Pariscience : “Le IIIe Reich n’aura pas la bombe”

Le documentaire “Le IIIeme Reich n’aura pas la bombe”, projeté à Pariscience le 15 octobre prochain, montre la bataille de l’eau lourde, événement clé de la 2nde Guerre Mondiale. Entretien avec Denis Guthleben, conseiller historique du film.

Affiche festival Pariscience

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis attaché scientifique au sein du comité pour l’histoire du CNRS. Ce comité, rattaché à la présidence de l’institution, a pour vocation de faire des recherches sur l’histoire des sciences et de la recherche scientifique dans notre pays. La bataille de l’eau lourde qui est abordée dans le film fait donc pleinement partie de notre champ de compétence.

Qu’est-ce que l’eau lourde ?

C’est une eau dont les atomes d’hydrogène sont des isotopes lourds, que Joliot et Curie souhaitaient utiliser comme “ralentisseur” de neutrons lors de ses expériences. Lors de la Seconde Guerre Mondiale cette eau n’était produite que dans un endroit dans le monde : une usine située à Vemork, en Norvège. C’était alors un lieu hautement stratégique.

Pourquoi ce chapitre de l’histoire est-il si méconnu ?

Ce sont des faits qui étaient connus durant l’après-guerre, il y a même eu un film où les scientifiques, dont le couple Joliot Curie, jouaient leur propre rôle ! C’est quelque chose dont on parlait beaucoup à l’époque car c’était l’un des hauts faits de la France. Les 80 ans du CNRS étaient l’occasion idéale de revenir sur cette histoire qui fait partie du contexte de sa création.

Quel est votre rôle dans le film ?

Le film a été écrit par le réalisateur Nicolas Jallot, et j’interviens en tant que conseiller historique pour apporter des précisions mais aussi pour l’accompagner lors des interviews de scientifiques qui figurent dans le film. J’étais ainsi dans les coulisses du film…

Irène et Frédéric Joliot Curie sont les protagonistes principaux du film, pourtant, aux yeux du grand public, ils semblent dans l’ombre de Pierre et Marie…

C’est vrai que l’on parle davantage de Pierre et Marie Curie car ce sont les premiers Prix Nobel de physique de notre histoire, et qu’ils ont une histoire personnelle et scientifique merveilleuse. Nous avons l’impression que leur fille et leur gendre marchent dans leur pas, or c’est dommage de penser cela car leurs parcours n’ont pas été moins passionnants, et ils ont également obtenu, pour leurs travaux, un prix Nobel de chimie en 1935.

La découverte de l’énergie nucléaire, et donc de l’arme atomique, est-elle le fruit du hasard ?

Oui et non! Je dirais que c’est un hasard, mais un hasard très provoqué. Même s’ils ne le cherchaient pas, ils ont fait cette découverte dans un laboratoire financé et dans des conditions qui ont rendu cela possible. Quand on regarde les recherches, on remarque que cela faisait quelque temps que l’on se rapprochait des fissions de l’atome.

Ce qu’il est important de préciser, c’est que dans le film, les scientifiques allemands et français ne cherchent en aucun cas à créer l’arme nucléaire. Ce qui les intéresse, c’est la source d’énergie illimitée que représente le nucléaire.

Les scientifiques Joliot-Curie étaient des pacifistes, et Hiroshima les a anéantis…

Le CNRS a vu le jour dans ce contexte. Y a-t-il un lien entre sa création et la bataille de l’eau lourde ?

Cela faisait longtemps qu’on ne savait pas comment organiser la recherche en France. Nous avions des grands scientifiques, mais peu de laboratoires organisés et de qualité…

La volonté de créer un grand établissement était depuis longtemps dans les esprits, mais la guerre a accéléré les choses. Sous l’impulsion de Jean Zay, d’Irène Joliot-Curie et de Jean Perrin, le contexte de 1939 conduit la France à créer cet établissement pour mobiliser les scientifiques.

Le film sera projeté aux scolaires dans le cadre du festival Pariscience. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Je suis assez touché car même si j’ai pris beaucoup de plaisir à travailler sur ce film, dans un contexte d’anniversaire de création du CNRS, c’était tellement passionnant, et c’est très satisfaisant de voir qu’il y a un bon accueil autour du film !

Serez-vous présent aux projections du film ?

Bien sûr, et je répondrai aux questions des jeunes spectateurs !

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