Comment le yoga a modifié ma pratique de professeure d’Histoire-Géographie

Professeure agrégée d'histoire, Véronique Mainguy est également formatrice à l'ESPE de Versailles et au RYE (recherche sur le yoga dans l'enseignement). Elle explique les effets bénéfiques de la pratique du yoga et de la relaxation en milieu scolaire.

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Pouvez-vous nous présenter le RYE et ses actions ?

Le RYE est une association créée par une ancienne enseignante, Micheline Flak. Lorsqu’elle a fondé l’association il y a 40 ans, son idée était d’adapter le yoga au milieu scolaire, quel que soit le niveau, de la maternelle à l’université. L’association est agréée par le ministère de l’Éducation nationale depuis 2013. Le RYE n’intervient pas directement dans les établissements scolaires, mais forme des adultes afin qu’ils interviennent par la suite dans des établissements en atelier périscolaire ou directement dans leur classe. À travers le RYE, nous souhaitons que les professeurs ou les CPE puissent utiliser ces techniques au sein même de leur pratique professionnelle.

Pourquoi enseigner le yoga aux enfants ?

Il ne s’agit pas d’enseigner le yoga aux enfants à proprement parler. Il s’agit pour nous d’enseigner aux enfants des techniques adaptées du yoga qui vont leur être utiles à plusieurs niveaux. Nous ne faisons pas directement de yoga avec les enfants, comme nous pourrions le faire avec des adultes. Que ce soit en classe ou en atelier périscolaire les techniques sont adaptées à leur âge et à leur niveau.

La pratique du yoga permet aux enfants d’apprendre des choses toutes simples et utiles comme par exemple, apprendre à bien se tenir droit et à être souple, et conserver sa souplesse qui se perd assez tôt. Dès 6 – 7 ans, dès l’entrée au CP, bizarrement on devient tout raide, ce qui devrait d’ailleurs nous interroger. Ensuite, comme en classe les élèves passent beaucoup de temps en situation assise, apprendre à bien s’asseoir, en étant à la fois confortable mais pas avachis, tonique mais pas tout raide. La tenue de la colonne vertébrale est très importante en cela, notamment pour la respiration.

En réalité, nous apprenons aux enfants à mieux connaître leur corps et à mieux se tenir. Après nous avons des adaptations de postures de yoga que nous faisons pratiquer aux enfants. En règle générale, avec les plus jeunes, les postures ne sont pas tenues et souvent nous proposons des mini-enchaînements où les enfants sont en mouvement. Plus les enfants grandissent, et plus ils peuvent tenir des postures. Il y a toujours un symbole ludique, par exemple, nous allons demander aux enfants en maternelle de devenir une fleur qui grandit, ou un arbre bien enraciné. Dès le collège nous n’avons plus besoin de ces imageries ludiques.

Quelles sont les étapes d’apprentissage du yoga ?

La fondatrice du RYE, qui a toujours souhaité rester au plus près de la tradition, s’est appuyée sur les étapes des Yoga sûtras de Patanjali. Cet ouvrage fondamental compile les grandes étapes du développement par le yoga.

La 1ère étape c’est le vivre ensemble. Au RYE, nous développons cela autour des aptitudes sociales, dont la plus connue est la non-violence. Pour cela, nous faisons pratiquer des exercices et des postures à deux.

La 2ème étape consiste à éliminer les tensions. Cela aide à mieux vivre avec soi-même. Il s’agit d’une discipline personnelle qui peut aller de l’hygiène – connaître son corps, en prendre soin – à l’hygiène des pensées. On y parvient en cultivant des pensées positives, en étant content et de bonne humeur. En milieu scolaire c’est très important.

La 3ème étape réside dans l’apprentissage des postures.

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La 4ème étape, quant à elle, permet d’apprendre à bien respirer. Au RYE, cette étape nous paraît essentielle, et avec les enfants nous faisons des choses très simples. Avec les tous petits c’est déjà prendre conscience qu’on inspire, qu’on expire, et quand on grandit on prend conscience du lien entre respiration et émotions. Quand on est en colère ou quand on a peur, on a une respiration différente, et on leur apprend alors à se reconnecter à leur respiration, en particulier au niveau du diaphragme. Avec les jeunes enfants on ne va pas plus loin, on estime qu’être conscient de sa respiration est déjà énorme. Avec des plus âgés, cela va un peu plus loin. On les incite à allonger la respiration, ce qui renforce le système parasympathique et a pour effet de calmer. Et comme nous sommes très prudents et vigilants avec la respiration, en aucun cas nous ne ferons de suspension de souffle.

Ensuite lors de la 5ème   étape, nous leur apprenons à se relaxer.  C’est ce que j’appelle le retrait des sens extérieurs. Cette étape consiste à écouter par exemple un son extérieur, comme un chant d’oiseau dans la cour de récréation, et de ramener le sens de l’ouïe vers l’intérieur. Cela leur apprend à être attentif. En tant que professeure d’Histoire-Géographie, j’utilise ce cheminement avec mes élèves, et cela peut tout aussi bien être décliné à d’autres disciplines comme les langues étrangères. Nous apprenons notamment aux enfants le geste de l’attention, c’est-à-dire à se redire mentalement la leçon, par exemple, lors d’une leçon sur l’Histoire Antique, les élèves visualisent l’Acropole. C’est d’ailleurs ce que font les bons élèves spontanément.

Enfin, la 6ème étape et dernière étape, c’est celle de la concentration. Celle-ci est mise en avant au sein du RYE autour d’une vaste pédagogie. La finalité du yoga c’est d’atteindre l’état de méditation. Un enfant peut être complètement concentré mais dans un grand état de crispation. Au RYE, nous considérons qu’on ne peut pas faire entrer l’enfant en méditation, mais nous les amenons dans un état d’apaisement, de concentration détendue.

En quoi la mise en place de cette pratique est-elle bénéfique en classe ?

Dans ma pratique, j’ai remarqué que cela change l’ambiance de la classe. Une professeure d’Histoire-Géographie qui demande de lever les bras et de faire une posture c’est étrange, mais cela introduit un autre rapport entre mes élèves et moi. Cela modifie le climat de la classe. Ensuite, c’est très efficace pour calmer au retour des récréations par exemple. Les enfants bougent et quand ils arrivent comme des boules de nerfs, une petite séance de yoga agit comme un sas. Je ne dis pas qu’ils vont être très calmes, mais après cela on peut espérer commencer son cours dans de bonnes conditions.

Pratiquer le yoga est aussi défatiguant. Quand je vois des élèves avec qui on a beaucoup travaillé, et dont l’attention flanche, je me sers du yoga comme d’un petit effet régénérant. Les élèves s’emparent aussi de certains exercices, ils en parlent entre eux, les refont. Ce sont des petites graines que l’on sème, qui leur donnent l’envie de continuer.

 

Article publié le 21 février 2019

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