Les spécificités de la langue allemande

Pour quelles raisons apprendre l'allemand est bénéfique pour un Français? Quels sont les débouchés ? Julia Sternberg, formatrice et enseignante d'allemand à l'Institut Goethe de Paris, fait le point. Interview.

« Parlez-vous allemand? » – Gettyimages

Vous êtes professeure d’allemand à l’Institut Goethe de Paris. Comment se situe cette langue aujourd’hui ?

L’allemand est une langue qui apporte aujourd’hui de nombreux débouchés sur le marché du travail car l’Allemagne est le premier partenaire économique européen de la France. De plus, l’allemand est la première langue maternelle de l’Union Européenne avec plus de 100 millions de locuteurs. Beaucoup d’employeurs allemands cherchent des Français qui connaissent bien le marché de l’emploi en France et qui savent parler allemand. C’est un avantage non négligeable.

Pourquoi l’allemand suscite aussi peu d’enthousiasme pour les Français ?

Selon moi, la réputation de l’allemand langue difficile peut expliquer le manque d’enthousiasme des Français. Puis, il est normal que les Français se dirigent plutôt vers une langue latine comme l’espagnol car l’apprentissage est plus facile compte-tenu des racines qui sont proches. De même au niveau scolaire, je pense que ce sont les parents qui voient l’allemand comme une langue trop difficile à apprendre pour leurs enfants. J’entends aussi des préjugés où l’on perçoit l’allemand comme étant une langue laide, avec l’animosité liée à la Seconde Guerre Mondiale. Heureusement, cela diminue avec l’amitié franco-allemande et le 56ème anniversaire du Traité de l’Elysée que l’on a célébré le 22 janvier dernier.

Quelles sont les motivations de vos élèves pour apprendre l’allemand à l’Institut Goethe ?

Il y a trois groupes distincts qui apprennent l’allemand à l’Institut Goethe :

  • L’apprentissage de l’allemand pour des raisons professionnelles : ces personnes souhaitent s’installer en Allemagne, sont généralement dans la vie active, ont des clients et des partenaires allemands.
  • L’apprentissage pour des raisons personnelles : ce sont des personnes qui ont un(e) partenaire allemand ou de la famille d’origine allemande.
  • Les personnes qui apprennent l’allemand pour des raisons culturelles : elles veulent se familiariser avec la langue pour lire des auteurs, des philosophes allemands…

Dans tous les groupes, tous les niveaux du CECRL sont représentés.

Quelles sont les spécificités de l’allemand et quelles difficultés rencontrent vos étudiants ?

L’allemand n’est pas une langue particulièrement difficile même s’il existe des différences notables avec la langue française. Le préjugé de la grammaire complexe subsiste mais il est faux. Contrairement au français, il y a moins de temps au passé par exemple et le système verbal est assez simple à apprendre. Mais la syntaxe est très différente. Par exemple : « Ich weiß, daß er nicht gegessen hat. » (Je sais qu’il n’a pas mangé). C’est l’essentiel que l’on trouve en fin de phrase, en particulier le verbe conjugué, et tout ce qui est accessoire se trouve en début de phrase.

Les difficultés de la langue de Goethe résident aussi dans l’utilisation des trois articles « Der » (masculin) « Die » (féminin) « Das » (neutre) pour lesquels il n’y a pas de règles précises sur le sujet. Il faut connaître le lexique pour savoir quel article adopter. Il faut apprendre un mot avec son genre, son pluriel et son article pour l’assimiler. Par exemple, dans une langue latine « soleil » est masculin, tandis que dans une langue germanique, il est féminin : « die Sonne ». L’argument est aussi valable pour les Allemands qui apprennent le français.

Vous avez enseigné en Allemagne au début de votre carrière et maintenant en France, quelles différences constatez-vous ?

J’ai enseigné le français et l’italien en Allemagne dans le cadre scolaire, et l’allemand je l’ai enseigné à des adultes. C’est un sujet que je connais bien car je suis formatrice d’enseignants et je coopère avec des professeurs en France. J’ai remarqué que les élèves en Allemagne sont plus autonomes qu’en France, il y a beaucoup de travail en équipe ou en binôme. Je remarque aussi que les Français ont l’esprit de compétition mais ils ont aussi peur de faire des erreurs, alors que ça fait partie de l’apprentissage de se tromper.

Mais cela se développe, on se rapproche de plus en plus des méthodes de travail qu’on connaît en Allemagne.

Quelle sont les différences entre l’allemand standard et le suisse allemand ?

L’allemand standard  ou le « Hochdeutsch » se distingue du suisse allemand, composé de plusieurs dialectes selon les régions. Il existe tout de même un suisse allemand standard qui est compréhensible pour un Allemand, mais il pourra avoir du mal à communiquer avec certains dialectes qui sont très forts.

Au Goethe Institut, il y a des personnes qui viennent apprendre l’allemand pour s’installer en Suisse car le « Hochdeutsch » est adopté dans l’espace Dach qui réunit les pays germanophones (Allemagne, Autriche, Liechtenstein, Suisse, et Tyrol du Sud en Italie). En Allemagne, il y a aussi des dialectes, un Allemand du nord a du mal à comprendre un Bavarois par exemple.

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