La place des mathématiques dans la réforme du lycée : où en est-on ?

Sébastien Planchenault, professeur de mathématiques au collège Mondétour aux Ulis (Essonne) est le nouveau président de l’APMEP. Il nous donne des précisions sur la place des mathématiques sur la réforme du lycée, un mois après la rentrée.

© Getty Images

Avec la réforme du lycée et du bac, les mathématiques sont uniquement proposées en spécialité cette année. Pourtant, le ministre soutient qu’il y a des maths dans le tronc commun. Est-ce vrai ?

Il y a effectivement des mathématiques dans le tronc commun, dans les enseignements scientifiques, sauf ce que sont plutôt des mathématiques outillées. Ce qui fait peur, c’est de ne pas avoir un enseignement spécialisé dans cette discipline pour pouvoir apporter les outils nécessaires aux élèves.

VousNousIls s’est entretenu avec Alice Ernoult, votre prédécesseure, en avril dernier sur la place des mathématiques dans la réforme du lycée. Depuis, vous avez eu un entretien avec la DGESCO le 18 juin dernier. Qu’est-ce qui a été décidé?

En ce qui concerne la place des mathématiques dans le tronc commun, la réponse de la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) reste les mathématiques-scientifiques. Cette matière doit être prise en charge par des enseignants de sciences et de maths. Nous avons toujours un bras de fer par rapport à ce que l’on veut défendre, à savoir la mise en place d’une spécialité mathématiques dans le tronc commun. En d’autres termes, faire des mathématiques utile pour la vie quotidienne, tournées vers le monde et sans retourner dans le travers du programme des ex-filières ES et S.

L’entretien avec la DGESCO s’est soldé par un problème majeur, le temps. Nous avons eu peu de retours et un temps très contraint pour pouvoir faire des remontées au ministère.

Avez-vous eu des précisions sur la mise en place de l’option maths expertes et maths complémentaires en terminale?  

Vous avez dans le programme du nouveau lycée l’enseignement de spécialité proposé aux élèves de 1ère et de terminale. En terminale, les élèves qui ont fait le choix d’abandonner la spécialité maths peuvent prendre l’option mathématiques complémentaires. Il a été indiqué par le ministre dans un communiqué de presse qu’effectivement, il faut avoir suivi la spécialité en première pour prendre l’option, sauf qu’il n’y a, à l’heure actuelle, aucun texte officiel qui cadre ce fait et aucun financement spécifique pour pouvoir le permettre aux établissements.

En ce qui concerne les maths expertes, l’option sera plutôt proposée aux élèves qui suivent la spécialité en terminale. Cela va renforcer des inégalités au niveau des territoires : en effet, suivant les contraintes des établissements, l’option ouvrira au détriment d’autres matières, ou pas pour préserver les autres matières. Tous les élèves n’auront donc pas la possibilité de choisir cette option. Dans le programme de maths expertes, il y a par ailleurs une grande liberté pédagogique au niveau des enseignants, ce sont des propositions par rapport à un thème et les enseignants peuvent faire des choses poussées. Cela reprend un peu l’option spé-maths de la terminale S.

Il n’y a pas de remontées à ce propos, car la spécialité de terminale n’a pas été mise en œuvre pour le moment. Par contre, il n’y a encore aucun élément par rapport au bac, et pour préparer l’élève dans de bonnes conditions ça devient difficile.

Qu’en-est il de l’usage de la calculatrice aux examens? 

Sur la calculatrice, il y a eu une circulaire au niveau de la DGESCO qui a été écrite sur la mise en place d’une calculatrice en mode examen, c’est-à-dire que lors de l’épreuve, les surveillants doivent mettre la calculatrice en mode examen pour éviter que les élèves puissent avoir accès à la mémoire interne. La réponse du ministère, c’est que la calculatrice collège suffirait. Or, elle n’est pas adaptée pour un lycéen au niveau bac. Nous préconisons que ce soit les établissements qui soient dotés d’une calculatrice pour les examens -ce qui rajoute un poids financier.

