Nouveaux programmes du lycée : les réactions des enseignants et des syndicats

Parmi les réformes des programmes annoncées par le ministère de l’Education nationale, l’histoire-géographie, les sciences économiques et sociales, le français ou encore les mathématiques suscitent des interrogations.

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La réforme du lycée est marquée par la suppression des filières générales et l’apparition des 12 disciplines de spécialité en classe de 1ère. Les élèves qui sont entrés en classe de seconde à la rentrée 2018 sont les premiers à expérimenter la refonte du lycée et du baccalauréat qui entrera en vigueur dès la rentrée prochaine.

Tandis que les programmes se finalisent, les enseignants, les syndicats d’enseignants ainsi que les associations disciplinaires du second degré s’inquiètent de certains projets du programme du Conseil supérieur des programmes (CSP). Selon AEF, l’histoire-géo, les mathématiques, les SES et le français sont les disciplines qui font le plus réagir en classe de 2nde et de 1ère.

Un programme d’histoire-géo «trop lourd»

Le Snes-FSU explique que le programme d’histoire-géographie en classe en 2nde  établi par le CSP est jugé «trop lourd». Le syndicat donne comme exemple le projet d’étude de la « Méditerranée antique et médiévale » étudié en 10 à 12 heures (évaluations comprises). Il considère que le volume horaire est «irréaliste». De son côté, le SE-Unsa insiste sur «des choix discutables» concernant les programmes d’histoire-géo. Ils affirment que ces derniers sont «basés sur un apprentissage des dates et quelques mots de vocabulaire peu ambitieux sur le plan notionnel». Une matière qui ne mérite pas «un recul pareil», d’après le syndicat.

De plus, des professeurs interrogés par le Monde expliquent que l’enseignement de l’histoire est «trop centré sur l’histoire de la nation». Il «donne l’impression que l’on a voulu lui donner un sens, et ce sens c’est la construction de la France» affirment-ils.

Les mathématiques : des «craintes» sont à déplorer

Les syndicats et l’association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (Apmep) partagent leurs craintes au sujet des programmes de mathématiques en 2nde. Selon le Snes-FSU, il est «cohérent, riche, ambitieux» mais les élèves qui rencontrent des difficultés –«même mineures»– risquent d’abandonner la matière quand ils devront choisir leurs disciplines de spécialité en 1ère. L’Apmep partage cet avis et souligne le risque des difficultés pour les élèves qui ont peu d’attrait pour les mathématiques. Par exemple, concernant le cours de géométrie dans l’espace: «les apports vont manquer dans la formation du rapport à l’espace de tous les élèves» explique l’association.

Le Sgen-CFDT affirme de son côté que les programmes risquent d’être pénalisants à la fois pour l’élève et l’enseignant. Le programme de 2nde «est lourd en volume» tandis que celui de 1ère «semble presque exclusivement destiné à des élèves se préparant à des carrières scientifiques» juge le syndicat.

Des «défauts» concernant les programmes de SES

Les programmes de sciences économiques et sociales sont également sujets à débat. Le Snes-FSU note «beaucoup de marché et pas d’Etat» car si le programme «entre en vigueur, les secondes n’auront à s’inquiéter ni des limites écologiques de la croissance, ni des inégalités économiques et sociales, ni du chômage». Des notions que le syndicat estime «fondamentales» et qui auraient pu être «aisément introduites». Pour le SE-Unsa, le programme est à «retravailler» car il est «lourd et peu attractif». En 1ère, l’économie est «inutilement technique et principalement focalisée sur le marché» dénonce le syndicat.

Par ailleurs, l’association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) explique que les SES «présentent un véritable déni du pluralisme» dans la recherche en sciences sociales. Les programmes sont «très peu structurés» et «bien trop volumineux». Une pétition pour une réécriture des programmes de SES a été lancée par l’Apses. Les professeurs contactés par le Monde partagent aussi l’avis du manque de pluralisme car le projet est dominé par la microéconomie : «C’est mal connaître les élèves, ils ne vont pas comprendre de quoi on leur parle» affirme une enseignante, avant d’ajouter : «il faut commencer par des questions concrètes comme le chômage et leur montrer des outils ensuite».

L’enseignement du français est «paradoxal»

Les syndicats s’insurgent contre le nouveau programme de français «à la fois surchargé et sans ambition». Le Snes-FSU estime qu’il «maltraite les enseignant(es) en les abrutissant de travail». Le Sgen-CFDT reconnaît de son côté, «la volonté de mieux accompagner les élèves» dans la maîtrise du français ainsi que «le libre choix» de l’enseignant pour la méthode d’explication de texte. En revanche, le syndicat exprime des inquiétudes face à la suppression de l’écriture d’invention à l’épreuve écrite du baccalauréat.

Enfin, l’association des enseignants de français (Afef) juge certains points «intéressants» dans les programmes, à savoir «les orientations prises pour l’étude de la langue» ainsi que «la progressivité des points à aborder». L’étude des quatre genres littéraires –le roman, le théâtre, la poésie et l’argumentation– étant maintenue, l’Afef se soucie des «dérives» concernant l’insistance «sur les périodes classiques» ou encore le «saucissonnage par genre majeurs». L’association craint que les «quatre œuvres imposées» n’ouvrent la voie «à une abondante production éditoriale parascolaire».

5 commentaires sur "Nouveaux programmes du lycée : les réactions des enseignants et des syndicats"

  1. Cat06  27 novembre 2018 à 7 h 27 min

    Pourquoi ne citer que le Snes et le Sgen comme syndicats ? Le Snes certes est le 1er syndicat du secondaire mais pas le sgen syndicat très minoritaire en lycée au contraire du Snalc 2d syndicat en lycée et en plein essor.Signaler un abus

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  2. Richard  27 novembre 2018 à 8 h 00 min

    Et une fois encore on ne parle pas des sciences de l’ ingénieur. Programme énorme moyen horaires dérisoires. Cette réforme ne sert à rien pour les élèves. Juste supprimer des postes.Signaler un abus

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  3. Maya  27 novembre 2018 à 9 h 54 min

    Le programme de LV est tout aussi démentiel, même si personne n’en parle…sans financement pour l’euro…

    Voir ici,

    https://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article7281Signaler un abus

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  4. Berlote  27 novembre 2018 à 10 h 34 min

    Il existe d autres syndicats… que pensent le Snalc (2nd syndicat dans le 2nd degré), FO et la CGT ? L article meriterait de creuser…Signaler un abus

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  5. Filker  30 novembre 2018 à 15 h 58 min

    Lire aussi ce communiqué de presse du collectif Sauver-les-Lettres, qui propose une analyse acérée des nouveaux programmes de français puis de la réforme Blanquer en général :
    http://www.sauv.net/181115_CP_Prgr_EAF_BacBlanquer.pdfSignaler un abus

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