
Vous pouvez nous présenter votre parcours ?
Je suis professeur agrégé d’anglais au lycée Carnot, à Paris. J’enseigne depuis une quinzaine d’années et j’ai exercé aussi bien en collège, notamment en éducation prioritaire, qu’en lycée. En parallèle, je participe à l’accompagnement et à la formation des enseignants, en formation initiale auprès des étudiants préparant les concours et en formation continue. Je suis également auteur de ressources pédagogiques et de manuels scolaires.
Vous partagez aussi des conseils pédagogiques sur LinkedIn. L’une de vos dernières infographies était dédiée à la compréhension écrite. En quoi pose-t-elle généralement problème aux élèves et aux enseignants ?
Pendant longtemps, la compréhension orale était considérée comme la compétence la plus technique à travailler en langues vivantes. Aujourd’hui, les élèves sont davantage exposés à l’anglais grâce aux vidéos, aux séries ou aux réseaux sociaux. L’oral est donc souvent plus accessible qu’auparavant. En revanche, la compréhension écrite reste un défi. Beaucoup d’élèves entretiennent un rapport compliqué à l’écrit, face à des textes longs ou exigeants. Comprendre un texte ne consiste pas seulement à déchiffrer des mots. Il faut aussi saisir des intentions, repérer des implicites et construire du sens. Pendant longtemps, les activités proposées en classe visaient surtout à vérifier ce que les élèves avaient compris. On leur demandait des réponses, mais on leur expliquait rarement comment parvenir à cette compréhension. L’enjeu est donc de leur fournir des outils et des stratégies transférables d’un texte à l’autre.
Avant même de se lancer dans la lecture, vous insistez sur la nécessité de susciter l’envie de comprendre.
Oui, parce que la compréhension ne se limite pas à la lecture elle-même. Il faut créer une dynamique dès le départ et donner aux élèves une raison d’entrer dans le texte.
L’enjeu est de transformer la lecture en une recherche active. Les élèves doivent avoir envie de découvrir ce que le texte va leur révéler.
Comment motiver les élèves avant la lecture ?
Je recommande de commencer par une phase d’anticipation à partir du texte lui-même. Dans la vie quotidienne, lorsqu’on lit un article ou un livre, on commence avec ce que l’on a sous les yeux. On peut s’appuyer, par exemple, sur le titre, une illustration, le nom de l’auteur, une quatrième de couverture ou les premières lignes du texte. L’objectif est de créer un manque d’information qui pousse les élèves à formuler des hypothèses : de quoi peut parler le texte ? Quel est son thème ? Quel point de vue va être défendu ? Quelles émotions cherche-t-il à susciter ?
Je note généralement toutes leurs propositions au tableau sans en valider aucune. Les élèves confirmeront ou infirmeront ensuite ces hypothèses grâce à leur lecture.
C’est un jeu d’enquête qui se met en place ?
Exactement. Chaque lecture doit être associée à une consigne précise pour guider les élèves car ils doivent savoir ce qu’ils cherchent. Une première lecture peut servir à vérifier les hypothèses formulées auparavant. Ensuite, on approfondit progressivement.
On peut par exemple leur demander de repérer des dates, des chiffres ou des noms propres avant d’en analyser la signification. On alterne ainsi entre le repérage d’éléments dans le texte, qui est une tâche plus simple, et l’interprétation qui est une tâche plus élevée. Cela permet à tous les élèves d’entrer dans l’activité tout en développant une compréhension plus fine du texte.
Comment accompagnez-vous cette construction du sens ?
J’utilise souvent la démarche « Think-Pair-Share ». Les élèves réfléchissent d’abord individuellement, puis échangent à deux avant une mise en commun collective. Cette progression leur permet de confronter leurs interprétations et de construire ensemble le sens du texte.
La lecture doit être active. Il ne s’agit pas de lire un document puis de répondre mécaniquement à des questions de vérification.
Vous insistez sur cette notion de lecture active…
Oui, car le cours doit être un lieu d’entraînement, pas un lieu d’évaluation permanente. Beaucoup d’élèves hésitent à prendre la parole parce qu’ils cherchent la bonne réponse. Or ce qui m’intéresse, c’est avant tout le raisonnement qui y conduit.
Quand plusieurs interprétations émergent, nous retournons au texte pour vérifier ensemble. Cela montre aux élèves que la compréhension se construit progressivement et que l’erreur fait partie de l’apprentissage.
Vous conseillez également de faire vivre le texte. Comment s’y prendre ?
Une fois la compréhension acquise, il faut permettre aux élèves de se réapproprier le texte. Ils peuvent écrire un passage manquant, transformer un extrait de roman en scène de théâtre, réaliser une illustration ou imaginer une quatrième de couverture. Ces activités donnent du sens au travail de lecture et permettent de réinvestir les connaissances acquises tout en produisant de la langue.
Pour finir, comment procédez-vous après la lecture ?
La dernière étape est celle de la synthèse. Après chaque phase importante, je demande à un élève de résumer à l’oral ce qui a été établi collectivement. À partir des mots-clés relevés au tableau, nous construisons progressivement une trace écrite commune. Cette synthèse permet de vérifier que l’essentiel a été compris et de travailler la qualité de l’expression écrite.








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