
On connaissait le concours général des lycées et des métiers ; place désormais aussi au concours général des collèges . Édouard Geffray, le ministre de l’Éducation nationale, a annoncé la mise en œuvre de ce nouveau concours pour les collégiens volontaires, en 3ème, dès la prochaine rentrée. Objectif ? Valoriser les meilleurs élèves et leur permettre d’exprimer leurs excellences dans l’une des disciplines proposées. Au choix : mathématiques et sciences, français et culture générale, histoire-géographie, arts plastiques, informatique et codage.
Chaque établissement pourra inscrire jusqu’à 10% de ses élèves de 3ème, autant de filles que de garçons.
Concours général des collèges : des matières trop restreintes
L’annonce de ce nouveau concours ne fait pas l’unanimité. Dans son communiqué, le syndicat SE-Unsa regrette la restriction de ces épreuves à cinq domaines : « l’excellence ne se mesurera donc pas en langues, en EPS ou encore en éducation musicale, dont les enseignants apprécieront sans doute le peu de cas qui est fait de leur discipline ». Des enseignants, comme Thibaud Hayette, professeur de lettres dans l’académie de Lyon, saluent en revanche le choix de certaines de ces matières : « l’idée de l’épreuve Informatique et codage est innovante et permettrait de valoriser des profils différents ».
Par ailleurs, le ministère a indiqué que les matières du concours pourraient être amenées à s’élargir ultérieurement.
Valoriser les très bons élèves
Le concours général des collèges s’adresse aux très bons élèves désireux de démontrer leurs connaissances et de se challenger. « Nous avons beaucoup de dispositifs destinés à corriger la difficulté scolaire, mais les élèves les plus performants ont besoin de gratifications et d’une certaine considération eux aussi », déclare Lionel JeanJeau, principal du collège des Martinets à Rueil-Malmaison, un établissement sociologiquement et scolairement « très mixte avec une forte proportion d’élèves très performants ». Le concours général est pour lui l’occasion que ces élèves se fixent des objectifs ambitieux que le collège ne parvient pas toujours à leur donner.
Même point de vue pour Thibaud Hayette qui enseigne dans un collège en milieu rural avec beaucoup d’élèves socialement défavorisés : « cela permettrait de valoriser certains excellents profils qui stagnent dans une excellence très locale et ne se confrontent pas nécessairement, avant le lycée, à des élèves issus de milieux plus favorisés », estime-t-il.
Les élèves en difficulté, délaissés ?
Mais si certains voient d’un bon œil ce concours destiné aux élèves « les plus à l’aise », le SE-Unsa s’étonne de cette initiative. « Quel sens donner à un concours réservé aux meilleurs élèves du collège, alors que ce lieu d’enseignement est le plus sinistré et celui qui peine le plus à faire réussir ses élèves ? », interroge le syndicat dans son communiqué. Rappelons qu’environ 800 collèges rencontrent les situations de plus grande difficulté scolaire avec au moins 4 élèves sur 10 qui ont moins de 8/20 en français et en mathématiques au brevet.
Pour Jean-Michel Delaune, principal du collège Émile Zola de Sotteville-lès-Rouen, ce concours général des collèges n’a certes pas pour mission d’aider les élèves en difficulté mais il comporte un autre intérêt à ses yeux : faire rester les très bons élèves. « Des initiatives telles que celle-ci permettent au collège de travailler son image et d’attirer ou garder les très bons élèves qui pourraient être tentés de partir vers le privé ou de demander une dérogation pour aller dans un autre établissement. Avoir ces très bons élèves est bénéfique aussi pour ceux en difficulté. La Cour des Comptes a déjà prouvé l’importance de cette hétérogénéité », plaide-t-il.
Quels moyens alloués pour le concours général des collèges ?
Chaque collège peut inscrire quelques élèves ou faire de la participation à ce concours un véritable projet d’établissement. Reste à savoir avec quels moyens. « Pour que les élèves de mon établissement puissent réussir le concours, des temps spécifiques de préparation devraient avoir lieu mais nous peinons déjà à boucler les programmes. Alors si je peux avoir une crainte, c’est que cela mette à l’honneur des élèves qui ont déjà les meilleures conditions et que cela ne révèle qu’un peu plus une forme de déterminisme social », redoute Thibaud Hayette.
De son côté, Lionel JeanJeau, à Rueil-Malmaison, n’est pas favorable à des dédoublements de classe destinés à préparer les élèves à ce concours exigeant ni même à des heures dédiées. « Dans le cadre d’une enveloppe de moyens contrainte ce sera mal perçu, et à juste titre », souligne-t-il.
Jean-Michel Delaune, à Sotteville-lès-Rouen, a prévu d’inscrire son établissement pour participer à ce concours général mais il ne sait pas encore comment y préparer les élèves. « L’allocation moyens pour l’année prochaine est tombée, les heures sont déjà réparties. Ça peut se faire dans un cadre spécifique, sur le dispositif Devoirs faits par exemple ou avec d’autres personnes comme la documentaliste ou l’assistante pédagogique. C’est un projet qui peut fédérer et créer une petite dynamique intéressante », envisage-t-il. L’équipe doit se concerter mais cela implique un réel investissement humain.
Une charge de travail supplémentaire
La préparation des élèves, des épreuves, ou bien encore la correction des copies ne font donc pas l’objet d’un budget dédié. Dans un communiqué, la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques s’oppose à ce concours et déplore que le ministère minimise l’impact de cette initiative sur la charge de travail des personnels. « Quant au volontariat des personnels de direction, des personnels administratifs des collèges et des directions des examens et concours, des personnels qui seront mobilisés pour surveiller les épreuves, le ministère n’en dit rien ».
En attendant les épreuves prévues en janvier 2027, chaque établissement désireux de participer à ce concours général des collèges fera au mieux pour s’organiser.








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