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L’épidémie de coronavirus a profondément bouleversé la communauté éducative. Avec la fermeture des établissements scolaires et le confinement, enseignants, élèves et parents ont vu leur quotidien chamboulé du jour au lendemain. Ils sont confrontés depuis maintenant plus d’un mois à l’enseignement à distance. Tandis que les familles doivent endosser le rôle du professeur à la maison, les enseignants s’adaptent à de nouvelles pratiques.

Margot et Jonathan sont enseignants dans le premier degré en Ile-de-France. Depuis le début du confinement, ils sont régulièrement en contact avec les élèves et leurs parents. Pour assurer la continuité pédagogique, ils utilisent l’application Klassroom, une plateforme qui facilite les échanges entre parents et professeurs. “Tous les matins à 8h30, j’envoie à mes CE1 un programme avec des devoirs à faire en français et en mathématiques” indique Margot. “Les parents me renvoient le travail en photo. Je corrige et je leur transmets”. Quant à Jonathan, il aborde une notion quotidienne avec ses élèves, accompagnée d’une vidéo explicative qu’il partage sur YouTube. “Les parents me sollicitent soit par e-mail soit directement sur Klassroom. Sur mes 28 élèves, 22 me font des retours très réguliers” précise l’instituteur.

Inquiétudes

Avec ces nouveaux supports, des inquiétudes peuvent s’installer. “Les parents sont assez angoissés par le dispositif car c’est inédit pour eux, donc j’essaie de les rassurer, de les encourager à me solliciter” confie l’instituteur d’une classe de CE2. “Je sais les écouter et m’adapter à leurs situations. Je sonde toujours l’avis des parents avant d’imposer quoi que ce soit” explique de son côté Margot. 

Emilie* est enseignante titularisée dans un établissement d’éducation prioritaire renforcé (REP+) de l’académie de Versailles. Lorsque le chef de l’Etat a annoncé la fermeture des établissements scolaires le 12 mars dernier, elle s’est organisée à la hâte avec ses collègues pour imprimer du travail à ses élèves. “Quasi aucun parent n’a d’ordinateur à la maison et encore moins d’imprimante, j’ai dû faire un plan de travail sur trois semaines pour que les élèves aient de quoi faire” explique l’enseignante.

Par ailleurs, “en REP+, beaucoup de parents occupent des emplois indispensables (aides-soignants, métiers d’entretien etc) donc ils n’ont pas arrêté de se rendre au travail” alerte l’enseignante. “En plus de ça, ils se mettent beaucoup la pression, car ils ont peur que leurs enfants redoublent. On a dû les rassurer”.

Emilie pointe du doigt le ministère de l’Education nationale qui, selon elle, ne se montre pas du tout rassurant face à “des parents qui jonglent entre le travail, les tâches ménagères et les devoirs” des enfants. “Le retour à l’école pour le 11 mai, c’est le coup de massue en plus !” martèle l’enseignante.

“On a tendance à croire qu’en maternelle vous ne faites rien mais c’est totalement l’inverse”

Qu’en est-il de l’enseignement à l’école maternelle? A Metz (Moselle), une enseignante de grande section a dû s’adapter à l’école à distance. Une tâche épineuse, notamment quand les familles sont dépourvues d’outils numériques. “En maternelle, il faut que les enfants manipulent beaucoup et on évite au maximum les supports feuilles en général car ce n’est pas comme ça qu’ils apprennent” explique cette jeune institutrice. “Par exemple, j’ai donné un ‘défi’ à mes élèves qui consiste à habiller un lapin avec des vêtements. Les parents découpent les masques, capes et chaussures et l’enfant doit les coller au bon endroit” poursuit-elle.

La maîtresse a reçu d’excellents retours de la part des familles depuis le début du confinement. Elle confie que les parents deviennent plus compatissants et compréhensifs. “Avant, on ne se rendait pas forcément compte du boulot que vous fournissez”, a t-elle souligné. Des parents m’ont même dit : “On avait tendance à croire qu’en maternelle vous ne faites rien mais c’est totalement l’inverse”. Puis, “ils me remercient car je n’oublie pas leurs enfants et ils m’envoient régulièrement des photos d’eux accompagnés de petits messages” se réjouit-elle.

Une reconnaissance partagée par Jade, enseignante de CE1 au Vésinet (Yvelines). Elle échange quotidiennement avec les parents de ses élèves, et ces derniers lui envoient de nombreux remerciements. “Un matin, une famille m’a envoyé un e-mail me disant qu’ils sont très impressionnés par mon travail” raconte-elle. “Certains se plaignent de la quantité du travail ou au contraire veulent plus de travail, mais ce n’est pas facile d’ajuster pour tout le monde” confie-elle. “Il est évident que les parents se rendent compte de l’ampleur du boulot qu’on fait tous les jours depuis qu’ils s’en occupent. Donc ils sont reconnaissants et moins critiques qu’en temps normal”.

Une situation qui l’enchante, car dans son école primaire, des parents intransigeants remettaient en cause les méthodes des personnels. “Certains prenaient des rendez-vous pour contester les sanctions attribuées aux élèves. Ils venaient à l’école pour nous apprendre le métier d’enseignant. Maintenant c’est tout l’inverse ils voient que c’est difficile de gérer une classe de 30 élèves dans le contexte actuel. Tout le monde n’est pas capable de faire prof !” conclut-elle.

*Le prénom a été modifié