« Parlez vous le suédois? » © Getty Images

Vous êtes native suédoise et enseignante de suédois, pouvez-vous nous en dire plus sur votre langue ?

Le suédois est une langue germanique –comme l’allemand et l’anglais- et lorsqu’on parle déjà une langue germanique, il est plus facile de l’apprendre. À l’école, on n’apprenait pas trop la grammaire car le suédois n’a pas une grammaire difficile contrairement à d’autres langues comme le français. Ainsi, il est plus difficile de traduire un texte suédois en français qu’en anglais par exemple, où l’on peut faire du mot-à-mot.

Quelles sont les principales différences avec la langue française ?

Le suédois est une langue plus parlée que lue. On n’a pas besoin d’apprendre le suédois à l’école pour le pratiquer, contrairement au français, qui est une langue difficile même pour un Français. Si vous arrivez à parler le suédois, vous pouvez l’écrire. L’orthographe peut être compliquée cependant mais cela reste moins difficile que le français.

Les enfants suédois apprennent à écrire les mots jusqu’à l’âge de 10 ans. Ensuite, dans les classes plus élevées, on travaille sur d’autres thématiques, comme la fonction de la phrase par exemple.

Quand j’enseigne une nouvelle leçon de grammaire en cours, je dis à mes élèves : pourquoi telle ou telle règle de grammaire ? demandez à un Suédois, il ne va pas savoir pourquoi , il ne l’a pas apprise !

On dit que le suédois est une langue relativement facile à apprendre. Est-ce le cas ?

Effectivement. Le suédois est une langue qui s’apprend vite, normalement au bout de 2-3 ans d’apprentissage, l’étudiant est capable de lire un roman en suédois. Puis lorsqu’un Français maîtrise sa grammaire, il n’aura aucune difficulté à apprendre le suédois. Ce qui est facile, c’est qu’il n’y a pas de conjugaison devant la personne. C’est comme si en français avec le verbe « parler » on disait « je parle, tu parle, vous parle ». C’est donc une bonne chose car on peut apprendre les verbes comme n’importe quel mot de vocabulaire. En suédois, l’infinitif de « parler » est prata , ‘tu parles ou vous parlez’ se dit du pratar.

De plus, il n’y a pas de subjonctif en suédois et il n’y a qu’un seul futur (le futur proche), ce qui facilite l’apprentissage. On ne va pas dire je parlerai mais « je vais parler ». Pour l’ordre des mots, c’est comme en français : sujet, verbe, complément. Il y a quelques exceptions mais c’est plus rare.

Néanmoins, ce qui est différent, c’est qu’il n’y a pas de masculin ou de féminin pour l’article indéfini au singulier. Quand on dit « un » et « une » en français, le suédois a bien un système similaire avec deux articles. Il y a en pour les noms communs et ett pour les noms neutres. La difficulté du suédois se trouve aussi dans l’inversion de la phrase, lorsque celle-ci commence avec autre chose qu’un sujet, comme un adverbe. Avec ‘hier j’ai parlé’, on suit la construction suivante : igår talade jag (« hier, parlé j’ai »).

Peut-on comprendre les langues voisines (danois, norvégien) quand on parle suédois ?

Oui, tout à fait. Si on apprend le suédois, on est bien placé car avec un peu d’efforts, on peut comprendre le danois et le norvégien. En tant que professeure de suédois, je ne peux pas voir la différence entre la langue danoise et norvégienne à l’écrit puisque c’est très similaire. La langue suédoise se trouve un peu au milieu. À l’UFR des langues nordiques à la Sorbonne, avec mes collègues enseignants de norvégien et de danois, on parle chacun notre langue et on se comprend !

Quels sont les avantages à apprendre le suédois ?

Les motivations sont multiples et sont les mêmes que pour le norvégien et le danois. L’attrait pour les pays nordiques c’est-à-dire le style de vie, la gastronomie, la nature, l’égalité hommes-femmes. Ces derniers temps, le polar nordique est très apprécié des élèves et cela attire. Les séries (Skam) et les films aussi. Les étudiants préfèrent apprendre le suédois puisqu’il s’agit de la langue nordique la plus parlée avec 10 millions de locuteurs.