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Quel est le rapport des Français à l’anglais? C’est le résultat d’une nouvelle étude de Cambridge Assessment English, en partenariat avec Le Figaro Étudiant. Cette étude s’appuie sur différents objectifs dans le rapport à l’anglais.

Elle révèle tout d’abord que les étudiants surestiment leur niveau réel d’anglais. En effet, 26% affirment avoir un niveau d’anglais courant (C1 – C2) tandis qu’après un test, ils sont 5% à obtenir ce niveau.

Cyprien Perrier, jeune ingénieur récemment sorti des études, estime avoir un bon niveau. Il a obtenu le TOEIC avec le score maximum, 990/990. Il a également fait un stage d’ingénieur de 5 mois aux États-Unis l’année dernière.

« Mon niveau a légèrement diminué depuis mais je me maintiens à un niveau C1, je suis capable de tenir des discussions pointues à l’écrit comme à l’oral et de vivre dans un environnement totalement anglais » raconte-il. « Mon accent français est encore bien marqué cependant ».

Qu’en pensent les enseignants ? Delphine Bousseau-Millot est professeur agrégée d’anglais au lycée Stéphen Ligéard de Brochon (Côte-d’Or). Pour elle, les élèves ont du mal à estimer leur niveau d’anglais. « On appuie nos évaluations et nos examens sur le cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL), et les élèves connaissent les niveaux, mais il faut être franc : on leur accorde souvent un grade qui ne correspond pas à leur niveau réel » affirme-elle.  

« Par exemple, les grilles d’évaluation des E3C cette année en première faisaient mettre un 20/20 à un élève qui avait atteint le niveau B1, et 10/20 à celui qui atteignait le A1+ » explique l’enseignante. « Or, le niveau A1+ est celui d’un collégien de milieu de cycle. C’est un paradoxe, ils ont de ‘bonnes notes’ en anglais, mais leur niveau dans le CECRL est médiocre ».

Une qualité d’enseignement peu adaptée au monde du travail

En outre, les sondés indiquent que la qualité de l’enseignement qu’ils ont reçu à l’école est insuffisante. Ils sont 78 % à penser qu’ils auraient dû à l’école avoir plus de contacts avec des natifs anglophones. De même, 79 % d’entre eux estiment que l’immersion dans un pays étranger est le meilleur moyen d’améliorer son niveau d’anglais.

Camille Pawmaczyk vient de décrocher son baccalauréat et entre en première année de licence LLCER Anglais à l’université d’Agen (Lot-et-Garonne) à la rentrée. Elle confie que pendant ses années lycées, elle a pu s’entretenir avec des assistants américains. « Avec eux, l’approche de l’anglais était différente : on parlait de thématiques du quotidien, comme Thanksgiving par exemple. J’ai trouvé qu’on apprenait mieux à s’exprimer en anglais qu’en cours » raconte Camille. « Mais c’est dommage car on ne les a pas assez vus, cela a duré d’octobre à mars, une semaine sur deux » déplore-elle.

De son côté, Patrick Bourges, parent d’élève, affirme que les élèves n’ont pas un bon niveau en anglais. « J’ai pu me rendre compte du niveau de mes enfants pendant le confinement. Il y avait un gap important entre ce qu’ils étaient censés savoir et ce qu’ils devaient produire tout seuls » constate-il. Il souhaite ainsi envoyer ses enfants dans un pays étranger et les inciter à pratiquer l’anglais.

« Je souhaiterais envoyer mes enfants en Irlande. Ce n’est pas très cher, c’est un beau pays et les gens sont accueillants » affirme-il. Comme Patrick Bourges, l’étude révèle que 67 % des parents se déclarent convaincus que le meilleur moyen de rattraper le retard sera d’envoyer leur enfant étudier en anglais à l’étranger.

Les élèves s’intéressent davantage à la culture anglo-saxonne

De plus, avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, les élèves s’intéressent davantage à la culture anglo-saxonne. La jeune bachelière affirme apprendre mieux sur les jeux en ligne ou devant une série Netflix.  » J’aime bien la culture anglo-saxonne et les pays du Commonwealth. J’ai appris l’anglais par le biais d’autres moyens et de manière moins scolaire : j’apprends mieux en regardant des films et des séries, des interviews en anglais avec les sous-titres » explique Camille Pawmaczyk.

Un avis que les enseignants ont bien compris. Anna Scandella est enseignante d’anglais au lycée Louis Pergaud de Besançon (Doubs). Pour ses cours avec des lycéens et des BTS, elle préconise une approche plus ludique. « A l’heure actuelle et avec le profil des élèves, on ne peut pas se contenter d’utiliser le livre de cours qui leur est distribué en début d’année, ça ne marche plus » prévient-elle.

« Il faut diversifier les approches et les supports, les mettre au contact le plus possible avec le monde authentique. On va passer des extraits d’une série porteuse à l’heure actuelle par exemple, en phase avec leurs centres d’intérêt » explique l’enseignante.

« Anglais monde contemporain » : des avis tranchés

Par ailleurs, dans le cadre de la réforme du bac et du baccalauréat, une nouvelle spécialité intitulée « Anglais du monde contemporain » sera proposée à la rentrée 2020. Cette spécialité est, selon le ministère, une « exploration approfondie et une mise en perspective de la langue, des cultures et des sociétés de l’aire anglophone, ainsi qu’un enrichissement de la compréhension par les élèves de leur rapport aux autres et de leurs représentations du monde ».

Mais cette spécialité n’est pas au goût de tous. « Je fus assez désagréablement surprise par l’annonce inopinée de la création de cette nouvelle spécialité qui entre de fait en concurrence avec la spécialité LLCE. Depuis quand la culture et la littérature seraient-elles détachées du « Monde Contemporain » ? » s’insurge Delphine Bousseau-Millot.

« Les liens entre les extraits étudiés et l’actualité sont faits en permanence » poursuit l’enseignante. « Par exemple, l’étude du roman de Harper Lee « To Kill A Mocking Bird » est indissociable de l’apport culturel sur les lois Jim Crow aux USA, et éclaire de manière significative les événements récents liés au mouvement Black Lives Matter. La littérature n’est pas poussiéreuse et ennuyeuse, elle permet de comprendre notre monde passé, présent, et même futur. »

Pour Cyprien Perrier, « cette option semble plus adaptée et utile que l’option actuelle « anglais littérature » en préparant mieux au monde du travail et aux attentes des grandes écoles ».

« C’est une bonne chose de permettre des approches différentes car tous les élèves ne se destinent pas à aller en fac de langue soyons lucides. Pour ceux qui une approche un peu plus économique et sociale, c’est parfait » renchérit Anna Scandella.

« On a un grand écart entre l’enseignement de l’anglais et le monde du travail. Et ce grand écart est justifié par le besoin qu’on a ou pas d’une langue puisque les élèves ne voient pas toujours la finalité de ce qu’on essaye de leur enseigner ou évaluer. Il faudrait presque 3 spécialités d’anglais dès le lycée : une littéraire, une contemporaine et une tertiaire » conclut-elle.