Formateur académique : à la découverte d’un nouveau métier

Vous aimeriez transmettre votre expérience aux (futurs) professeurs ? Le métier de formateur académique pourrait bien vous intéresser. Denis Loizon, enseignant-chercheur en STAPS à l’INSPE de Dijon, formateur au CAFFA (Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Formateur Académique) et membre du jury des épreuves de certification depuis 2016, vient d’écrire "Formateur académique, un nouveau métier", chez Canopé Editions. Interview.

Dans quel contexte le métier de formateur académique a-t-il été créé ?

Il existait déjà un statut de formateur dans le premier degré, bien avant les IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres). Mais il n’y avait rien pour le second degré. En 1989, le rapport Bancel (du recteur Daniel Bancel qui a été remis à Lionel Jospin, alors ministre de l’Education nationale, de la jeunesse et des sports, Ndlr) émettait déjà le souhait d’un pôle de formateurs pour le second degré.
Il y a alors eu deux types de formateurs : les professeurs- formateurs qui intervenaient en formation continue et qui étaient recrutés par l’inspecteur qui connaissait leur travail ; et les formateurs associés, recrutés par le rectorat dès la création des IUFM pour faire de la formation initiale post-concours.
C’est finalement l’arrêté du 20 juillet 2015 qui aboutit à la création d’un vrai statut de formateur académique regroupant ces deux aspects. 

Qui peut prétendre exercer ce métier ?

Il s’adresse à tout collègue du 2nd degré, en poste ou détaché dans l’enseignement supérieur, à condition d’avoir un peu d’ancienneté, même si les textes ne précisent pas la durée de celle-ci.

Quelles peuvent être les fonctions du formateur académique ?

Il y a plusieurs niveaux d’intervention possibles, en formation initiale et continue. Il peut être tuteur en établissement scolaire pour accompagner les premiers pas d’un jeune professeur. Il peut faire des interventions ponctuelles en formation initiale ou continue dans les Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation. Si le rectorat a le choix entre deux personnes, il privilégiera un formateur ayant le CAFFA. Il peut aussi être en charge d’un groupe d’étudiants, animer leurs TP et les visiter sur leur lieu d’exercice. Le formateur académique peut par ailleurs être recruté à l’Inspé, avec une décharge horaire, pour former les étudiants en Master. Il partage alors son temps entre son établissement d’affectation et l’Inspé. Mais ce n’est pas évident de s’investir dans les deux…

Justement quelles sont les difficultés du métier ?

Elles sont souvent d’ordre organisationnel et temporel. Quand on possède une certaine ancienneté en tant que professeur, on a acquis des routines. Là, il faut repartir de zéro et ce n’est pas toujours évident. Les collègues me disent qu’il leur faut parfois 15, 20, 30 heures pour préparer 1h30 de formation. Leur décharge ne suffit pas à couvrir ce temps. Cela a des conséquences sur la vie personnelle et professionnelle.
Et puis, il faut aussi se remettre à niveau sur des concepts, les contenus dispensés, et s’adapter à un nouveau public. On idéalise parfois un peu ce métier de formateur alors qu’il y a encore un travail de discipline à faire : certains étudiants montrent peu d’intérêt pour certaines matières enseignées, sont absents, regardent leur portable… Cela surprend. Mais il y a une différence entre les M1 qui vont passer le concours et les M2, plus attentifs, qui sont en voie de titularisation.
Enfin, il peut y avoir de la jalousie et des remarques désobligeantes de la part de certains collègues quand on sort des sentiers battus. Comme si, en essayant de se développer professionnellement, on était exclu du bateau. 

Comment en vient-on à passer le CAFFA ?

Il y a plusieurs possibilités. L’inspecteur peut connaître notre investissement et nous recommander de passer cette certification pour évoluer. Le chef d’établissement peut inciter aussi à passer le CAFFA pour valoriser son personnel et développer leur carrière. Et bien sûr, un professeur peut s’inscrire directement s’il est motivé par la formation d’adultes. 

Comment se déroule la passation de cette certification ?

Les épreuves se font en deux temps, un par an. Le premier est l’admissibilité. Le candidat remplit un document sur la plateforme rectorale avec un rapport d’activité. Il décrit une expérience significative et expose ses motivations.
L’année d’après, il y a deux épreuves d’admission. La première consiste à rédiger un mémoire professionnel soutenu devant un jury de 5 à 7 personnes. La seconde est à choisir entre une analyse d’entretien ou de formation. Dans le premier cas, le candidat regarde un collègue travailler pendant son cours. Puis, il s’entretient pendant 30 mn avec le professeur observé, sous le regard du jury. Il poursuit avec un deuxième entretien, cette fois, seul face au jury. Il explique ce qu’il a observé et ce qui a motivé ses remarques au professeur.
Dans le deuxième cas, pour l’analyse de formation, le candidat anime une formation d’1h à  1h 30 sous l’œil du jury. Puis, celui-ci s’entretient pendant 1h avec le candidat. Les résultats sont communiqués en mai-juin. 

Peut-on suivre des cours pour se préparer au CAFFA ?

Oui, toutes les académies ont mis en place des formations de 30 à 50h pour aider les candidats à passer ce certificat. Dans mon académie, cela se fait sur trois journées pour l’admissibilité et 4 journées pour l’admission. Mais il faut bien sûr se prendre en main et fournir un vrai travail personnel pour réussir.

Qu’apporte le CAFFA ?

Cette certification atteste d’une base de compétences liées à la formation professionnelle. La circulaire précise les quatre grands domaines de compétences attendues du formateur académique. Il s’agit de : penser, concevoir, élaborer ; mettre en œuvre, animer, communiquer ; accompagner ; observer, analyser, évaluer. L’analyse de la pratique et l’accompagnement sont souvent sous-estimés par les candidats. Or ces champs de compétences invitent à s’interroger sur leur sens profond, à s’appuyer sur des recherches pour appuyer sa réflexion…
Passer la certification permet de se développer professionnellement, de satisfaire son intérêt pour la formation des enseignants. En fin de carrière, on avance un peu plus vite dans les échelons grâce à celle-ci. Sinon, côté financier, le formateur académique a son volume horaire et les vacations payées par l’Inspé. Mais des heures supplémentaires dans son établissement sont plus rémunératrices au prorata du temps passé.

Quelles sont les perspectives d’évolution grâce à cette certification ?

On peut s’arrêter là ou poursuivre avec un Master professionnel ou de recherche sur la formation d’adultes. Si on prend goût à la recherche, on peut s’inscrire en thèse et devenir  enseignant-chercheur. On peut aussi après le CAFFA et un Master recherche, devenir Inspecteur de l’Education Nationale ou IA-IPR (Inspecteur d’académie – inspecteur pédagogique régional, Ndlr), passer le concours de chef d’établissement, devenir formateur en Inspé, à l’université…

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1 commentaire sur "Formateur académique : à la découverte d’un nouveau métier"

  1. Ottavi  6 décembre 2019 à 14 h 24 min

    « Nouveau métier » , non , mais c’est bien rappelé au début. Les « conseillers pédagogiques itinérants » des années 80-90 étaient de ceux-là. Nombreux sont ceux qui n’ont jamais été payés pour ce travail de pédagogue face à de futurs professeurs, en plus de leur travail de pédagogue face à leurs propres élèves. Pas plus qu’ils n’auront eu la reconnaissance de leur ministère -via l’administration- promise : passer des échelons par exemple.
    Du travail « au black » bien caché par l’Education Nationale….témoignages et preuves écrites à l’appui !

    Bon courage aux nouveaux !Signaler un abus

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