
Amaël André est professeur des universités CIRNEF et responsable scientifique pour l’Université de Rouen Normandie du Programme d’investissement avenir (PIA3) « inclusion : un défi, un territoire ». Ces réponses sont basées sur des observations internes du programme PIA3. Le programme n’étant pas arrivé à terme, il s’agit d’hypothèses et de premiers résultats observés.
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la motivation scolaire ?
La motivation scolaire, c’est ce qui va pousser les élèves à investir du temps et de l’énergie dans les activités scolaires. Cette motivation est très importante, car elle prédit fortement les apprentissages et les acquis des élèves. Aujourd’hui, elle est devenue une préoccupation majeure des professionnels de l’éducation et de l’enseignement. Ces derniers nous rapportent de plus en plus de problématiques liées à ce sujet. Cela peut être une baisse d’engagement, d’investissements ou de travail personnel. Je précise que les baisses de motivation ne se mesurent pas vraiment, ce qu’on peut observer, ce sont surtout leurs conséquences.
Comment peut-on expliquer ces baisses de motivation ?
C’est difficile à expliquer car elles sont multifactorielles. Je pense qu’il y a un ensemble de mythes et d’idées reçues sur le sujet qui peut constituer des obstacles. Par exemple, il y a des élèves qui seraient motivés par essence et d’autres qui ne le seraient pas. Or, ceci n’est pas représentatif de la réalité, la motivation est avant tout contextuelle. Elle est notamment liée aux camarades, mais aussi et surtout aux pratiques pédagogiques des enseignants.
Vous nous avez parlé d’idées reçues, y en a-t-il d’autres ?
Il y a aussi une idéologie autour de la note. Selon celle-ci, elle serait contre-productive. Effectivement, si les élèves se comparent les uns aux autres, cela peut créer un sentiment de « démotivation ». Toutefois, si la note est personnalisée et sert d’indicateur de progrès permettant à l’élève de se situer, elle peut devenir une source de motivation. L’élève doit« chercher à être champion de lui-même plutôt que de vouloir être meilleur que les autres ».
À la suite de vos observations, pouvez-vous nous dire si les élèves sont davantage motivés ou démotivés ?
Pour faire simple, nous avons observé 4 groupes différents au 2e semestre de 6e : les autonomes 18% (forte motivation), les scolaires 52% (motivation modérée), les « à-coté-de » 24% (motivation faible) et enfin les « en-dehors » 6% (absence de motivation). Ce qui est rassurant, c’est que le groupe des « scolaires » est le plus nombreux.
Cela reflète-t-il une situation favorable ?
Malheureusement, de nombreuses études internationales ont démontré que la motivation se dégradait pour beaucoup d’élèves. Par exemple, le groupe des « en-dehors » devrait, en 4 ans, passer de 6 % à 15 %. À l’inverse, le groupe des « autonomes » n’évolue pas de manière significative.
Quelles différences peut-on observer entre une motivation scolaire d’un élève à l’école et au lycée ?
En réalité, il n’y a pas vraiment de différences. Ce que nos études cherchent à démontrer, c’est la différence du poids des besoins en fonction des âges. L’appartenance sociale serait prédominante à l’école ; au collège, ce serait le soutien du besoin de compétences ou le balisage de l’apprentissage. Enfin, au lycée, ce serait le besoin d’autonomie, c’est-à-dire comprendre le sens de ce que l’on fait, et la possibilité de faire des choix.
Comment lutter efficacement contre la « démotivation » ?
Nous avons des outils probants pour développer des formes de motivation et en particulier le soutien des trois besoins, cités précédemment (autonomie, compétence, appartenance). Plus les objectifs d’apprentissage sont clairs (reformuler les consignes, adapter des bilans réguliers et instaurer une organisation fluide), plus on soutient le besoin de compétences. Se connecter aux centres d’intérêt des élèves et soutenir leur autonomie permet également d’accroître leur motivation.








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