Ecole : des alternatives aux punitions

En classe, les punitions, bien que répétées, ne parviennent pas à enrayer les difficultés. Dans le livre « L’impasse de la punition à l’école », dirigé par Eric Debarbieux, des solutions alternatives sont abordées.

Lignes à copier, mot dans le carnet, heure de colle, exclusion… Les punitions sont toujours d’actualité dans le milieu scolaire mais loin de porter leurs fruits. C’est ce que démontre le livre « L’impasse de la punition à l’école », paru chez Armand Colin, sous la direction d’Eric Debarbieux, professeur émérite de sciences de l’éducation à l’université Paris Est Créteil et président de l’Observatoire Européen de la Violence à l’école.
Dans le cadre du projet ADHERE  (Action contre le décrochage et le harcèlement : éducation et régulation par l’environnement) mené pendant trois ans, ses équipes et lui ont entendu 7945 élèves du CE2 au CM2 et 8921 collégiens dans 35 REP. Près de 6 élèves sur 10 avouaient avoir été punis depuis le début de l’année scolaire, dont plus d’un quart au moins trois fois. 72,5% des garçons ont été punis au moins une fois (dont 24,1% plus de 4 fois) contre 49,2% des filles (dont 8,3% plus de 4 fois). Au collège, les deux tiers des élèves admettent également avoir été punis depuis le début de l’année et plus du quart l’a été au moins 4 fois. Or ces punitions sont vécues comme « injustes » par 44% des collégiens des REP (contre 32,8% hors prioritaire).

L’impasse de la punition

Par ailleurs, ces punitions produisent rarement l’effet voulu. « Elles ont un effet pervers. Beaucoup d’élèves sont punis plusieurs fois sans que cela ne fasse cesser leur comportement. Que fait-on alors ? On les punit une énième fois ? Certains garçons cherchent même à être punis le plus possible pour marquer leur virilité aux yeux des autres », remarque Eric Debarbieux. Loin de dire qu’il faut accepter les débordements sans rien faire, celui-ci pointe du doigt le manque de formation des professeurs sur ces questions. Il propose également, avec les co-auteurs de l’ouvrage, de se pencher sur les pédagogies alternatives. « Les professeurs ont un besoin fort d’acquérir des gestes professionnels pour gérer des élèves difficiles. Attention, il n’y a pas une méthode miracle. Mais il y des pistes à explorer comme nous avons pu le faire pendant trois ans grâce au projet ADHERE », précise Eric Debarbieux. Il reprend ainsi l’exemple d’un collège formé à la discipline positive et à la médiation. Le nombre d’exclusions a été divisé par dix en un an et celui du nombre d’élèves harcelés par trois. L’expert reconnait que les résultats ont été inégaux selon les établissements et les équipes. Mais il encourage chacun à expérimenter des solutions. Pour y parvenir, une chose est essentielle à ses yeux : créer une cohésion, une vraie équipe pour affronter les problèmes. « En attendant d’avoir des moyens, il faut s’unir, faire des propositions. Et si chacun est déjà formé individuellement, c’est plus facile », reconnait Eric Debarbieux.

Piocher dans les pédagogies alternatives

Discipline coopérative, positive, développement des compétences psycho-sociales, école Palo Alto, communication non violente ou bien encore justice restaurative, ces diverses approches sont présentées dans l’ouvrage.
La communication non violente (CNV), par exemple, invite à s’interroger sur les raisons qui ont conduit aux actes plutôt que de se focaliser sur les faits. Ainsi, le livre évoque le cas d’un enfant qui refusait de mettre un bandeau sur le front lors d’une fête d’école. L’enseignant a cherché la raison sans le forcer ni crier. L’élève a fini par avouer qu’il avait peur qu’on se moque de lui. Il avait besoin d’être rassuré. La CNV et les cercles restauratifs permettent de dire non fermement en parlant des valeurs, sans juger la personne. Ils mettent en évidence le fait que « tout comportement est une stratégie pour nourrir un besoin fondamental ».

Un cadre ferme et bienveillant

Punition

Punition – Getty images


La discipline positive, elle, implique de poser un cadre ferme et bienveillant autour de lignes de conduite, de responsabilités et de rituels. L’enseignant demande aux élèves de quoi il y a besoin pour travailler dans un climat agréable et se sentir en sécurité. Il liste leurs réponses et note les éléments concrets auxquels ils ont pensé pour y parvenir. La classe évalue régulièrement si elle respecte ses propres règles. Les responsabilités attribuées à chaque élève pour la classe permettent de se sentir utile et d’accentuer le sentiment d’appartenance au groupe. Ca peut être : noter les devoirs au tableau, vérifier que la classe est propre en partant le soir, passer le bâton de parole pour que chacun s’exprime à son tour… « Mettre en place des règles de circulation de la parole, c’est important. Tout comme le fait d’associer les élèves dans les règles de vie, à ne pas confondre avec un règlement. On boucle plus facilement son programme avec un groupe qui fonctionne », précise Eric Debarbieux. Les rituels doivent être définis aussi avec les élèves pour qu’ils les respectent davantage : quand la cloche sonne, on fait silence. On range ses affaires. On se lève et on range sa chaise… Là encore, on évalue si tout le monde joue le jeu. On encourage et on félicite.

