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Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis d’origine danoise et je suis arrivée en France en 1985. J’ai fait des études de linguistique et j’ai appris le français à l’université d’Aarhus au Danemark. J’ai donné des cours pour adultes à la maison du Danemark pendant 25 ans et depuis 2 ans, j’enseigne le danois à l’université de Lille. J’ai également enseigné à l’université Paris-Sorbonne. A côté, je suis traductrice auprès de la Cour d’Appel où je traduis des textes en français ou en danois. Je parle français, danois, anglais et un peu allemand. Je comprends également le suédois et le norvégien.

Quelles sont les spécificités de la langue danoise ? Quelles sont les principales difficultés ?

Le danois est plus simple que le français pour ce qui est de la grammaire. Mais il y a deux problèmes majeurs quand on veut apprendre la langue : l’accord de l’adjectif en premier lieu, c’est un point très difficile. Lorsque vous n’êtes pas natif danois, il faut toujours réfléchir pour faire le bon accord et connaître les règles. L’autre problème, c’est l’emploi des prépositions. C’est illogique par rapport à la langue française. Il y a également des traits particuliers avec ce qu’on appelle en linguistique le coup de glotte (ou consonne occlusive glottale). C’est un phénomène qui traduit un arrêt bref dans la phrase, où l’on va hacher un mot en deux. Par exemple, le mot « bil » (voiture), un Français va le prononcer « bil » tandis qu’en danois c’est « biiil ». On coupe le « i » en deux, de façon abrupte.

De plus, quand on parle danois, on est en mesure de comprendre le norvégien à l’écrit et à l’oral. A l’inverse, les Norvégiens et les Suédois ont plus de difficultés à comprendre les Danois car on ne prononce pas beaucoup les mots. En réalité, apprendre le danois c’est apprendre deux langues : la langue écrite et la langue orale. La langue écrite est très différente de la langue parlée, ce qui signifie qu’un Français qui apprend le danois va avoir des difficultés à réécrire un mot dit à l’oral car les Danois prononcent très peu les syllabes. Exemple, lejlighed, qui signifie « appartement », se prononce /lajliheːd/ Mes étudiants me demandent souvent lorsqu’ils m’écoutent parler danois si je suis fâchée car la prononciation de la langue danoise est un peu « dure ».

Ce qui pose problème aussi pour les Français qui apprennent la langue, c’est le « s ». En danois, il n’est jamais sonorisé, il faut le prononcer comme si c’était un c cédille ou comme s’il y avait deux « s ». Nous avons aussi beaucoup d’homonymes dans la langue danoise. Cela déroute tous les gens qui apprennent le danois y compris les petits Danois lorsqu’ils apprennent leur langue maternelle. Résultat, les enfants au Danemark apprennent le danois avec un peu de retard par rapports aux enfants d’autres pays européens. Par exemple : le mot « en frø » a plusieurs significations : une grenouille, une graine etc, « en ret » veut à la fois dire un plat cuisiné, un volant de voiture, la raison, un tribunal etc… Le danois est la 9e langue la plus difficile à apprendre au monde derrière le norvégien et devant le français, selon l’UNESCO.

Pour quelles raisons un Français apprend-il le danois ? Quels sont les avantages d’apprendre la langue aujourd’hui ?

À l’université, les raisons sont diverses et souvent professionnelles. Les étudiants apprennent le danois pour s’en servir dans la vie de tous les jours : traduction du français au danois, sous-titrage etc. À la Maison du Danemark, les gens avaient des vrais projets pour aller s’installer dans le pays. Il y a eu au moins 20% de mes étudiants qui sont partis vivre au Danemark. Apprendre le danois, c’est trouver du travail facilement et rapidement au Danemark ou dans une entreprise danoise en France, par exemple. Beaucoup d’anciens étudiants m’ont dit qu’ils avaient déjà décroché un poste juste car ils parlaient et comprenaient le danois !