
Après treize années passées dans l’enseignement, Caroline, professeure d’anglais en lycée à Coulommiers (77), ne pointe ni les élèves ni son métier lorsqu’on l’interroge sur les difficultés qu’elle rencontre. Son inquiétude se porte davantage sur l’évolution de l’Éducation nationale et les moyens mis à disposition des enseignants.
Selon elle, les établissements disposent aujourd’hui de moins de marges de manœuvre pour mener des projets pédagogiques ambitieux. « C’est devenu très compliqué de trouver des moyens pour organiser une sortie ou faire venir des intervenants. »
Une réalité qu’elle observe particulièrement dans les territoires ruraux, où les opportunités culturelles et éducatives sont parfois moins accessibles qu’ailleurs. « Quand on est dans des établissements relativement ruraux, c’est important d’ouvrir les élèves à l’extérieur. »
« Des bâtons dans les roues »
Pour Caroline, les sorties scolaires, les rencontres avec des professionnels ou les interventions extérieures ne sont pas des activités secondaires. Visites d’expositions, sorties au théâtre, au musée ou au cinéma, voyages linguistiques, événements culturels liés au monde anglophone… Autant d’expériences qui participent pleinement à la formation des jeunes et à leur ouverture sur le monde. Pourtant, les démarches nécessaires pour mettre en place ces projets peuvent parfois décourager les enseignants. Sans parler de véritables obstacles, elle évoque un système devenu plus complexe, où chaque projet doit être justifié, financé et validé. « Ce ne sont pas forcément des bâtons dans les roues, mais parfois cela peut être ressenti comme tel. »
Cette difficulté s’ajoute à une réalité qu’elle évoque dans son quotidien : une charge mentale importante. Entre les cours à préparer, les copies à corriger, les réformes des programmes, Caroline explique avoir constamment le travail en tête. Malgré cela, elle continue de consacrer du temps et de l’énergie à des projets qu’elle juge essentiels pour l’épanouissement des élèves.
Une inquiétude partagée au niveau national
Le témoignage de Caroline intervient dans un contexte de fortes tensions autour des moyens accordés à l’Éducation nationale.
À la rentrée 2026, plusieurs milliers de postes d’enseignants doivent être supprimés dans les écoles, collèges et lycées. Une décision justifiée par la baisse démographique, mais vivement contestée par les organisations syndicales.
Dans un communiqué commun publié à l’occasion de la mobilisation du 31 mars, les syndicats ont dénoncé un budget 2026 qui organiserait « l’asphyxie du service public d’Éducation ». Ils alertent également sur une « dégradation des conditions de travail » des personnels, un déclassement salarial persistant et des moyens jugés insuffisants pour répondre aux besoins des établissements.
Selon eux, les conséquences sont déjà visibles sur le terrain : classes plus chargées, fermetures de classes, difficultés de remplacement, offre de formation réduite et multiplication des contraintes pesant sur les équipes éducatives.
Pour Caroline, ces débats nationaux trouvent une traduction concrète dans son quotidien. Les difficultés à financer des sorties scolaires, à faire intervenir des professionnels ou à développer des projets d’ouverture culturelle illustrent, selon elle, les limites auxquelles sont confrontés de nombreux établissements, particulièrement en milieu rural.
« On est face à des managers »
Au-delà de la question des moyens, Caroline s’interroge sur l’évolution du fonctionnement de l’institution scolaire.
Elle constate que les chefs d’établissement occupent aujourd’hui un rôle de plus en plus proche de celui de managers. « On est face à des managers. » Une évolution qui ne correspond pas toujours à sa conception de l’éducation.
Selon elle, la logique de performance ou de rentabilité ne devrait jamais prendre le pas sur la mission première de l’école. « La plus-value ne doit pas être financière. » Pour cette enseignante, la véritable réussite d’un établissement se mesure ailleurs. « Elle doit être dans l’émancipation des élèves. »
Cette conviction guide sa pratique quotidienne : permettre aux jeunes de découvrir de nouveaux horizons, développer leur curiosité et leur esprit critique.
Une école tournée vers l’ouverture
À travers son témoignage, Caroline rappelle que l’école ne se limite pas aux programmes et aux salles de classe.
Pour de nombreux enseignants, la mission éducative passe aussi par les expériences vécues en dehors de l’établissement : visites culturelles, rencontres, voyages, projets pédagogiques ou découvertes professionnelles.
Autant d’initiatives qui demandent du temps, de l’énergie et des moyens. Et lorsque ces ressources se raréfient, c’est selon elle une partie de la vocation de l’école qui risque de s’effacer : celle de former des citoyens ouverts sur le monde et capables de s’émanciper.




Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire – VousNousIls.fr 1 bis rue Jean Wiener – Champs-sur-Marne 77447 Marne-la-Vallée Cedex 2.