Chez les personnels, les questions financières représentent 43% des saisines. image : Getty

Ce mercredi 8 juillet 2026, la Médiatrice de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, Catherine Becchetti-Bizot, a présenté son rapport intitulé « Porter attention aux vulnérabilités, agir en faveur de la santé mentale ». Dans ce rapport, elle dresse un état des lieux des saisines rapportées aux médiateurs en 2025. Les saisines sont effectuées par les usagers (élèves, parents, étudiants) et par les personnels de l’EN.

Dans son rapport, Catherine Becchetti-Bizot évoque les difficultés grandissantes auxquelles les médiateurs sont confrontés. Des difficultés en partie liées à la forte augmentation des conflits et des violences, mais aussi des détresses psychologiques au sein des établissements.

Pour rappel, le médiateur est un tiers indépendant. Il peut être sollicité par un parent d’élève, un élève, un étudiant, un adulte en formation, un personnel de l’éducation nationale ou de l’enseignement supérieur. Le médiateur intervient en cas de désaccord avec une décision de l’administration, ou en cas de conflit entre membres de la communauté éducative.

Des demandes toujours plus nombreuses

Selon le rapport, en 2025, la médiation de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur a traité 28 450 saisines, ce qui correspond à une hausse en un an de 20 %, et de près de 60 % en 5 ans. Mauvais indicateur, les réclamations concernant les situations de « violences ou d’atteintes aux droits, à la dignité ou à la sécurité des enfants à l’école comme à proximité » ont plus que doublé par rapport à l’année précédente. Ce bilan a amené à la création d’un poste de déléguée à la protection des enfants à l’école, le 1er avril 2026.

Un phénomène particulièrement préoccupant émerge : près de 450 saisines évoquent explicitement une situation de mal-être psychique chez l’élève. Phénomène qui a connu une forte progression depuis 4 ans : 66% dans le premier degré et de 48% dans le second degré. Dans l’enseignement supérieur, les chiffres sont alarmants : un tiers des étudiants présente des signes de détresse psychologique et 63% des étudiants affirment que leurs difficultés de santé mentale sont pour partie liées à leurs études.

Une hausse de la violence et du harcèlement

Si on se penche du côté des usagers, on observe qu’ils font désormais plus de recours que le personnel (76 % contre 24 %). La majorité des demandes concerne la vie quotidienne et les conflits en établissements, domaine qui suit une rapide progression : +136 % sur cinq ans. Selon la médiatrice, cette évolution peut s’interpréter comme « le signe d’une dégradation des relations au sein de la communauté éducative, dans l’enseignement scolaire comme dans le supérieur ». Une dégradation qui se traduit aussi par du harcèlement ou de la violence. Ces deux situations sont également en forte hausse (de 275 en 2020, elles sont passées à 970 saisines en 2025).

Le reste des demandes concerne les questions financières, l’insertion dans le cursus scolaire ou universitaire, notamment sur Parcoursup qui constitue une source d’angoisse : 84% des élèves et 77% de leurs parents affirment ressentir de l’anxiété face à la plateforme. Enfin, on retrouve les réclamations concernant les examens et les concours. Dans ce domaine, elles concernent principalement la contestation des notes et des résultats (51%).

Les personnels perdent confiance

À présent, si on se penche du côté des personnels, les questions financières représentent 43% de leurs réclamations, soit une hausse de 200 % en cinq ans. Les saisines concernant le déroulement de carrière et de questions statutaires constituent le deuxième motif de réclamation (15 %). Selon le rapport, « ces questions concentrent beaucoup d’amertume parce qu’elles mettent en jeu la transparence des décisions et surtout la reconnaissance de l’engagement et du travail des agents ».

Cette crise de confiance s’accompagne d’une diversification des problématiques : questions sur le recrutement, notamment chez les contractuels (11 % des demandes) ou encore difficultés d’affectation qui séparent les familles (10 %). Enfin, le mal-être ne touche pas que les élèves puisque près de 600 saisines concernent les tensions dans la relation au travail et le harcèlement.

Des solutions pour accompagner

Face à ces constats alarmants, la médiatrice apporte des axes de solutions concrets pour améliorer l’accompagnement des élèves en difficulté. Elle insiste notamment sur la nécessité de « sensibiliser, dès la formation initiale, les chefs d’établissement et les équipes pédagogiques à la prise en charge des problématiques de santé mentale ».

Enfin, Catherine Bechetti-Bizot prévoit pour les personnels « un protocole d’actions pour permettre le traitement, le suivi et la réparation au plus près des agents, avec la désignation d’un référent institutionnel dédié, interlocuteur privilégié de l’agent ».