ». C’est important que les parents mettent des mots, expliquent la situation à leur enfant. Et l’enseignant doit leur permettre de s’exprimer pour que cette séparation ne soit pas vécue par l’enfant comme une rupture. Dans la littérature jeunesse, on trouve des ouvrages très intéressants sur l’absence des parents ou le départ à l’école (« Pendant ce temps », Malika Doray, éd. MeMo ; « Le fil entre nos cœurs », Gaëlle Josse, éd. Joie de lire ; « Le pigeon doit aller à l’école », Mo Willems, éd. L’école des loisirs). C’est une aide supplémentaire.
Comment réagir face aux pleurs ?
Il faut accepter les pleurs de l’enfant. L’enseignant ou l’Atsem peut s’agenouiller à son niveau, le réconforter et lui dire : « je vois que tu as du chagrin. Je comprends ta tristesse mais tu te rappelles ce que tes parents t’ont dit ? Ils viennent te chercher après l’école ». Il ne faut pas se résigner si les pleurs s’installent sur la durée. Il vaut mieux se tourner vers le Rased pour aider l’enfant à s’adapter.
La communication avec les parents est importante. Comment développer ce lien ?
A la sortie des classes, l’enseignant échange quelques mots avec les parents pour raconter comment s’est passée la journée pour leur enfant. L’affichage est également très important. On peut mettre sur la porte le planning des activités, le titre de la comptine apprise, des photos des activités en salle de motricité… L’enfant est encore petit et ne sait pas toujours dire ce qu’il a fait. Là les parents se représentent mieux le quotidien de leur enfant et peuvent lui poser des questions. Et fin septembre, on prévoit un temps de rencontre avec tous les parents de la classe, la direction, l’Atsem pour parler de la rentrée. C’est un peu comme un groupe de parole qui fait vivre le collectif. Les parents deviennent ainsi parents d’élève et peuvent mieux accompagner leur enfant dans l’acceptation de ce qu’est l’école.
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