© Instagram claes_officiel

Pouvez-vous vous présenter ? Depuis combien de temps faites-vous de la musique ?

Je m’appelle Claes, et je suis auteur-compositeur-interprète, j’écris des chansons. Je suis aussi acteur. J’ai déjà sorti trois clips, et je prépare un EP pour l‘année prochaine. Ce projet-là, ça fait un an que je suis dessus. Mais de la musique, j’en fait depuis que je suis petit, j’ai fait des écoles de musique avant de faire des écoles de cinéma.

Comment avez-vous trouvé votre style musical ?

Mon univers musical, je pense que je le tiens de mes parents, qui étaient musiciens. En fait, quand j’étais enfant, je les accompagnais en concert un peu partout. Ils faisaient de la vieille chanson française : Brel, Piaf, Ferré, Barbara… donc je viens de l’univers de la chanson. Le rap, c’est l’univers de ma génération. C’est comme ça que mon style musical s’est construit, mais je ne m’attribue pas de style, je ne me pose pas la question. En général, ça se fait tout seul en fonction du thème, des accords… Je pense que c’est l’avenir de la musique, le mélange des genres. Aujourd’hui il n’est plus de question de rap, juste question de musique.

Vos clips sont influencés par le cinéma, d’où vient votre goût pour ce milieu ?

J’ai commencé la musique naturellement, mais le cinéma m’a toujours beaucoup intéressé – voire obsédé – depuis très jeune. J’ai eu une espèce de déclic en école de cinéma : j’ai remarqué que l’écriture d’un film, d’un scénario et l’écriture d’une chanson étaient relativement proches. Chez les artistes musicaux que j’admire, il y a toujours une notion de personnage, d’acting. De m’en rendre compte, ça m’a ouvert des portes : je ne me suis plus posé la question de comment écrire, du style et du genre… j’ai réalisé que c’était un tout. Mon but avec mes clips, c’est d’arriver à donner une deuxième vie au texte avec l’image. Je ne veux pas faire un clip pour illustrer le morceau, mais pour en faire une deuxième lecture.


Comment cette chanson est-elle née ? Comment avez-vous eu l’idée de ce thème ?

Trouve toi des amis, ça parle du harcèlement scolaire. C’est un sujet qui me parle parce que j’en ai subi au collège. J’arrivais dans un nouveau village, j’étais le nouveau, et ça s’est fait comme ça, de façon un peu insidieuse. J’ai eu un déclic il y a quelque temps, je me suis dit qu’il fallait que j’écrive une chanson là-dessus. Avant, je n’osais pas me mettre dedans, en faire quelque chose. Mais j’ai eu une discussion avec un ami de l’époque (on avait quand même réussi à arranger les choses), et il m’a dit que pour lui ça ne s’était pas passé comme je le disais, que c’était moi qui l’avais vécu comme ça. Mais ce n’est pas pour autant que ce n’est pas vrai ! Donc j’en ai fait une chanson. Je l’ai écrite assez vite, de manière assez brute.

Dans le clip, vous jouez un salarié qui est malmené par ses collègues. Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène des adultes ?

A l’écriture du clip, j’ai voulu me demander : qu’est-ce qui reste du harcèlement scolaire aujourd’hui, même dans ma vie personnelle ? Quand on regarde le harcèlement au travail, les mécanismes de violence et de domination sont les mêmes qu’à l’école. C’était pour montrer que ce rapport de domination, et les petites violences insidieuses n’ont pas vraiment d’âge. C’est juste moins assumé chez les adultes, mais ce sont des choses qui restent.

La chanson Trouve toi des amis propose donc une version assez subjective du harcèlement scolaire ?

Tout à fait. C’est comme ça que moi je l’ai vécu. Quand j’ai écrit le clip, j’ai voulu trouver ce que je pouvais donner en plus de la chanson. Et pour moi, pour affronter cette violence, la solution peut être juste de partir. Dans le clip, c’est un rêve qu’il fait, à la fin il s’en va. Il y avait ce côté un peu fantasmé de pouvoir avoir le courage de se lever et de partir.

Quel conseil donneriez-vous à des enfants, adolescents ou adultes qui subissent du harcèlement ?

Alors, moi ce que j’ai vécu c’était à petite échelle, et puis j’ai eu la chance d’être entouré par mes parents, ça a été une force. Donc je ne sais pas si je peux donner des conseils, mais le seul que j’aurais, c’est de ne pas se laisser abattre. Et surtout d’en parler : à ses parents, à ses proches… Ne pas avoir peur, et ne pas se sentir humilié d’en parler, parce que c’est une force. Moi ça m’a permis d’aller de l’avant. C’est peut-être un peu cliché, mais je pense que la musique aussi m’a aidé pour extérioriser tout ça d’une façon créative, et pas violente. Il ne faut surtout pas répondre à la violence par la violence, je crois. Et la roue tourne, dans tous les cas : aujourd’hui, j’en ai fait une force, au lieu de me cantonner à mon rôle de « harcelé ». Mais c’est délicat, parce que ça dépend des personnes.

Jeudi 5 novembre 2020 : Journée nationale contre le harcèlement scolaire