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Le plaisir d’enseigner l’histoire et la géographie

Alors que l’arrivée de la spécialité Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) modifie l’enseignement de l’histoire-géographie au lycée, nous avons demandé à trois enseignants de nous parler de leurs parcours et de leur métier.

Le plaisir d’enseigner l’histoire et la géographie

Franck Collard est professeur en histoire médiévale à l’université de Paris-Nanterre et président national de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie

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Comment êtes-vous devenu professeur d’Histoire-Géographie ?

Mon parcours est très banal. Fils d’institutrice, j’ai toujours eu une forme de fascination pour le métier d’enseignant. Ma passion pour l’histoire est venue (mais peut-être ne devrais-je pas l’avouer), de la série télévisée Les Rois Maudits. J’avais alors une dizaine d’années or, ce feuilleton était assez sulfureux pour l’époque. Je suivais donc les épisodes à l’insu de mes parents en me cachant sous une table ! Je suis devenu historien et médiéviste à partir d’une représentation pour le moins imparfaite de l’histoire et j’ai aujourd’hui un regard contrasté sur les émissions télévisées ou les livres de grande vulgarisation. Je m’arrache les rares cheveux qui me restent lorsque j’entends les erreurs proférées ou quand je constate que les faits sont presque toujours abordés par le biais de l’anecdotique. Mais si c’est là le moyen d’accrocher de jeunes esprits vers l’histoire alors, peut-être n’est-ce pas du temps tout à fait perdu…

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

La matière en premier lieu. L’histoire permet de comprendre l’humain. Elle est dépaysante… sans nécessiter de voyager. Évidemment, je suis motivé par la transmission du savoir. L’histoire démontre aux élèves que rien n’est systématique ou naturel, que les événements ont des explications sociales et humaines. Leur donner des clefs de lecture du monde dans lequel ils vivent est un plaisir et semer une graine qui, parfois, fait naître des vocations d’historiens est très gratifiant. J’avoue aussi que ce métier me plaît parce que l’amour que je porte à l’époque actuelle est faible ! Enfin, il y a le plaisir plus « cabotin » du discours lui-même. Celui-ci flatte, peut-être, la vanité de l’acteur ou de l’homme politique enfouis en moi. 

Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’enseignement de votre matière ?

Un regard pessimiste. Cet enseignement est assuré par des collègues et confrères motivés et bien formés. Du moins jusqu’à présent, car la réforme du Capes m’inquiète. Et le nombre d’heures dévolues à la matière est à la baisse alors que les programmes sont d’une ambition folle. C’est particulièrement vrai pour le collège et dans les lycées professionnels où l’enseignement vient d’être divisé par deux. Par ailleurs, les élèves maîtrisent de moins en moins bien la langue, ce qui nécessite de tout « traduire » avec des mots de leur quotidien. J’ai aussi l’impression que malgré la multiplication des grands discours sur l’importance de connaître l’histoire pour accéder à une pleine citoyenneté, dans les faits, la matière reste perçue comme « accessoire ». Concernant la réforme du lycée, l’APHG s’est battue, avec succès, pour que l’histoire-géographie demeure dans le tronc commun et que la spécialité HGGSP soit assurée par nos enseignants et non ceux des sciences économiques et sociales ou alors de manière marginale. À ce jour, nous constatons que 35 % des élèves choisissent cette spécialité, c’est plutôt encourageant. La discipline attire toujours les élèves parce que l’histoire continue de compter dans le débat public en France et c’est loin d’être le cas chez beaucoup de nos voisins.

Christine Guimonnet, professeure au lycée Pissaro de Pontoise. 

Comment êtes-vous devenu professeure d’Histoire-Géographie ?

Avec un père dans la banque et une maman dans le milieu de l’assurance, ce n’est pas de mes parents que j’ai hérité l’envie d’enseigner. Celle-ci remonte pourtant à mon enfance. Depuis toute petite j’aime apprendre et je suis une boulimique de lecture. L’histoire-géographie m’a toujours particulièrement intéressée ; vers mes 10 ans, j’avais pour espoir de devenir égyptologue. Ma grande passion était les cartes et j’adorais en dessiner à main levée. Aujourd’hui, je collectionne les cartes anciennes qui me servent parfois de supports de cours, comme d’autres documents d’archives que je possède. Prendre en main une pièce de l’époque romaine c’est très différent de jeter un œil à sa photo dans le manuel. J’organise autant que possible des rencontres, des sorties, des visites d’expositions, comme je l’ai fait récemment au mémorial de la Shoah pour l’exposition sur le génocide au Rwanda . J’ai plusieurs fois mis en place des échanges avec d’anciens déportés. Lorsque les élèves ont devant eux un témoin, une victime et une source d’information, l’histoire devient vivante.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

Garder une liberté pédagogique suffisante est la clef pour conserver le plaisir d’enseigner. Plus qu’à mes débuts sans doute, je fais de l’artisanat, de la dentelle fine. Je suis opposée à la standardisation des pratiques pédagogiques qui signerait la stérilisation du métier.

