
Le 28 janvier 2026 , l’Observatoire des Zones Prioritaires (OZP) se réunissait pour évoquer le sort de l’Éducation prioritaire (EP). Pour rappel, le 9 décembre 2025, Édouard Geffray, le ministre de l’Éducation nationale, avait annoncé qu’il ne réviserait pas la carte de l’éducation prioritaire, faute de temps bien que ce soit « objectivement nécessaire ». La carte de l’éducation prioritaire, normalement renouvelée tous les quatre ans, ne l’a pas été depuis 2015. La mise à jour permet d’évaluer la situation actuelle des établissements pour corriger les inégalités sociales et économiques. Par ailleurs, si aucun établissement ne sort de la carte, aucun nouveau ne peut y entrer.
Un nouveau dispositif mal perçu
Le 18 décembre 2025, sur France 2, le ministre a présenté un nouveau dispositif pour « accompagner les collèges les plus exposés à la difficulté scolaire ». Cela concerne 15 % de collèges (800 établissements) dans lesquels 40 % des collégiens ont eu moins de 8/20 aux épreuves du DNB en mathématiques et en français. L’accent doit être mis sur la formation, l’accompagnement pédagogique et social, à partir des besoins de chaque établissement. Un plan d’action, piloté par les recteurs, doit ainsi être engagé et appliqué dès la prochaine rentrée dans chaque établissement visé. Près de deux tiers des collèges concernés appartiennent au réseau d’éducation prioritaire. De quoi craindre une nouvelle approche pour celui-ci ?
Le projet passe mal du côté de Marc Douaire, le président de l’OZP : « Le ministre choisit de créer un nouveau dispositif sous prétexte que la politique d’éducation prioritaire relèverait d’une logique territoriale répondant à la grande difficulté sociale ». Marc Douaire s’étonne de cette coupure entre la prise en compte des conditions de vie des élèves et des conditions d’apprentissage et d’action pédagogique.
C’est dans ce contexte que l’OZP a tenu sa conférence sur la méthode à employer pour déterminer les collèges à aider.
Confronter les données des IPS et des notes au brevet
L’OZP a comparé deux méthodes : celle du plan proposé par le ministère qui s’appuie sur les notes à l’écrit du brevet et celle d’une carte de l’éducation prioritaire qui se baserait sur l’Indice de Position Sociale (IPS).
Il y a 10 groupes pour les IPS (voir page 6 du document) : le groupe 1 étant celui avec l’IPS le plus défavorisé) et 10 groupes pour les notes (le niveau 1 étant là aussi celui qui a eu les plus mauvaises notes au brevet). Ce sont les groupes dans lesquels l’OZP a classé les collèges pour faire son comparatif.
L’OZP s’est appuyé sur une liste de tous les collèges publics et privés sous contrat, classés en dix groupes de taille égale pour les IPS et dix groupes de taille égale pour les notes au brevet. Objectif ? Croiser les données pour voir ce qui en ressort.
Des résultats parfois inattendus
Les 619 collèges classés dans les groupes d’IPS 1 et 2 et dans les groupes 1 et 2 des notes les plus basses sont conformes aux attendus. En revanche, ceux en IPS1 et en Notes 2, ont des notes meilleures que la sociologie ne le laissait penser. A l’inverse, les 164 établissements classés en IPS2 et Notes 1 ont de moins bons résultats qu’attendu.
Les tableaux révèlent que 425 collèges avec les IPS 1 et 2 se trouvent en groupe 3 ou plus pour leurs notes au brevet, donc avec de bons résultats. De fait, ils ne seraient pas concernés par ce nouveau dispositif malgré des conditions sociales défavorables. Anne-Sophie Legrand du Snes-FSU a une hypothèse sur ces bonnes notes : « L’approche de l’éducation prioritaire, avec les moyens qui lui sont conférés en collège REP+, lui permet peut-être d’avoir des résultats un peu meilleurs que ceux attendus ».
Lors de la présentation, Marc Bablet, membre du bureau et du comité scientifique de l’OZP, interroge alors : « Faut-il ne pas aider les collèges avec de faibles IPS mais qui ont de bonnes notes au brevet ? ». « Et que valent vraiment les notes à l’écrit du DNB, n’y a-t-il pas des biais liés aux modes de correction de cet examen ? », commente encore l’observatoire dans le rapport publié sur son site. « Est-ce que les modes de notation ne visent pas à encourager ces élèves même à l’écrit ? Ce ne serait probablement pas très juste pour les autres… », ajoute Marc Bablet.
