3ème prépa-métiers : cinq questions à Sylvie Charrière

Les DIMA supprimés, le gouvernement propose de créer les 3ème « prépa-métiers ». Des classes qui, dès septembre 2019, pourraient préparer l’orientation des élèves, en particulier vers la voie professionnelle et l’apprentissage. Focus sur ces futures classes avec Sylvie Charrière.

Entretien avec Sylvie Charrière, rapporteure pour avis de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, et à l’origine de l’amendement sur la création des classes de 3ème dites « prépa-métiers ».

À quoi va ressembler la 3ème prépa-métier ? Pouvez-vous nous la présenter telle que vous la voyez ?

La vision que j’ai de cette 3ème prépa-métier m’a animée pour défendre l’amendement que j’ai présenté. Ce qui a généré le besoin de créer ce dispositif, c’est déjà l’annonce de la suppression des DIMA (dispositif d’initiation aux métiers en alternance) parce qu’ils ne marchaient pas. J’ai pu le constater par moi-même, les DIMA étaient adossés à des lycées qui étaient sectorisés par filière. Mais pour les jeunes, les filières de la gestion, de l’administration et du BTP ne plaisent pas toujours. En parlant avec les proviseurs qui accueillaient des jeunes en DIMA, sur toute une classe il n’y avait que deux jeunes qui poursuivaient dans leur voie à la fin de l’année. C’était trop compliqué pour des élèves de 3ème, qui sont encore jeunes, et qui n’ont pas finalisé leur projet d’orientation.

Comment est née l’idée de cette nouvelle classe ?

L’idée de créer ces 3ème prépa-métiers est venue de mon expérience d’ancien chef d’établissement. J’ai vu que les classes en alternance permettaient à beaucoup de jeunes de mieux construire leur avenir. Ils apprennent à travers des mini-stages en entreprise, et leurs savoirs prennent beaucoup plus de sens. Ils sont aidés par leurs professeurs, qui développent des pédagogies innovantes et liées à leurs projets. Donc pour moi, ces classes de 3ème prépa-métier ne doivent pas être sur la pédagogie traditionnelle, mais sur une pédagogie du projet qui permet aux jeunes de travailler des compétences qui vont vraiment leur être utiles dans le monde de l’entreprise. A savoir : créativité, travail en équipe, tout ce que le monde de l’entreprise attend d’eux mais qui leur fait parfois défaut. Et cette classe de 3ème va aussi leur permettre de travailler sur les fondamentaux à savoir : la maîtrise de la langue et la maîtrise des outils numériques et mathématiques de base. L’idée n’est pas forcément d’emmener les jeunes vers l’apprentissage ou le lycée professionnel, mais de les remettre en selle par la pédagogie inversée.

Ce sont les idées que j’ai défendues à travers cet amendement, et que j’ai présentées aux personnes de l’Éducation Nationale qui sont en charge de la finalisation du décret. Ce décret sera d’ailleurs discuté la semaine prochaine en Conseil Social et Économique, mais c’est l’Éducation Nationale qui est à la manœuvre pour porter et déployer le dispositif en termes de volume horaire, de structure, de matières, et du projet pédagogique de cette classe.

En quoi diffère-t-elle de la 3ème prépa-pro et à qui s’adresse-t-elle ?

A mon avis, la prépa-métier est pour un public moins décroché que celui visé par les prépa-pros. Dans les prépa-pros on embarque souvent des jeunes refusés en Segpa, ou des jeunes issus de classes d’UPE2A (Unité Pédagogique pour les élèves allophones arrivants). Ce n’est pas le même profil d’élèves en prépa-pro : ce dispositif s’adresse en effet aux décrocheurs volontaires.

Est-ce que le maillage territorial va être pris en compte pour la création de cette classe ?

Je pense qu’il faut partir des besoins territoriaux. Il y a certains endroits en France où la création de ces classes ne sera pas justifiée.

Selon vous cette 3ème prépa-métier est-elle une voie d’avenir ?

C’est une filière qui va permettre aux jeunes d’arrêter de décrocher, de retrouver du sens à ce qu’ils apprennent, de construire un projet d’orientation choisi et non subi. La 3ème prépa-métiers donnera des perspectives à des jeunes qui parfois sont en rupture ou qui n’apprennent plus. Beaucoup de jeunes ont ces profils-là dans nos établissements REP+, et pourront être aidés par ce dispositif.

 

9 commentaires sur "3ème prépa-métiers : cinq questions à Sylvie Charrière"

  1. Thibaud  20 février 2019 à 9 h 15 min

    Même constat pour nos DIMA: à la sortie 90% des jeunes signent un contrat d apprentissage ou entrent en 2nde pro (pour ceux qui avaient suivi une 3eme)….et cela dans toutes les branches professionnelles (mécanique, métiers de bouche, paysage, viticulture….). On aurait dû se soucier des 14 ans qui n entrent dans aucun des dispositifs. Est ce que ces prepa métiers ouvrent à la demande du chef d établissement ? Non on doit répondre à un appel d offre! Et ce nouveau dispositif mérite que les enseignants soient formés. Qui les forme ? Quand ? Nous avons des parents qui nous téléphonent pour inscrire leur enfant en DIMA en septembre 2019…Les Principaux sont notés entre autre au nombre d élèves envoyés en seconde générale. Même si je reste persuadée que l apprentissage est une voie d excellence, il y a du monde à convaincre. De plus, comme pour les DIMA, nous aurions souhaité être sondés pour mener la réforme de l apprentissage….Signaler un abus

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  2. cat99  2 mars 2019 à 1 h 01 min

    Que d’erreurs dans cette publication. LEs dima etaient la plupart du temps rattachés à des centres de formation d apprentis . Les prepa pro etaient elles rattachées a des lycees mais en aucun cas ne visaient l’entree dans les sections proposees dans le lycee puisqu il s agit d une classe de 3eme permettant de decouvrir et d envisager l ensemble des metiers. Idem pour les DIMA.
    Que les experts descendent reellement sur le terrain!!Signaler un abus

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  3. Tamberi laurence  13 mars 2019 à 17 h 05 min

    Les DIMA ne fonctionnaient pas ?? c’est du grand n’importe quoi !!!!! bien au contraire, elles permettaient à des jeunes en difficultés scolaires de s’intégrer dans un milieu professionnel au travers des différents stages en cours d’année tout en suivant une scolarité quasi normale avec le brevet ou le CFG en fin d’année.
    Mon fils a fait une 3ème DIMA avec 3 stages dans l’année, l’année d’après il est entré en CAP boulanger dans un des lieux de stages, il va passé son CAP en juin et il enchaîne sur le CAP de pâtissier et pourtant hyperactif avec des difficultés scolaires importantes.
    Le CFA de mon fils serait très mécontent de savoir qu’il servait de « remplissage ». Les profs s’impliquent pour que les gamins puissent arriver au bout de leur choix de métiers. Trop peu de recul pour décider que les DIMA ne fonctionnent pas, même pas 5 ans d’existence et hop c’est terminé. Espérons que cette classe qui remplacera les DIMA tienne ses promesses parce que je ne vois pas quel en sera la valeur ajoutée.Signaler un abus

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  4. Tamberi laurence  13 mars 2019 à 17 h 07 min

    Mais dans quel CFA Mme Charrière est-elle allée pour décider que les DIMA ne fonctionnaient pas ? Ca m’intéresserait beaucoup de le savoir ….Signaler un abus

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