Le néerlandais va-t-il disparaître ?

Le néerlandais est une langue germanique parlée par 23 millions de personnes, principalement aux Pays-Bas et en Belgique. Pourtant, son nombre de locuteurs diminue chaque année. Décryptage avec Armand Heroguel, maître de conférences en néerlandais LEA à l’université de Lille.

« Parlez-vous le néerlandais? » © Getty Images

Vous êtes maître de conférences en LEA néerlandais à l’université de Lille. Pourquoi avoir décidé d’enseigner le néerlandais ?

J’ai passé un CAPES d’allemand à l’origine, puis je suis devenu professeur d’allemand en collège et en lycée, de 1981 à 1992. A partir de l’allemand, langue de même famille, je me suis dit « tiens le néerlandais est abordable ». Je me suis donc réinscrit à l’université en parallèle, en licence de néerlandais. J’ai fait un DEA sur les dictionnaires juridiques car j’étais devenu traducteur et interprète judiciaire pour les tribunaux, suivi d’une thèse de doctorat sur le nouveau droit des biens et des obligations aux Pays-Bas. J’ai soutenu ma thèse en 1998 en cotutelle avec l’université de Rotterdam, sur les problèmes de traduction liés à l’entrée du nouveau droit néerlandais des biens et des obligations. J’ai été nommé maître de conférences en langues étrangères appliquées à l’UFR implanté à Roubaix. J’ai passé une habilitation à diriger des recherches (HDR) à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV) dans la section néerlandaise. Aujourd’hui, je parle français, allemand, néerlandais et j’ai un niveau B2 en anglais.

Pourquoi être passé de l’allemand au néerlandais ?

Car cela m’intéressait. Je me suis rendu compte que quand on s’adressait aux néerlandophones de Belgique dans leur langue ils étaient émerveillés et surpris qu’on parle leur langue. A contrario, les Allemands avaient tendance à corriger vos fautes (rires).

Quels sont les débouchés éventuels pour un néerlandophone ?

Pour un Français, tout dépend de la région où vous travaillez. Dans les Hauts-de-France, au niveau de la frontière avec la Belgique, il faut savoir qu’il y a tout de suite du travail, notamment dans le commerce et les affaires. La région du Sud-Ouest pourvoit aussi beaucoup de travaux saisonniers dans les campings car il s’agit d’un lieu très plébiscité par les Néerlandais. Lorsque l’on parle néerlandais, il n’y a pas de chômage. Nous manquons régulièrement de traducteurs et d’interprètes. Puis, j’ai déjà eu des étudiants qui avaient trouvé du travail bien avant d’avoir terminé leurs études. Les gens n’ont pas toujours conscience que ça permet de trouver du travail et c’est dommage. A l’université de Lille, nous avons instauré des capacités d’accueil limitées, à 60 en première année de licence de LEA néerlandais et pour la rentrée 2019, les places ont toutes été pourvues. Toutefois, pour devenir professeur de néerlandais, il n’y a pas malheureusement de concours au CAPES tous les ans. Puis lorsque cela arrive, c’est généralement pour un seul poste. L’idéal, c’est d’opter pour un cursus en LEA anglais-néerlandais.

La langue néerlandaise est-elle toujours bien représentée en Belgique et aux Pays-Bas ?

Aux Pays-Bas, toutes les études à l’université (à l’exception de la littérature néerlandaise et du droit néerlandais) se font en anglais. Cela pose problème car pour les futures professions, notamment dans la vente, les étudiants développent des compétences en anglais et ne sont pas compris des Néerlandais natifs. Cette mesure a été prise dans le but d’attirer davantage d’étudiants étrangers dans les universités néerlandaises.

En Belgique, il y a un désintérêt pour la langue de Vondel dès l’école. Alors que les étudiants flamands choisissent l’anglais au détriment du français, les étudiants wallons peuvent opter pour l’anglais, le néerlandais ou l’allemand en LV1. Il y a une quinzaine d’années, environ un élève wallon sur deux apprenait le néerlandais en LV1; Aujourd’hui, ils sont 35%, selon Fédération Wallonie-Bruxelles.

Source : Fédération Wallonie-Bruxelles

Pouvez-vous nous parler du site Les amis du néerlandais ?

Amis du néerlandais.org

Nous avons créé en 2013 un blog intitulé « amisduneerlandais.org », suite à une étude menée par un groupe de travail du Forum de l’Eurométropole, un groupement Européen de Coopération Territoriale entre Lille, Courtrai et Tournai. Pour pallier la fragilité de l’enseignement et de la formation du néerlandais, des responsables de l’enseignement secondaire et supérieur et moi-même avons décidé de promouvoir ce site de soutien du néerlandais. Il est régulièrement alimenté d’articles sur la culture néerlandaise, avec une actualité du jour appelée « l’instant néerlandais« . On publie aussi des offres d’emploi pour les néerlandophones, qui sont relayées par Mister Bilingue. Enfin, nous avons une liste de diffusion qui compte 530 abonnés. A Lille, nous organisons des tables de conversations une fois par semaine.

Le néerlandais pourrait-il être amené à disparaître dans quelques années ?

Je ne pense pas. Il s’agit plutôt d’une perte de domaine, dans le sens terminologique, je veux dire. Aux Pays-Bas, par exemple, comme les études de physique ou chimie se font en anglais, au bout d’un moment il y aura plus de recueils ou de sources dans ce domaine en langue néerlandaise. Mais ce n’est pas une langue difficile. Autrefois, lorsqu’on avait beaucoup d’élèves qui faisaient de l’allemand, on avait des transfuges, des gens qui abandonnaient l’allemand pour faire du néerlandais, car il n’y a pas de déclinaisons. Ce qui rebute les gens, c’est la prononciation qui n’est pas évidente. Par exemple, le mot « volontiers » se dit « Graag » (\χʀaːχ\) La difficulté est de suivre une consonne gutturale, suivie d’un « r ». Sinon, il n’y a pas de grosses spécificités, quand on parle allemand on peut comprendre 3 quarts de la langue néerlandaise, puisque le vocabulaire est similaire. « Bien sûr » se dit « natürlich » en allemand, en néerlandais c’est « natuurlijk ». Le néerlandais ne va pas disparaître, mais de moins en moins de gens le pratiquent, c’est certain.

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