
Vous avez réussi le CRPE 2026 mais vous êtes toujours sans poste. Pouvez-vous nous expliquer votre situation ?
Nous avons passé le concours et nous avons eu les résultats le 10 juin dernier. Sur l’académie de Rennes, 115 personnes ont été admises sur la liste principale. Derrière, sur les deux concours, celui à bac+5 et celui à bac+3, il y a des listes complémentaires, qui fonctionnent comme une sorte de liste d’attente. Nous sommes 25 lauréats sur celles-ci, 13 pour le concours à bac+5 et 12 pour le concours à bac+3.
En principe, s’il y a des besoins supplémentaires, on peut faire appel à nous. Or aujourd’hui, l’académie fait le choix de recruter des contractuels, c’est-à-dire des personnes qui n’ont pas le concours, à notre place. La rentrée des enfants a eu lieu et nous nous retrouvons sans emploi. Et si la situation perdure au-delà du 30 septembre, nous perdrons le bénéfice de notre concours et devrons repasser toutes les épreuves.
Avez-vous eu une explication du rectorat ?
La seule explication que nous avons eue, début juillet, c’est que l’on ferait appel à nous si un désistement avait lieu sur la liste principale. Ça peut arriver si une personne est trop loin de chez elle ou qu’elle a réussi un autre concours par exemple. En revanche, le rectorat nous a dit qu’il ne nous appellerait pas si un nouveau besoin apparaissait. C’est ce que nous ne comprenons pas.
Vous avez eu connaissance de besoins suite à des départs dans l’académie ?
Oui. Un syndicat breton nous a informé d’environ 15 démissions au cours de l’année écoulée. Et il y a aussi des demandes de temps partiel, des personnes parties en congé de formation… Ces postes ont été pourvus par des contractuels. Sur la liste complémentaire des bac+5, il y a 13 lauréats qui auraient pu être appelés pour combler ces départs…
Vous êtes en concurrence avec les contractuels ?
Nous ne sommes pas contre les contractuels. En plein mois de décembre, par exemple, en cas de besoin ponctuel, il faut des remplaçants rapidement, y compris des personnes qui n’ont pas le concours. L’académie en a besoin.
Mais nous, nous avons préparé un concours. Depuis le 10 juin, l’académie sait que nous sommes disponibles. Nous avons satisfait aux exigences de l’Éducation nationale. Et nous savons qu’il existe des besoins.
Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?
Nous avons le sentiment d’une grande injustice. Nous nous sommes énormément investis pour réussir ce concours. Le CRPE à Rennes est particulièrement exigeant. Chacun d’entre nous a dû aménager son emploi du temps et parfois refuser des missions rémunérées, pour pouvoir le préparer. Certains ont des enfants, des familles.
Moi-même, j’étais contractuel l’année dernière. C’est une vie au jour le jour : on attend qu’on nous appelle, on ne sait pas si on va avoir besoin de nous ou non. On connaît cette précarité.
Aujourd’hui on a l’impression d’être oubliés.
Vous avez tenté de contacter le rectorat ?
Oui. Nous avons écrit à la rectrice. Les syndicats lui ont également écrit personnellement. Parmi les cinq principaux syndicats, quatre ont demandé une audience. Nous n’avons eu aucun retour, pas même un mail.
Comment vivez-vous cette attente depuis le mois de juin ?
C’est dur. Depuis trois mois, on se réveille tous les matins en attendant un appel, en se demandant si quelque chose va fonctionner. Les quatre dernières années, les choses avaient davantage bougé pendant l’été et tous les lauréats de la liste complémentaire avaient obtenu un poste. Cette année, une seule personne a été appelée le 6 juillet et, depuis, plus rien. Il nous reste moins d’un mois pour faire avancer les choses et nous faire entendre.
Que se passera-t-il après ?
L’académie peut faire appel à nous jusqu’au 30 septembre. Après cette date, c’est terminé pour cette session. Nous perdrons le bénéfice de notre réussite au concours. Pour pouvoir devenir professeurs des écoles, nous devrons tout recommencer : les épreuves écrites et orales. Il faudra repasser le concours. Tout ce travail risque de partir en fumée, c’est ce qui est difficile à accepter.
Vous avez donc décidé de vous mobiliser devant le rectorat de Rennes.
Oui. Nous nous déplacerons devant le rectorat de Rennes le mercredi 9 septembre à 14 heures. Cette mobilisation est soutenue par cinq syndicats : la FSU, la CGT, la CFDT, le SE UNSA et le Snudi-FO.
Nous avons aussi contacté des députés de nos circonscriptions, en Ille-et-Vilaine, dans les Côtes-d’Armor et dans le Finistère pour être soutenus. Peut-être seront-ils plus entendus que nous…
Vous avez également des contacts avec des lauréats d’autres académies ?
Oui. Nous avons des liens avec des personnes dans la même situation en Normandie, à Lille et à Bordeaux. La situation est assez similaire partout en France. Dans certaines académies, il y a plus de personnes sur les listes complémentaires et davantage de recrutements, mais c’est un peu au petit bonheur la chance.
Au-delà de votre situation personnelle, quel message souhaitez-vous faire passer ?
Nous entendons beaucoup parler de la nécessité de redonner envie du métier de professeur des écoles. Nous, nous sommes là. Nous sommes jeunes, nous avons passé le concours, nous avons travaillé pendant longtemps pour l’obtenir et nous sommes extrêmement motivés. Et pourtant, on ne nous appelle pas. Quelle image ça renvoie du concours ? Quel intérêt y a-t-il à le préparer et à le réussir si on ne peut pas être recruté alors même que des besoins existent ?
On a parfois le sentiment que prendre un contractuel en CDD coûte moins cher. On a besoin de lui, on lui propose un contrat ; on n’en a plus besoin, on lui dit au revoir. Ce n’est pas le même fonctionnement avec un fonctionnaire. Il y a sûrement des raisons économiques en jeu.
Comment envisagez-vous l’avenir ?
Nous n’avons pas envie de lâcher. Nous allons continuer à nous mobiliser jusqu’au bout pour essayer de faire entendre notre situation. Nous voulons simplement exercer le métier pour lequel nous nous sommes préparés. Nous nous organisons en collectif national pour nous réunir à Paris, le 16 septembre à 14h devant le ministère de l’Éducation nationale en demandant une audience par le biais des syndicats mobilisés.


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