« Je crois que je ne déconnecte jamais vraiment », confie Louise, enseignante de français. Image : Getty

Lorsqu’on parle des difficultés du métier d’enseignant, les salaires, les mutations ou encore les conditions de travail sont souvent évoquées. Pourtant, pour Louise, professeure de français, et Caroline, professeure d’anglais, la réponse est immédiate : ce qui pèse le plus au quotidien, c’est la charge mentale. Toutes deux décrivent un travail qui ne s’arrête jamais vraiment à la sortie de l’établissement. « Je crois que je ne déconnecte jamais vraiment », confie Louise. Une sensation que partage Caroline. « On est tout le temps un peu occupé par le travail. C’est toujours quelque part dans un coin de la tête. »

Les copies à la maison

Pour Louise, la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle est devenue presque inexistante. Copies à corriger, cours à préparer, tâches administratives, sorties scolaires à organiser : le travail se poursuit le soir, les week-ends et pendant les vacances. « Quand je pars en vacances, j’ai toujours mon paquet de copies ou mon ordinateur dans mon sac. »

Durant certaines périodes, la charge devient particulièrement importante. « J’avais trois paquets de bacs blancs à corriger pendant les vacances. C’est environ quinze minutes par copie », confie-t-elle. Mais les corrections ne représentent qu’une partie du travail invisible. Les élèves continuent de solliciter leurs enseignants même lorsque les cours sont terminés. « Ils nous contactent pendant les vacances pour savoir si leurs fiches de révision sont correctes, parce qu’ils n’ont pas compris une question ou un exercice », explique l’enseignante de français.

Même lors d’un week-end entre amis, Louise reconnaît avoir du mal à ignorer les messages qui arrivent dans sa boîte mail. « J’ai envie de répondre. »

Une heure en classe, une heure à la maison

Caroline estime, de son côté, que le grand public ne mesure pas toujours la quantité de travail effectuée en dehors des cours. « Le calcul est simple : une heure face aux élèves équivaut à une heure de travail à la maison. » Avec un service de 18 heures de cours hebdomadaires, cela représente de nombreuses heures supplémentaires consacrées à la préparation des séquences, aux corrections et au suivi administratif. À cela s’ajoutent les réformes et les évolutions régulières des programmes. « On doit refaire les cours, les remanier, les actualiser », précise- t-elle.

Professeure d’anglais depuis plus de treize ans, Caroline explique également que sa discipline demande de jongler avec plusieurs enseignements très différents. Entre le tronc commun, les spécialités, les filières technologiques ou encore l’enseignement supérieur, les contenus à préparer sont nombreux et parfois très éloignés les uns des autres. « Ça peut vite faire des programmes très différents à gérer. »

Autant de tâches qui prolongent largement le travail au-delà des heures passées devant les élèves.

« Les gens disent : déconnecte »

Caroline se retrouve dans le constat de Louise. Son entourage peine parfois à comprendre cette réalité. « Les gens disent : « Déconnecte, tu n’es pas au travail ». Une remarque qui illustre, selon elle, la méconnaissance du métier.

Si les enseignants passent moins d’heures devant les élèves que dans d’autres professions de bureau, une grande partie de leur travail s’effectue en dehors de la classe. « Sur le papier, on n’a pas beaucoup d’heures de cours. Mais en fait, on est tout le temps occupé par le travail », explique l’enseignante d’anglais.

Certaines périodes sont particulièrement éprouvantes : conseils de classe, bulletins, livrets scolaires ou encore diverses obligations administratives. « C’est tout le temps dans l’esprit. »

Un côté « anxiogène« 

Pour Caroline, cette difficulté est aussi liée à la nature même du métier. « On est dans l’humain et on ne peut pas couper. » Derrière les cours se cachent des élèves, des situations individuelles, des préoccupations éducatives qui continuent d’habiter les enseignants bien après la fin de leur journée.

Cette présence constante du travail peut devenir anxiogène. « C’est ce côté assez anxiogène parce que c’est tout le temps en tête. »

Consciente de ce risque, Caroline tente d’imposer certaines limites. « J’essaie d’exercer mon droit à la déconnexion. J’ai bloqué les messages Pronote le week-end. »

Une façon de préserver un équilibre personnel, même si la coupure n’est jamais totale.

Le mythe des longues vacances

Les deux enseignantes regrettent également l’image parfois véhiculée autour des vacances scolaires. Car si les élèves quittent les salles de classe, le travail continue.

Préparation des cours, organisation de la rentrée, corrections, examens ou tâches administratives occupent une partie importante de ces périodes. Louise explique même rentrer de ses vacances plusieurs jours avant la reprise afin de se remettre progressivement dans le rythme. « J’essaie toujours de rentrer au moins une semaine et demie avant pour me remettre dans le bain psychologiquement. »

Une préparation indispensable avant de replonger dans une année scolaire souvent intense.

Une charge mentale omniprésente

Pour Louise comme pour Caroline, la plus grande difficulté du métier n’est donc pas forcément celle que le grand public imagine. Elle ne se mesure ni en heures de présence devant les élèves ni en kilomètres parcourus.

Elle réside dans cette impossibilité de fermer totalement la porte du travail.

Une charge mentale discrète mais permanente, qui accompagne les enseignants jusque dans leurs vacances, leurs week-ends et leurs moments de repos.

Vous pouvez retrouver ici les témoignages des deux enseignantes en vidéo :