Réforme du lycée : les professeurs de SES réclament la réécriture des programmes

L’association des professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES) est en désaccord avec les nouveaux programmes de SES et appelle à la grève ce jeudi 24 janvier dans le cadre de la réforme du lycée et du baccalauréat. Le point avec Erwan Le Nader, professeur de SES et président de l’APSES.

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En novembre dernier, l’APSES a publié une pétition pour demander la réécriture des projets de programmes de sciences économiques et sociales en réponse aux propositions du ministère de l’Education nationale. La pétition a récolté 6196 signatures et les propositions ont été massivement rejetées par le Conseil supérieur de l’Education (CSE), avec un résultat unanime (50 voix contre et aucune pour). Erwan le Nader, président de l’APSES est professeur de SES depuis treize ans. Ces projets de programme sont selon lui, problématiques car ils favorisent un cloisonnement disciplinaire entre l’économie et les autres sciences sociales avec « un recul du pluralisme », marqué par l’absence de thèmes importants comme la consommation, le pouvoir d’achat ou encore l’environnement.

Suppression des références à la taxe carbone

Un des changements majeurs dans les programmes définitifs de SES en classe de seconde est caractérisé par la suppression des références à la taxe carbone. Une mesure qui se révèle être « un mystère complet » pour Erwan le Nader qui justifie cela par les manifestations des Gilets jaunes. « Je sais pas si c’est cela ou pas, mais je ne vois qu’une solution, le mouvement des Gilets jaunes rendrait ce sujet politiquement explosif » suppose le président de l’APSES. « Les SES sont présentées comme des résultats scientifiques non contestables alors même que la science consiste à mettre en œuvre des controverses et à débattre de grands sujets de société à l’aide de savoirs pluralistes ».


Par ailleurs, d’autres enjeux économiques et sociaux ont été retirés des programmes définitifs. Ces derniers mettent en avant la micro-économie, c’est-à-dire l’étude des marchés et des entreprises au détriment de la macro-économie. «C’est notamment le cas avec le rôle de l’intervention de l’Etat qui est quasi-absent dans ces nouveaux programmes, ce qui est quand même incompréhensible si on doit donner une culture économique et sociale aux élèves» martèle Erwan le Nader.

Appel à la grève ce jeudi 24 janvier

L’appel à la grève a été lancé par les organisations syndicales pour tous les enseignants pour protester contre la réforme du lycée et du baccalauréat. Concernant l’APSES, le président explique rejoindre le mouvement car la réforme «réduit les moyens horaires, les possibilités de travail en petits groupes, la cohérence des parcours des élèves» ce qui « aggrave les inégalités sociales ».

Erwan le Nader s’inquiète en effet de la réduction des moyens d’enseignement en SES. Pour lui, les classes seront systématiquement chargées et les parcours seront « moins cohérents » notamment avec la suppression des séries générales. « Beaucoup d’élèves vont renoncer aux mathématiques alors même qu’ils vont poursuivre leurs études en SES et que ces deux disciplines sont complémentaires et indispensables pour les études supérieures » déplore-t-il.

Plus d’attractivité et de réflexion pour les SES

L’APSES a rédigé son propre projet de programme de terminale dans lequel on retrouve les thèmes du travail, de la croissance, de la mondialisation ou encore des inégalités. L’association compte le soumettre au Conseil supérieur des programme (CSP) et au ministère. «Ce que l’APSES souhaite montrer c’est qu’il y a vraiment moyen de faire bien mieux que le ministère en faisant une approche thématique et pas une entrée disciplinaire» souligne Erwan le Nader.

Les programmes de SES proposés par l’APSES (capture d’écran)

Selon le président de l’association, le thème de l’emploi et du chômage permet par exemple des « réflexions plus sociologiques sur l’évolution du rôle intégrateur du travail » mais aussi sur « la lutte contre le chômage » par exemple. « On part sur des grandes questions de société qui sont celles qui passionnent les élèves et qui permettent d’éveiller leur curiosité » insiste-t-il.

L’objectif du programme proposé par l’APSES est de réaliser des démarches plus « attractives » et « rigoureuses » afin de susciter l’intérêt des lycéens pour qu’ils acquièrent une « exigence intellectuelle ».

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