
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis enseignant dans un collège d’éducation prioritaire renforcé à Rennes et membre de l’ASSETEC. Auparavant, j’ai enseigné 12 ans dans un collège en Seine-Saint-Denis (93). J’anime régulièrement des formations à destination des enseignants de technologie de l’académie de Rennes.
Quel est le bilan de cette année 2025 ?
Nous avons eu des changements de programme qui sont les bienvenus. Par définition, il est normal que les programmes de technologie évoluent plus rapidement que ceux des autres disciplines. Ces programmes sont explicites et mieux écrits que ne l’ont été les précédents, ce qui les rend plus faciles à prendre en main.
Néanmoins, il existe de fortes inquiétudes : la disparition des groupes à effectifs réduits. Elle est directement liée à la dotation horaire globale (DHG) attribuée aux établissements. Les trois heures de marge, autrefois utilisées pour les disciplines expérimentales afin de travailler en effectifs réduits, ont été supprimées. Désormais, ces heures sont prioritairement consacrées aux mathématiques et au français, au détriment de la technologie. Une deuxième inquiétude est aussi constatée : le manque d’enseignants en technologie. Aujourd’hui, il y a de moins en moins d’étudiants inscrits sur les concours.
Comment explique-t-on ces problèmes de recrutement ?
Les matières scientifiques et technologiques sont celles qui rencontrent le plus de difficultés en matière de recrutement des enseignants, les étudiants trouvant plus facilement des débouchés dans d’autres secteurs. Il s’agit généralement d’emplois mieux rémunérés, qui n’imposent pas la contrainte de passer une dizaine d’années en région parisienne. En réalité, cela représente un frein important, car on arrive à recruter des contractuels mais peu acceptent de passer le concours. Il y a seulement une moitié de candidats qui se présente par rapport au nombre de places. C’est très en dessous de toutes les autres disciplines, même la physique, qui est assez contrainte, tourne autour des 70 % de candidats inscrits au concours.
Comment peut-on lutter contre ce problème ?
Ce que nous attendons, c’est que le gouvernement cible le recrutement dans les structures scientifiques. Par exemple, qu’il se déplace dans les écoles d’ingénieurs, dans les DUT, dans les facultés pour pouvoir informer les élèves de la beauté du métier. Il faut améliorer la communication.
Rencontrez-vous d’autres difficultés ?
Il y a également des difficultés au niveau du matériel, il y a eu un vrai engagement de l’Inspection Générale pour inviter les collectivités, en l’occurrence les départements, à investir. Cependant, dans certains départements les budgets sont assez contraints. On retrouve donc des inégalités territoriales.
La technologie est-elle assez reconnue dans l’enseignement ?
Cela va dépendre selon la situation. Un enseignant présent dans l’établissement depuis plusieurs années est souvent très reconnu et valorisé. L’enseignant peut mener des projets interdisciplinaires, dans ces cas-là, il y a des élèves qui se passionnent pour la matière. En revanche, nous avons beaucoup de collègues contractuels qui n’ont pas toujours la formation adéquate. Étant donné qu’ils sont constamment en déplacement, ils n’ont pas le matériel nécessaire pour mener à bien des projets. Ceci les conduit à faire ce qu’on appelle des « cours papier ». Ce sont des cours où les élèves ne manipulent pas, ce n’est pas spécialement passionnant pour eux.
Estimez-vous que le nombre d’heures est suffisant ?
Ce qui a fait beaucoup de mal à la profession, c’est la perte de la technologie en 6e. Il y a deux ans, le ministère déclarait que la perte de cette heure serait utilisée pour rajouter des maths et du français. Dans un monde ou l’hygiène numérique et la protection aux écrans deviennent capitales, c’est problématique. Nous nous sommes sentis dévalorisés par rapport aux disciplines que le ministère a qualifiées d’essentielles. Ce qui nous a aussi fait du mal, c’est plus ancien, c’est la perte de « l’heure de labo », une heure dédiée à l’entretien du laboratoire.
Quelles sont vos attentes pour l’année 2026 ?
Ce que nous demandons avant tout, c’est de retrouver l’heure dédiée au laboratoire ainsi que l’heure en classe de 6e. Or, la suppression de cette heure en 6e est étroitement liée au manque d’enseignants. Il est donc indispensable de régler ce problème en priorité. Nous souhaitons également retrouver des groupes à effectifs réduits.








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