Réparer pour apprendre

La discipline positive propose de « transformer un incident en opportunité d’apprentissage pour l’élève et le groupe classe ». Si un enfant oublie systématiquement ses affaires de cours, on peut lui demander, par exemple, d’écrire un paragraphe donnant trois idées qui l’aideraient à mieux s’organiser plutôt que d’écrire qu’il ne doit pas oublier ses affaires en classe. Il choisit ensuite d’essayer l’une de ces idées pour la semaine.
Autre cas mentionné dans le livre : un élève est énervé car il a perdu son chargeur de téléphone et s’en prend violemment à ses camarades. Il est isolé dans le bureau du CPE, sans interaction avec lui, pour retrouver son calme. Il est ensuite invité à raconter les faits. Le CPE lui demande alors quelle est sa part de responsabilité et ce qu’il peut faire pour réparer. On cherche ensuite avec lui une solution pour l’aider à maîtriser ses émotions. Il participera à un atelier de contrôle de soi initié par un professeur d’EPS. Le soir, chez lui, il notera aussi les sujets de frustration de sa journée et les formulera de manière respectueuse. Il fera le point avec le CPE une fois par semaine pendant 10 mn. Le sujet de la disparition des objets sera mis à l’ordre du jour du prochain temps d’échange en classe pour redéfinir les lignes de conduite…

S’appuyer sur ses observations

Autre piste suggérée par l’école Palo Alto : observer sa classe, les personnalités de chacun, leurs rôles, les groupes pour trouver des réponses plus adaptées. On peut ainsi dire à un élève « leader » envahissant que l’on se réjouit qu’il veuille parler car on voulait justement lui confier la lecture d’un texte ou la correction d’un exercice. L’humour se mêle à une demande sérieuse, empreinte de confiance, et permet de recadrer l’élève.
Ces exemples n’ont pas valeur de modèle car chaque cas est différent mais ils peuvent inspirer des pistes de réflexion. La cohésion des équipes, y compris de la direction, est fondamentale pour gérer les situations difficiles. Ces pistes alternatives revisitent la marge de manœuvre des enseignants mais ne remplacent pas bien sûr celle de la société face à des conditions souvent difficiles d’exercice du métier.

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4 commentaires sur "Ecole : des alternatives aux punitions"

  1. NAVEL Guy  22 mars 2019 à 12 h 03 min

    un article très intéressant avec de solides propositions.Signaler un abus

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  2. Mathieu Clozeau Marie  23 mars 2019 à 6 h 46 min

    Au risque de faire du « pessimisme aiguë », je peux dire de cet article et de cet ouvrage qu’il présente la communication non violente ( à laquelle je crois foncièrement) dans un milieu violent, irrespectueux, semé d’embûches. Celui de notre réalité ( en Rep ou non).C’est un peu l’école idéale, impraticable car nos c.p.e sont débordés etc. L’Uthopie versus la pratique au quotidien. De mon point de vue d’enseignant en Lv, en Rep, et depuis quelques années maintenant.Signaler un abus

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  3. Pingback: Punir, pourquoi ? – Pierre Carrée

  4. Calude  5 avril 2019 à 11 h 06 min

    Article très intéressant qui interroge sur la différence entre l’autorité et le pouvoir.

    Comment affirmer ma force face à l’autre et le soumettre, le réduire au SILENCE? Cet autre dont je peux avoir peur, surtout s’il franchit sans cesse la ligne blanche avec une attitude qui me semble provovatrice. Ce qui est donné à voir, le dessus de l’iceberg, est jugé . La réponse est alors du côté de la recherche du pouvoir sur l’autre: la punition. Comme si l’autre allait stopper net et ainsi on n’en entendrait plus parler.Point.
    Une autre proposition peut se faire sur un registre différent avec des méthodes proposées dans cet ouvrage: méthodes du côté de la PAROLE, en dehors du jugement et de la peur, avec une explicitation des réactions du »punissable » afin qu’une distance par rapport à l’évènement se fasse et qu’une autorité de l’adulte soit reconnue. L’autorité,parole juste adressée à l’autre, est ce que l’autre nous reconnait et c’est bien en cela qu’elle diffère du pouvoir: on regarde le dessous de l’iceberg et un travail de fond peut se faire.
    Tout est dit dans cet extrait d’une circulaire à la fin du 19ès cité par Claude Lelièvre historien de l’éducation sur son blog de Médiapart
    La circulaire ministérielle du 15 juillet 1890 précise que « le Conseil supérieur de l’Instruction publique a nettement manifesté sa préférence pour une discipline libérale et son éloignement d’une discipline répressive. Celle-ci, reposant sur la défiance, n’usant que de la contrainte, se contente d’un ordre apparent et d’une soumission extérieure, sous lesquels se dissimulent les mauvais instincts comprimés, et les sourdes révoltes qui éclateront plus tard. Cette discipline est mauvaise ; elle est maladroite et bornée. Elle sacrifie tout l’avenir à la sécurité du moment présent ; elle se satisfait de l’ordre apparent qu’elle obtient, et ne sait pas voir le désordre profond qu’elle tolère, moins encore celui qu’elle crée. La discipline libérale cherche, au contraire, à améliorer l’enfant plutôt qu’à le contenir, à le gagner plutôt qu’à le soumettre. Elle veut toucher le fond, la conscience, et obtenir non cette tranquillité de surface qui ne dure pas, mais l’ordre intérieur, c’est à dire le consentement de l’enfant à une règle reconnue nécessaire : elle veut lui apprendre à se gouverner lui-même. Pour cela, elle lui accorde quelque crédit, fait appel à sa bonne volonté plutôt qu’à la peur du châtiment ».Signaler un abus

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