EPS à l’école : “nous devons passer d’une information à une éducation”

Selon une étude, les collégiens ont perdu 25% de leur capacité physique lors des quarante dernières années. État des lieux de la pratique sportive à l’école avec Sylvie Benoît, conseillère pédagogique départementale EPS de la Côte d’or.

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Pouvez-vous présenter votre parcours et votre rôle de conseillère départementale EPS ?

J’ai une formation de professeur d’EPS, avec un DEUG de psychologie et un DESS en psychologie appliquée à l’entraînement sportif et à la performance. Après avoir enseigné dans le second degré, je suis depuis 2011 conseillère technique en EPS auprès de la directrice académique des services de l’Education nationale de la Côte d’or.

Je coordonne une équipe de 11 conseillers pédagogiques avec des missions EPS -le département de la Côte d’or est en effet découpé en 11 circonscriptions. Mes missions sont variées : aider à la mise en œuvre des programmes d’EPS, apporter mon expertise dans le domaine didactique, pédagogique et réglementaire, contribuer à l’élaboration et au suivi du plan d’action départemental pour la promotion de l’EPS à l’école, veiller au respect des règlements spécifiques à l’Education nationale qui évoluent, suivre des projets en EPS en relation avec les partenaires de l’école (structures sportives, collectivités territoriales, organismes de formations, USEP ) dans le cadre de conventions, produire et diffuser des ressources pédagogiques, assurer des actions de formation auprès des  conseillers et des enseignants, contribuer au concours de recrutement de professeur des écoles (élaboration des sujets et jury).

Qui enseigne l’EPS aux enfants ?

Il faut distinguer premier et second degré. Dans le premier degré, les enseignants sont polyvalents et enseignent toutes les disciplines dont les activités physiques.

Dans le second degré ce sont des professeurs spécialisés qui n’enseignent que l’EPS.

Malheureusement la formation des enseignants du 1er degré dans ce domaine est très limitée car ils sont polyvalents et ont donc beaucoup moins de formation sur les spécificités de chaque discipline par rapport à un enseignant du second degré.

Au-delà de la formation initiale, il y a également un manque de formation continue. Des enseignants ne se sentent pas forcément très compétents dans ce domaine, et les horaires officiels prévus pour l’EPS ne sont pas toujours appliqués.

En maternelle, les enfants ont en théorie 30 à 40 minutes d’activité physique journalière. Dans l’élémentaire, c’est 108 heures par an, ce qui correspond à 3 heures par semaine.

Dans le second degré, l’EPS est inscrite dans l’emploi du temps des élèves, c’est un cours comme les autres avec un enseignant spécifique.

Dans le 1er degré, l’enseignant organise sa journée de classe comme il le veut, et quelquefois l’EPS peut « passer à la trappe ». De plus, le ministre Jean-Michel Blanquer ayant renforcé les objectifs sur les mathématiques et le français, considérant ces matières comme “prioritaires”, cette année, toute la formation continue des enseignants a été axée dessus.

Quels types d’activités sont pratiquées dans le cadre scolaire ?

Les activités physiques et artistiques qui sont proposées sont des supports. Nous travaillons sur le développement de compétences, et ces activités supports s’intègrent dans des temps d’apprentissage. Il y a 4 champs d’apprentissage : produire une performance (activités athlétiques), se déplacer dans des environnements variés (comme l’escalade, la voile, les activités d’orientation, de roule, de glisse, les activités nautiques…), s’exprimer devant les autres par une activité artistique ou acrobatique (danse, gymnastique, activités circassiennes, acrosport) et conduire et maîtriser un affrontement collectif ou interindividuel (ce qui englobe tous les jeux d’opposition individuels et collectifs : jeux traditionnels, jeux de combat, jeux de raquettes, jeux sportifs collectifs).