Tous les programmes, options, spécialités ont-ils été prêts à temps pour la rentrée 2019 ?

Pour des raisons diverses, beaucoup d’élèves ont choisi la spécialité mathématiques en 1ère, et nous nous retrouvons avec des classes très hétérogènes et un programme de maths très lourd. Afin de répondre aux attentes des élèves qui veulent se diriger par la suite vers des études économiques, sociales ou des études scientifiques, le CSP a plus ou moins créé un programme qui regroupe les anciennes filières ES et S. Cela rend le programme extrêmement lourd et chargé, avec des élèves qui ont des profils très différents.

Nous avons écrit une lettre ouverte au ministre  pour demander que l’option maths complémentaires s’intègre à la dotation horaire globale (DHG) propre à chaque établissement afin d’éviter les disputes entre différentes disciplines.  Tout en tenant compte des retours de beaucoup de lycéens qui trouvent la spécialité difficile et qui souhaitent -après trois semaines de cours- arrêter la spécialité maths en fin de 1ère  et juste garder l’option maths complémentaires en terminale.

Certains élèves vont aussi arrêter cette spécialité pour prendre l’option maths complémentaires en terminale, et il risque donc d’y avoir beaucoup de groupes dans cette option. Enfin, nous avons renouvelé notre souhait d’intégrer 2h de maths dans le tronc commun, afin de permettre à tous les élèves de faire réellement des maths.

Par rapport à cette rentrée scolaire, les retours sont très négatifs. D’une part, avec la réforme, les emplois du temps des élèves sont devenus très individuels. Résultat, très peu d’élèves se retrouvent avec un temps commun pour pouvoir être dans un club de maths par exemple. D’autre part, le problème des classes surchargées est à souligner, avec des effectifs qui vont parfois jusqu’à 38 élèves ! Par exemple, dans un lycée où il y a 10 classes de 1ère , quelques élèves vont suivre une spé-maths dans chaque classe. On se retrouve donc avec des groupes spé de 25-30 élèves, et vu le nombre des différentes spécialités choisies, cela devient très difficile à gérer pour le professeur principal. Inversement, un élève se retrouve avec une équipe pédagogique composée de beaucoup d’enseignants. Et dans tout ça, on ne sait pas du tout comme va se passer le conseil de classe…

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2 commentaires sur "La place des mathématiques dans la réforme du lycée : où en est-on ?"

  1.  1 octobre 2019 à 21 h 21 min

    Une réforme (une de plus!) à l’arrach. ! « Les maths complémentaires pourront être prises en terminale même si vos enfants n’ ont pas fait maths en spécialité en 1ere » Voilà ce qui a été dit aux parents en mai…. Plus de classe référente, les élèves ne se connaissent pas dans les différents groupes de spécialité, et en maths c’est effectivement la catastrophe au regard de l’hétérogénéité des groupes et au bout de 1 mois certains sont déjà malheureusement « largués « ,En tant que parent d’élèves j’estime que l’attitude du ministère est calamiteuse et en aucun cas, l’ intérêt des lycéens n’ est prise en compte.Signaler un abus

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  2. Pèp  5 octobre 2019 à 11 h 18 min

    La 1ère phrase du programme de Maths complémentaires dit : « L’enseignement optionnel de mathématiques complémentaires est destiné prioritairement aux élèves qui, ayant suivi l’enseignement de spécialité de mathématiques en classe de première et ne souhaitant pas poursuivre cet enseignement en classe terminale »…OK, il y a le « prioritairement » qui instille le doute mais plus loin : « Le programme de mathématiques complémentaires s’appuie sur le programme de spécialité de
    mathématiques de la classe de première qu’il réinvestit et enrichit ».
    Donc, pas de spécialité en 1ère, pas de maths complémentaires…
    A moins de l’hypothétique « remise à niveau » où on ferait en 2 semaines ce qui a été fait au forceps en 1 an…Signaler un abus

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