
Morgane Verviers, secrétaire générale de l’UNSA Éducation, présentait ce matin à Paris les résultats de la 14ème édition du baromètre annuel des métiers de l’éducation du syndicat. Près de 43 000 personnels ont répondu à des questions portant sur leur métier au quotidien, ainsi qu’à des questions portant sur le bilan de 10 ans d’une séquence politique. Les résultats de ce baromètre prennent donc une importance particulière à l’aune de l’échéance présidentielle de 2027.
La déconnexion totale des politiques menées
Globalement, 65% considèrent que les réformes conduites depuis 10 ans n’ont pas répondu aux besoins du terrain et seul 1% estime qu’elles ont amélioré les choses. Par ailleurs, les trois quarts sont inquiets face aux évolutions possibles des politiques éducatives en 2027.
Cette inquiétude a également été portée publiquement par Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa à l’occasion de la rentrée. Le syndicat redoute en effet une année scolaire particulièrement « sombre » après plusieurs années de politiques jugées insuffisantes pour répondre aux difficultés du système éducatif.
Pour Morgane Verviers, les résultats du baromètre 2026 traduisent la déconnexion totale des politiques éducatives menées ces dernières années avec les attentes et les besoins des personnels.
Ces politiques se répercutent sur la façon dont les personnels perçoivent leur métier. Si plus de 55% d’entre eux disent avoir rêvé d’exercer ce métier, seuls 22% conseilleraient ce métier à un jeune de leur entourage. Ils étaient 37% en 2017.
Par ailleurs, aujourd’hui, 66% des personnels d’éducation ne se sentent ni reconnus, ni respectés. Ils étaient 57% en 2017.
Et près de 50% estiment que ce qui a le plus transformé leur travail ces dernières années, est l’image de leur métier dans la société. Morgane Verviers a mis en avant le rôle des médias et des réseaux sociaux dans la construction de cette image.
Tensions, stress et violence
Autres chiffres alarmants : 68% des personnels d’éducation jugent leurs conditions de travail insatisfaisantes, 57% sont exposés au stress et à des situations difficiles à gérer, 52% souffrent d’une charge de travail excessive, et 46% estiment subir des consignes inadaptées.
Ils estiment par ailleurs à 68% que les situations de tensions ou de violence dans leur environnement de travail sont en augmentation (72 % dans les zones prioritaires). Et, majoritairement, que ce qui a le plus transformé leur travail ces dernières années, c’est le public auprès duquel ils travaillent (à 66%).
Enfin, 37% veulent changer de métier au sein de la fonction publique, et 24% partir vers le privé.
Quelques résultats encourageants
Les personnels aiment leur travail à 90%, et 67% y trouvent du sens. Pour Morgane Verviers, on ne part pas d’un champ de ruines, on a un potentiel énorme. En réalité, ce sont des choix politiques qui ont abîmé un système, et des choix politiques devront le réparer. La secrétaire générale l’affirme : le refrain de la crise des vocations est un alibi politique. Par ailleurs, on attend beaucoup des personnels d’éducation, on les félicite parce qu’ils forment les jeunes, transmettent les valeurs de la République… Mais pour Morgane Verviers, les louanges ne remplacent pas le salaire. Ce n’est pas un hasard si la première préoccupation pour les personnels, à 58%, est le pouvoir d’achat – devant la charge de travail (44%) et la santé (29%).
Ce que souhaiteraient les personnels
Pour définir les orientations à venir, les personnels estiment, à 89%, qu’il faudrait davantage les consulter. En vue des présidentielles, dans le débat à venir sur le système éducatif, ce qui devra être traité en priorité, à 87%, c’est le niveau des jeunes, le bien-être des jeunes à 89%, et le poids des inégalités sociales à 84%.
Pour les personnels, les moyens dégagés par la baisse démographique devraient être l’occasion, prioritairement (à 82%), d’avoir des classes moins chargées. Et bien sûr de recruter des enseignants remplaçants ainsi que d’autres personnels.
La secrétaire générale de l’UNSA-Education conclue que les personnels ne demandent pas une refondation de l’école. Ils souhaitent avoir un meilleur pouvoir d’achat, être plus consultés par les politiques et reconnus dans la société, pouvoir travailler dans des classes moins chargées, et dans un climat scolaire apaisé. Avec également une réelle prise en compte de leur santé et de celle des élèves, ce qui passe entre autres par des recrutements de personnel médico-social. Le niveau des élèves, leur bien-être ainsi que le poids des inégalités sociales sont aussi des éléments cruciaux à intégrer. Ce baromètre est un document incontournable, qui tire un bilan de dix années de politique éducative, et ouvre des pistes de réflexion en vue des prochaines élections présidentielles.

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