Au collège Lenain de Tillemont de Montreuil, les professeurs revendiquent des moyens supplémentaires

Élèves en difficulté, classes surchargées, violences récurrentes… le collège classé en réseau d’éducation prioritaire renforcé peine à s’en sortir. Le point avec deux professeurs de français de l’établissement.

Le collège Lenain de Tillemont à Montreuil (93) – Capture d’écran

Tandis que les enseignants et les organisations syndicales de Seine-Saint-Denis sont confrontés à un sérieux manque de moyens, la situation est tendue à Montreuil. Le collège Lenain de Tillemont, classé en REP+, suscite également des inquiétudes.

Charlotte Bosquet et Marie Plantard sont professeurs de français dans cet établissement. L’une est néo-titulaire depuis trois ans, l’autre a enseigné à Mitry-Mory (Seine-et-Marne) pendant quelques années, avant de demander sa mutation à Montreuil. «Ce n’est pas l’idéal du tout pour commencer, mais j’ai choisi cela pour ne pas être trop éloignée de mon domicile car je refuse de déménager pour mon travail» admet Charlotte. «Quand on commence à enseigner on n’est pas forcément armés pour cela. On se découvre un peu, même si cela m’a toujours intéressé car c’est un bon voyage social». Quant à la seconde, elle a également choisi ce collège pour des raisons géographiques.

Hétérogénéité entre les élèves

Les deux enseignantes du collège séquano-dinoysien confient qu’il y a une trop grande hétérogénéité entre les élèves. Certains ont beaucoup de difficultés et un gros manque de motivation, ce qui complique les méthodes d’enseignement des professeurs. « C’est compliqué de satisfaire tout le monde, je ressens souvent un sentiment de culpabilité pour tel type de cours, pour donner à manger intellectuellement à ceux qui suivent le cours et rattraper ceux qui décrochent » indique Charlotte Bosquet. « Pour éveiller leur intérêt, il faut toujours qu’ils soient en activité, sinon on les perd très vite» affirme de son côté Marie, qui fait régulièrement travailler ses élèves en groupes pour éviter le décrochage. « Ils se retrouvent généralement en groupes de niveaux, avec ceux qui ont les mêmes difficultés ou les mêmes façons d’apprendre, ce qui va favoriser leur apprentissage ».

Mais la difficulté réside aussi dans la préparation du cours en amont et dans la transmission des savoirs. Un souci préoccupant à gérer car elles doivent à la fois assister et intéresser les élèves. « Dans les formations pour devenir enseignant en REP+, ils disent qu’il faut différencier et donner un type d’enseignement pour l’un et un type pour l’autre. Je veux bien y croire, mais en réalité c’est injouable lorsque l’on débute, car il y a 4 classes et le temps de tous bien les connaître, cela me paraît impossible » affirme Charlotte Bosquet.

Dotations horaires trop basses et manque de moyens

Outre les difficultés, les enseignants de l’établissement montreuillois sont tiraillés face à des effectifs de plus en plus chargés, en raison de la baisse des dotations horaires globales imposée par la direction académique. Marie Plantard explique qu’elle n’a pas le temps de s’occuper individuellement des élèves depuis la suppression progressive des demi-groupes. «Quand je suis arrivée à Lenain de Tillmont, il y avait des demi-groupes dans toutes les classes, maintenant ils sont 25 par classe et une classe de 3e a fermé. Avec ces incommodités, cela empêche d’approfondir pour certains et de remédier pour d’autres » s’inquiète-elle.

Charlotte Bosquet indique que les dotations horaires globales, c’est-à-dire le taux global d’heures allouées à l’école, diminue chaque année et traduit un manque considérable de prise en compte des besoins pédagogiques sur le terrain. « En REP+, on est passé de 19 à 24 élèves par classe. En une heure, ça devient compliqué d’aller voir le cahier de tout le monde ! » assène-t-elle.

« L’éducation Nationale est une entreprise assez maltraitante »

Les deux collègues se sentent peu comprises par l’Education nationale, notamment face à la mesure prise par le ministère concernant la « deuxième heure de travail supplémentaire», pour «compenser les suppressions de postes » dans le secondaire. Cette dernière est très mal accueillie par Charlotte Bosquet. « Ces gens-là ne comprennent vraiment pas le travail qu’on apporte » martèle-elle, avant d’ajouter « Comment peut-on demander aux équipes pédagogiques de choisir entre son portefeuille ou sa santé ? L’éducation nationale est une entreprise assez maltraitante ».

Marie Plantard surenchérit en affirmant que les responsables pédagogiques doivent se battre constamment, faire des demandes, puis des grèves et « mendier auprès de la DSDEN » des moyens supplémentaires. Elle mentionne aussi les formes de violences qui subsistent dans son établissement ; « Déjà que la charge de travail est compliquée, nous sommes aussi confrontés aux violences et au bruit des élèves, qui se poussent entre eux dans les couloirs. » De surcroît, elle précise que ces élèves sont confrontés à la maltraitance dans leur quotidien. «On va appeler les parents pour avoir un soutien et on se rend compte que la situation familiale est vraiment instable. Ce sont des enfants issus de familles défavorisées, pour une bonne majorité ».

L’enseignante a adhéré au Collectif Education Montreuil-Bagnolet, composé d’enseignants des deux communes de Seine-Saint-Denis. Le mouvement revendique« un service public d’éducation de qualité en Seine-Saint-Denis ». Une assemblée générale du collectif est prévue le 12 mars prochain afin de demander plus de moyens pour la rentrée 2019.

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