A l’opposé, le croisement de données démontre que 436 établissements ayant des notes faibles au brevet ont pourtant des IPS jugés favorables ou très favorables (rang 3 ou +). Selon l’OZP, ils devraient bénéficier d’une aide différente de celle apportée aux collèges très défavorisés.
En Éducation prioritaire, des changements à prévoir
Les collèges en REP + et en REP sont globalement à leur juste place en éducation prioritaire. Mais 59 collèges de REP n’ont rien à y faire et 90 posent question, selon l’OZP. De même, certains collèges en REP, classés en IPS1, pourraient intégrer les REP+. Un constat qui rappelle l’importance d’actualiser la carte de l’EP.
L’étude croisée révèle que sur les 800 collèges ayant les notes les plus basses au collège, 62 % sont en éducation prioritaire. Si on appliquait le principe plaidé par l’OZP d’une carte à 20 % des élèves à l’ensemble de la taille actuelle des EP (1080 collèges ayant les IPS les plus bas), il y aurait 828 collèges concernés soit 76 %.
Un changement de méthode mal vu
Un changement de méthode qui privilégierait la prise en compte des notes au brevet à la place des IPS soulève des questionnements. Le rapport de l’OZP formule des hypothèses sur l’intérêt de ce nouveau dispositif : « Remettre en question l’EP sans le dire ? Ne pas vouloir continuer la révision de la carte sur la base que nous préconisons car il faudrait encore sortir de la carte 152 collèges pour en rentrer autant ? ».
Anne-Sophie Legrand, secrétaire nationale du SNES-FSU, s’oppose elle aussi à une prise en compte unique des notes. « On voit un court-circuit de l’Éducation prioritaire et un changement de paradigme. Au lieu de considérer les critères sociaux, on prend en compte les critères de notes comme dans les pays anglo-saxons. Ça ne nous convient pas du tout », déclare-t-elle.
Laurent Kaufmann, secrétaire fédéral du Sgen-CFDT et chef d’établissement, a l’impression que le ministre a parlé un peu tôt des 800 collèges. « Le budget n’était pas voté et ce qui commence à ressortir des DHG c’est qu’il n’y a rien, il n’y a pas de moyens. A la CFDT, nous sommes plutôt favorables à l’autonomie des académies mais elle est de plus en plus fléchée. Je crains que tout ça n’accouche d’une souris », confiait-il lors de la conférence. Avant d’ajouter que ce « mille-feuilles qui s’ajoute à l’Éducation prioritaire est très inquiétant ».
La baisse démographique, une chance à saisir
D’autres aimeraient que le ministère mette à profit la baisse démographique qui marque les écoles primaires et va commencer à toucher le collège à la rentrée prochaine. Celle-ci devrait entraîner des moyens pour les collèges. L’OZP s’interroge sur l’usage qui en sera fait : « Dans le 1er degré, le choix de Jean-Michel Blanquer a été de faire des CP à douze élèves avec la baisse démographique, de faire plus de « maîtres que de classes »… Là au collège, il y a un vrai enjeu. Va-t-on faire une baisse du nombre d’élèves par classe ? Ce qui serait un choix honorable. Ou des logiques différentes avec plus de maîtres ? ».
Nelly Rizzo du SNUipp-FSU, confirme que cette baisse démographique est une occasion d’améliorer l’école, de donner plus de moyens pour améliorer les conditions d’apprentissage des élèves, les conditions de travail des enseignants et la formation notamment en éducation prioritaire.
La carte de l’EP, un travail de fond
Lors de la conférence, Marc Douaire a indiqué que refondre la carte de l’EP est un travail difficile : « Je suis plutôt rassuré que le ministre ait dit qu’il n’avait pas le temps de le faire maintenant ». En attendant, il souhaite ouvrir le dialogue avec les professionnels sur le long terme et prône la priorité à la mixité sociale dans un souci d’équité. Il plaide aussi pour une continuité pédagogique de la maternelle à la fin du collège, et la formation des équipes pour répondre aux difficultés rencontrées sur le terrain.








Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire – VousNousIls.fr 1 bis rue Jean Wiener – Champs-sur-Marne 77447 Marne-la-Vallée Cedex 2.