Getty

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ?

Je m’appelle Juliette Hanriot, j’ai 23 ans. J’ai commencé par une licence Humanités, Lettres et Sciences humaines à Nanterre, puis j’ai fait un M1 de Lettres modernes – toujours à Nanterre – et un M2 de Lettres modernes à Paris 3 (Sorbonne Nouvelle). Je me destine à l’enseignement depuis la 6ème, à peu près. J’ai toujours aimé l’école, c’est un lieu dans lequel je me suis toujours sentie bien. Plusieurs professeurs m’ont marquée, et m’ont donné envie d’être enseignante. Au-delà de ça, j’aime le contact avec les enfants, plus spécifiquement dans le cadre d’un lien pédagogique.

Quelle agrégation préparez-vous et dans quelle perspective ?

Je prépare l’agrégation de Lettres modernes depuis la rentrée 2020. La formation est un DU (Diplôme universitaire) à Nanterre. L’objectif étant de devenir enseignante dans le secondaire, au collège ou au lycée. Je ne vise pas vraiment les classes préparatoires ou les facultés. Cela peut paraître étonnant car l’agrégation prépare surtout à ces niveaux-là. Mais en l’occurrence, je souhaite passer l’agrégation en priorité sur le CAPES, parce que j’estime que ce sont de meilleures conditions d’enseignement (moins d’heures, meilleure rémunération), qui valorisent le métier d’enseignant à sa juste valeur. Je souhaite pouvoir enseigner dans des conditions idéales pour pouvoir faire mon travail au mieux.

Pouvez-vous nous parler de votre cadre d’études ? Quelles ont été les conséquences de la crise sanitaire sur cette année ?

Je suis inscrite à la préparation à l’agrégation de Nanterre, en présentiel. J’ai passé environ deux mois en cours. L’enseignement est ensuite passé en distanciel à cause des circonstances sanitaires. Je suis dans une toute petite promotion : nous étions en général quatre ou cinq en présentiel (les autres étant à distance et venant ponctuellement en cours.) Cela autorise une proximité importante avec les enseignants et un suivi individualisé, c’est très agréable.

Comment s’organise la préparation au concours ?

L’agrégation est un concours très exigeant. En lettres modernes, il y a énormément de points techniques à maîtriser. C’est un rythme de travail lourd : en plus des heures de cours en semaine et des DST les week-ends, il y a un gros travail personnel à fournir pour s’approprier le corpus, les exercices des différentes épreuves, réviser les points techniques…

Nous n’avons pas cours dans toutes les matières chaque semaine : certains cours ont lieu une semaine sur deux pour nous permettre d’avoir un emploi du temps qui n’est pas excessif et de travailler à côté. C’est une particularité de Nanterre, que je trouve très appréciable.

Nous avons des DST le week-end ou le vendredi. Nous n’avons pas de rendus obligatoires, mais des rendus facultatifs. Beaucoup d’enseignants nous donnent des travaux, spontanément ou à notre demande, et se rendent disponibles pour les corriger. La plupart d’entre eux proposent des oraux pour lesquels nous choisissons nos sujets, et que nous passons en classe.

Comment ces mois de préparation se sont-ils déroulés ? Quelles difficultés le travail à distance a-t-il engendrées pour vous ?

Ces mois ont été forcément un peu éprouvants, d’autant que le contexte sanitaire a imposé le régime distanciel assez rapidement après la rentrée.

L’esprit de « promo » que nous avons réussi à créer est nécessaire pour tenir. Il faut pouvoir discuter ensemble de la réalité de ce qu’on vit. En visioconférence, nous sommes tributaires de l’enseignant : il manque ces échanges informels entre nous, à l’intercours ou à la machine à café, qui permettent de relativiser… Pour moi, cet ancrage humain est essentiel dans ce type de formation. Et comme je n’ai plus de vie sociale en lien avec la formation, je m’en suis créé une en dehors de la faculté : je sors davantage et je passe moins de temps à travailler.

Nous avons beaucoup moins de contact aussi avec nos enseignants. En présentiel, il est possible de discuter avec eux à la fin du cours, de leur faire part de nos difficultés, et d’avoir un soutien plus facile, plus fluide.

La fermeture des bibliothèques universitaires a été difficile également : il est important d’avoir un lieu dédié au travail, surtout en préparation de concours. Nous sommes nombreux à habiter dans des résidences étudiantes ou des petits studios. Il faut réussir à recréer une atmosphère de travail chez soi, ce qui est compliqué. Personnellement, j’ai senti l’impact sur ma productivité et ma capacité de travail.

Une autre chose qui a été difficile à gérer est le temps passé sur les écrans. Passer sa journée sur son ordinateur à enchaîner les visioconférences – dans lesquelles nous sommes contraints de faire du cours magistral – c’est très fatigant pour les yeux et le cerveau.

On peut quand même souligner quelques points positifs : certains étudiants ont été soulagés de ne plus avoir de temps de transport, par exemple. Le fait de pouvoir travailler sans masque, également.

Comment se passent les oraux à distance ?

Les oraux se passent toujours devant la classe, mais en visioconférence. Ce n’est pas du tout la même chose ! Moi qui aime passer à l’oral, j’ai beaucoup de mal avec ce format. Parler à un groupe de personnes à travers un ordinateur, et savoir que tout est enregistré (pour les étudiants qui ne peuvent pas venir) rend difficile cet exercice dans lequel nous devons transmettre un contenu, une énergie. Nous sommes de futurs enseignants, donc l’oral ne sert pas seulement à vérifier nos connaissances, mais aussi nos compétences didactiques. Et la distance n’enlève rien au côté impressionnant de l’oral.

Craignez-vous que les épreuves de mars soient reportées ? Redoutez-vous le port du masque pendant les épreuves ?

Personnellement, je ne pense pas que les épreuves seront reportées. Mais c’est vrai qu’il y a la crainte d’avoir beaucoup travaillé, avec un planning précis, et de voir les dates changées. Le port du masque va être difficile. Nous n’avons pas eu l’occasion de faire de dissertations dans les conditions réelles puisque tout a été fait à distance. Composer sur une chaise, avec masque, pendant sept heures, cela risque d’être long.

Si vous réussissez le concours, comment envisagez-vous l’après ?

Idéalement, j’aimerais faire une année de stage en Loire-Atlantique. Pour l’affectation, j’aimerais rester dans cette zone, mais je ne me fais pas d’illusions : je sais que les jeunes enseignants sont envoyés dans les régions où il y a des postes, comme en région parisienne. En termes d’évolution de carrière, j’aimerais d’abord être professeure en collège/lycée. Devenir cheffe d’établissement est une évolution de carrière qui pourrait m’intéresser. Je ne pense pas enseigner à l’université, et je ne me projette pas encore enseignante en classe préparatoire.