
Contrairement à beaucoup d’enseignants, Isabelle ne cumule pas les difficultés. Agrégée en arts plastiques, elle estime gagner correctement sa vie. Elle enseigne dans un établissement favorisé dans les Hauts-de-Seine (92) et vit à proximité de son lieu de travail. « Comparativement à beaucoup de collègues, je n’ai globalement pas à me plaindre de mes conditions de travail ».
Elle insiste également sur un point essentiel : malgré ses doutes, elle aime profondément son métier. « J’aime enseigner, c’est une vraie passion. » Son statut de fonctionnaire représente pour elle une véritable sécurité, une stabilité précieuse dans un contexte professionnel parfois incertain.
Mais derrière cet équilibre apparent, un malaise s’installe depuis plusieurs années.
Une matière appréciée… dans un cadre qui interroge
Isabelle tient à le préciser : sa discipline suscite généralement l’adhésion des élèves. « En général, les élèves aiment les arts plastiques.«
Un constat qui rend son malaise encore plus marquant. Car même dans un cadre perçu comme plus libre et créatif, elle observe un rapport global à l’école qui reste problématique.
« Les enfants ne sont pas heureux à l’école »
Ce qui la touche profondément, c’est le rapport des élèves à l’école. Isabelle observe régulièrement des enfants soulagés, voire heureux, lorsqu’un cours est annulé : « Quand ils sont contents parce qu’un professeur est absent et qu’ils peuvent rentrer chez eux, ça pose question. »
Pour elle, cette réaction traduit un manque de bien-être plus global, une difficulté pour les élèves à s’épanouir dans le cadre scolaire. Elle confie également que l’une des difficultés les plus dures à vivre est d’enseigner à des jeunes qui n’ont pas choisi d’être là : « les enfants ne sont pas heureux à l’école ».
Une école vécue comme un enfermement
C’est sans doute sur ce point que son regard est le plus critique. Isabelle n’hésite pas à faire une comparaison forte : celle d’une école vécue comme une forme d’enfermement. « On les oblige à rester assis derrière un bureau… »
Elle décrit un système rigide, où les élèves enchaînent des heures dans un cadre contraint, avec peu de liberté de mouvement. « Parfois, on a l’impression qu’ils sont enfermés, comme dans une prison« .
Elle évoque aussi certaines règles du quotidien qu’elle applique, mais qui la mettent mal à l’aise : « Dès qu’ils arrivent un peu en retard, on est obligé de les reprendre… alors qu’on ne ferait pas ça avec un adulte. »
Derrière ces pratiques, Isabelle perçoit un déséquilibre plus profond dans la relation éducative. « On a la sensation que l’adulte est supérieur à l’enfant. » Une impression qui, selon elle, participe au malaise des élèves et interroge la manière dont l’autorité est exercée à l’école.
Des élèves fatigués, un rythme à repenser
Autre point qui l’interpelle : la fatigue des élèves. « Je les vois arriver fatigués en cours. » Selon elle, les emplois du temps sont souvent trop chargés, peu adaptés aux rythmes des enfants et adolescents. « Il faudrait repenser et réadapter leur emploi du temps. »
Pour Isabelle, cette question est essentielle pour améliorer leur bien-être et leur capacité à apprendre.
Le poids de contribuer à un système qu’elle désapprouve
La difficulté d’Isabelle réside dans ce sentiment persistant : celui de participer à un modèle éducatif qu’elle ne partage pas entièrement. « Ce qui me dérange, c’est de contribuer à cette vision de l’Éducation nationale« . Elle estime que ce fonctionnement peut mettre les enfants en difficulté, en ne prenant pas suffisamment en compte leur bien-être, leur rythme ou leur besoin de liberté.
Ce conflit intérieur, présent depuis longtemps, est devenu une véritable source de mal-être. Au point, à plusieurs reprises, de lui faire envisager de quitter le métier.
Ce témoignage révèle une réalité plus nuancée du métier d’enseignant. On peut aimer profondément enseigner, bénéficier de conditions de travail favorables, et malgré tout ressentir un malaise.
Un malaise lié non pas à ce que l’on fait, mais à la manière dont on est amené à le faire.


![[Portrait vidéo] Professeure agrégée en classes préparatoires : « Enseigner l’Histoire, c’est enseigner l’esprit critique plus que le contenu ! » MCF histoire.00_01_42_22.Still001](https://www.vousnousils.fr/wp-content/uploads/2026/01/MCF-histoire.00_01_42_22.Still001-1-150x150.jpg)





Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire – VousNousIls.fr 1 bis rue Jean Wiener – Champs-sur-Marne 77447 Marne-la-Vallée Cedex 2.