Réforme du lycée : les inégalités territoriales se creusent

La réforme du lycée prendra effet à la rentrée 2019. Les élèves devront choisir des enseignements de spécialité proposés par les établissements. Seul bémol, certaines spécialités ne sont pas disponibles dans plusieurs lycées, notamment dans les territoires ruraux. (article mis à jour)

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Tandis que la mise en place de la réforme du lycée et du baccalauréat approche, les projets du « nouveau lycée » sont tous dévoilés. Le lycéen devra choisir trois des 12 spécialités proposées en classe de 1ère : arts ; écologie, agronomie et territoires ; histoire-géo, géopolitique et sciences politiques ; SES ; humanités, littérature et philosophie ; mathématiques ; numériques et sciences informatiques ; SVT ; physique-chimie et sciences de l’ingénieur. Ces spécialités remplaceront les filières générales traditionnelles.

Cependant, les lycées ne pourront pas tous proposer les 12 enseignements de spécialité. Cette semaine, jusqu’au vendredi 21 décembre, les académies publient la liste des spécialités qu’elles mettront en place dès la rentrée 2019. Sur les 12 disciplines, seules 7 –les plus courantes– seront proposées dans tous les lycées. Les cinq autres spécialités « seront implantées de manière à rendre plus attractifs les établissements qui en ont besoin » avait déclaré Jean-Michel Blanquer dans un entretien au Parisien. Ces spécialités sont les suivantes : arts, écologie, littérature et philosophie, ou encore sciences de l’ingénieur. Les lycéens pourront suivre l’enseignement qu’ils souhaitent choisir dans un autre lycée mais des problèmes de déplacement se posent, en particulier dans les territoires ruraux.

Des difficultés de déplacement

Si un élève qui habite en Basse-Normandie -qui dépend de l’Académie de Caen– souhaite prendre comme option de spécialité « sciences de l’ingénieur », seuls les 8 lycées suivants : Julliot de la Morandière à Granville (50), Marie Curie à Vire (14), Saint-Thomas d’Aquin à Flers (61), Mézeay/Gabriel à Argentan (61), Pierre et Marie Curie à Saint-Lô (50), Henri Cornat à Valognes (50) Alexis de Tocqueville à Cherbourg-Octeville (50) et Paul Cornu à Lisieux (14), sur les 65 de la région, la proposent. Les lycées étant parfois à 40km les uns des autres, cela suscite des inquiétudes chez certains élèves.

D’autant que ces nouvelles disciplines sont importantes pour la suite des études du lycéen. Le contrôle continu est pris en compte dans la note finale du baccalauréat et pour l’orientation de ParcoursSup. Ces enseignements de spécialité seront également évalués au baccalauréat, au mois de mars pendant l’année de terminale.

Dans le même sens, Maxime Reppert, secrétaire national de la vie scolaire du Syndicat national des lycées et des collèges (SNALC) estime que la réforme des lycées va « mettre en danger l’avenir des élèves et engranger une fracture territoriale ». Interrogé par Franceinfo, il explique ainsi que la question de la mobilité et des territoires est « un peu oubliée » et que dans certaines régions « il y a parfois près de 50 kilomètres entre deux lycées ».« On peut se demander si un élève va choisir des spécialités par rapport à ce qu’il a envie de faire ou par rapport à d’autres contraintes ».

Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du syndicat SGEN-CFDT juge de son côté sur FranceInter que la réforme des lycées a « été conçue dans la précipitation » et réclame le « report » de son entrée en vigueur. Claire Guéville, secrétaire nationale du SNES-FSU indique dans Le Parisien  que « pour l’instant, les rectorats ne publient que des projets d’implantation» . «Concrètement, si seuls six élèves veulent d’une spécialité dans un établissement, on peut décider de la supprimer et leur dire d’y renoncer ou de se rendre dans un autre lycée ».

A Paris, les lycéens «se creusent la tête»

Zaïa et Elise, élèves de seconde au lycée Hélène-Boucher dans le XXe arrondissement de Paris, vont devoir choisir rapidement trois spécialités parmi les douze proposées. «On se creuse la tête, ça nous fait un peu peur» expliquent-elles dans le Parisien . « Les profs ne semblent pas trop savoir comment ça va se passer » ajoutent-elles.

Une autre élève explique que même s’il fallait oublier les séries générales qui vont disparaître, « on regarde les matières qu’elles englobent. Ça nous aide à faire nos choix. »

 

Article publié le 19/12/18 à 15h38, mis à jour le 20/12/18 à 16h

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1 commentaire sur "Réforme du lycée : les inégalités territoriales se creusent"

  1. Viviane Micaud  19 décembre 2018 à 17 h 25 min

    C’est pire que cela. Ils ont vérifié les quantités globales et pas la faisabilité de construire un emploi du temps. Or, le nombre de « barettes » possibles est très limité.(Une barette est l’alignement de plusieurs classes sur un emploi du temps.)
    3 choix possibles parmi 11 fait 165 combinaisons. Cela veut si il y a 40 élèves par niveau un regroupement de 10 groupes. C’est totalement impossible. Avec 7 spécialités possibles, 3 choix ouvertes faire 35 combinaisons. Cela veut dire que les combinaisons les moins demandées ne seront en réalité pas proposées.Signaler un abus

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