Des activités peuvent être pratiquées sur tout le territoire, et d’autres sont plus locales en fonction des spécificités des régions. Par exemple, en Bretagne les élèves seront amenés à pratiquer la voile. Dans l’académie de Grenoble, les élèves pourront faire du ski, ce qui n’est pas possible à Dijon…

Seule une activité est une priorité nationale : la natation. Dès que les enfants en ont la possibilité, ils doivent aller à la piscine car à la fin de la 6ème, tous les enfants doivent savoir nager.

Une étude de la Fédération française de cardiologie indique que lors des 40 dernières années, les collégiens ont perdu 25% de leur capacité physique. Que pensez-vous de ce constat ?

Malheureusement, les chiffres sont réels. De manière globale, il y a aujourd’hui une augmentation de la sédentarité : 75% des Français sont insuffisamment actifs, et cette sédentarité débute de plus en plus tôt. Ceci est lié à l’augmentation de la position assise : plus les générations avancent, plus nous passons de temps assis.

L’Éducation nationale a mis en place le parcours éducatif de santé. Nous souhaiterions que tous les enfants scolarisés puissent rentrer dans ce parcours afin de permettre aussi de réduire les inégalités. Car les statistiques mettent en évidence le fait que la santé des élèves est différente en fonction de leur classe sociale.

L’école représente 10% du temps de l’enfant, donc notre impact est relativement limité. Néanmoins, dans ce parcours éducatif de santé, tous les temps de l’enfant doivent être pris en compte, aussi bien le temps scolaire que le temps périscolaire. A 12 ans un enfant aura dormi 4 ans, il aura eu 4 années d’activités domestiques, aura regardé la TV pendant 1 an et aura été une année à l’école. Cette petite part de temps consacrée à l’école doit être mise à profit.

Que peut-on faire pour remédier à cela ?

Tous les aménagements matériels sont bienvenus. Des expérimentations ont été menées aux USA où des enfants font classe sur des systèmes assis/debout, afin de lutter contre l’obésité.

Ce qui est contradictoire, c’est qu’aujourd’hui nous avons accès à une multitude d’informations, or malgré toutes les campagnes de prévention, les chiffres ne sont pas très optimistes. Dans le parcours éducatif de santé il y a 3 axes : prévention, éducation et protection. Nous devons passer d’une information sur les facteurs liés à la santé à une véritable éducation à la santé en action.

Si les enfants prennent du plaisir en EPS, il y a des chances qu’ils investissent leur temps libre pour une activité physique.

L’amplitude horaire de cette pratique sportive devrait certainement être plus importante, et l’horaire prévu pour le 1er degré au moins respecté. Aujourd’hui il faut travailler sur les compétences psychosociales des élèves qui leur permettent de développer leurs ressources sociales, personnelles et leurs capacités physiques. Mais ce travail peut être mené dans toutes les disciplines, et pas seulement en EPS. Travailler sur l’estime de soi contribue à la santé, et cela peut être fait dans d’autres disciplines !

Pour terminer avec un chiffre : si chacun de nous utilisait son vélo 7 km par jour, ce qui n’est pas une énorme distance, la mortalité diminuerait de 50%.

Le mouvement est la condition de notre survie !

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2 commentaires sur "EPS à l’école : “nous devons passer d’une information à une éducation”"

  1. Pascal  15 mars 2019 à 12 h 07 min

    L’enseignant n’est il pas obligé de respecter les horaires fixés par les programmes ?
    Les inspecteurs de l’éducation nationale ne sont ils pas garants du respect de ces horaires par les enseignants des écoles dans les circonscriptions placées sous leur responsabilité et de la réalisation des programmes en EPS aussi?Signaler un abus

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  2. Zou  8 avril 2019 à 17 h 34 min

    C’est un article sur le primaire qui témoigne que l’approche disciplinaire (secondaire) tente toujours de s’imposer (voire de discréditer) la culture professionnelle du premier degré.
    Comme pour toute autre discipline, tous les PE sont en capacité d’enseigner l’EPS dès lors qu’ils ont suivi l’enseignement obligatoire (jusqu’au lycée soit 1080 h sur toute la scolarité).Signaler un abus

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