L’une de mes autres grandes satisfactions, c’est lorsque j’arrive à convaincre des parents que leur fils ou leur fille est apte à faire des études longues. Bien des enfants que j’ai en classe sont dans des situations sociales ou humaines compliquées. Ils sont comme des bourgeons de fleurs gelés. Alors, quand après des mois, le bourgeon s’épanouit, quel bonheur !

Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’enseignement de votre matière ?

Il me semble qu’il est plus compliqué de « tenir la classe ». Les élèves ont plus de mal à se poser et à se mettre au travail, même si cela dépend évidemment à la fois des classes et des chapitres abordés. Pour mettre mes élèves dans des conditions propices au travail, qu’ils sortent de l’ambiance de bruit et d’inattention, il m’arrive de commencer le cours en leur faisant faire 5 minutes de yoga nidra. Voilà quelque chose que je n’aurais jamais imaginé à mes débuts ! Mais je constate que l’histoire-géographie reste une matière appréciée des élèves. Elle les aide à appréhender le monde d’aujourd’hui. Même si ma priorité est de finir le programme, je mets en place régulièrement des temps d’échange sur les événements d’actualité. Qu’ont-ils retenu des événements « historiques » du monde ? Qu’en ont-ils compris ? Il est intéressant de voir la manière dont ils s’informent… et qui est très différente de la mienne !

Jean-Pierre Costille, professeur agrégé d’histoire-géographie au lycée Jules Haag de Besançon et formateur à l’Inspe de Franche-Comté.

Comment êtes-vous devenu professeur d’Histoire-Géographie ?

Je ne dois pas ma vocation à un atavisme ou à une tradition familiale liée à l’enseignement. C’est vraiment le goût de la matière et mon envie de transmettre qui m’ont conduit à l’enseignement. Dès mes années lycée, j’ai eu pour projet professionnel de devenir professeur d’histoire-géographie… sans réaliser réellement de quoi serait fait mon quotidien.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

Aujourd’hui, c’est d’imaginer de nouveaux dispositifs pour partager mes connaissances. J’essaye, par exemple, le plus possible d’amener les élèves à faire, plutôt que d’être dans la position de ceux qui écoutent bien sagement assis sur leurs chaises-ce qui n’a jamais rien eu d’exaltant. Concrètement, cela veut dire mettre en place du travail collaboratif, des nouveaux outils, des sorties innovantes… Par exemple, lorsqu’on a travaillé sur la question de la mobilité, nous sommes allés à la gare toute proche pour nous placer dans la position d’un cabinet d’étude. Je donne aussi parfois aux élèves un texte dans lequel se cachent des erreurs à pointer. Mon plaisir d’enseigner s’explique aussi parce qu’il s’agit d’une matière qui a « bonne presse » chez les élèves. Les parallèles avec les événements du monde actuel sont nombreux. D’ailleurs, nous sommes un peu les couteaux suisses de l’école. Après la vague d’attentats, c’est nous qui avons été sollicités pour venir parler aux élèves. Et puis, l’histoire a une place particulière en France. Tout le monde a un avis sur les programmes et bon nombre de grandes dates anniversaires et commémorations deviennent souvent prétextes à débats.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’enseignement de votre matière ?

Je me méfie des discours qui comparent les élèves d’hier et d’aujourd’hui. Ceux de 2020 savent faire des centaines de choses dont ceux des années 2000 auraient été incapables.

Mais il est vrai que je ne fais pas le même métier qu’à mes débuts. Autrefois, les professeurs délivraient leurs savoirs. Aujourd’hui, le savoir est accessible partout, tout le temps et sous toutes les formes grâce au numérique. Nos élèves vivent dans cet environnement-là et c’est à nous, enseignants, d’en profiter en quelque sorte. Je me suis donc beaucoup intéressé aux outils numériques alors que je n’avais rien d’un geek au départ. Le fait est que proposer un quiz de connaissances à travers une application pour téléphone portable suscite bien plus d’adhésion que le même questionnaire dans sa version papier. J’ai aussi mis en place le hashtag Instagram  #hggsphaag sur lequel les élèves proposent à tour de rôle une petite pastille d’informations liées aux cours. Pour travailler l’oral, je leur demande de créer de petits podcasts pour lesquels la forme est essentielle. Pas question d’entendre le petit frère, des bruits de toux, des portes qui claquent. C’est pédagogiquement efficace et cela m’évite, à moi, enseignant d’histoire, de me… fossiliser !

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