Les spécificités de la langue finnoise

Quelles sont les spécificités de la langue finnoise ? Quels débouchés éventuels lorsqu'un Français l’apprend ? Nous avons rencontré Laura Parkkinen, enseignante et lectrice de finnois à l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV). Interview.

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Vous êtes professeure à l’Université Paris-Sorbonne, à l’UFR des langues germaniques et nordiques. Qu’est-ce qui motive les étudiants à s’intéresser à la Finlande et à étudier le finnois ?

Je remarque dans mon cours que les principales motivations de mes étudiants à apprendre le finnois, c’est tout d’abord leur attrait pour le heavy métal finlandais. En Finlande, c’est un genre de musique fortement pratiqué et les groupes sont des références à l’échelle mondiale. Il y a Stone, Amorphis, Apocalyptica, Children of Bodom ou encore Nightwish. Puis il y a aussi la littérature et la culture finlandaise qui plaisent beaucoup aux étudiants français. D’autres étudiants sont fascinés par les modèles de société nordiques, tandis que certains sont passionnés par les Vikings, même si c’est les Finlandais n’ont jamais été Vikings (rires). J’ai aussi des étudiants chinois qui choisissent d’apprendre le finnois en pensant que la Finlande est synonyme de « rêve européen » car l’éducation y est gratuite. Enfin, les filles sont davantage attirées par l’apprentissage du finnois que les garçons -souvent parce qu’elles ont un petit ami originaire des pays nordiques…

Quelles sont les spécificités de la langue finnoise et quelles difficultés majeures rencontrent les Français ?

Apprendre la langue requiert d’avoir une autre façon de penser, plus directe. La langue finnoise est une langue ouralienne qui est agglutinante. Il n’y a pas de genre et le pronom de la troisième personne «hän» signifie «il» et «elle» à la fois. En finnois, chaque affixe indique une information grammaticale : le mot « taloissani » (« dans ma maison ») comprend les morphèmes « talo » (maison), « i » la marque du pluriel, « ssa » signifie « à l’intérieur » et  « ni » (moi). Il n’y a pas d’article non plus, par exemple, le mot «fille» se dit « tyttö» et peut se traduire par «fille» seul, « la fille » ou «une fille». Au pluriel, on dit «tyttöt» qui peut se traduire par «les filles» ou «des filles». De plus, le finnois est une langue très synthétique. Les noms et les verbes ont un nombre important de déclinaisons, dont certaines sont plus fréquentes. Si on prend le mot «forêt», cela signifie «metsä». Avec les déclinaisons, on peut avoir «metsässä» qui veut dire «les forêts ou «des forêts», mais aussi «metsâssä» qui veut dire « dans les bois ». 

Nous avons également beaucoup de variations, par exemple pour le mot «lumi» qui signifie «neige», si on parle de neige fondue on va dire «räntä» et si veut exprimer le fait qu’il neige pour la première fois, on va dire «ensilumi». Idem pour «kusi» qui veut dire « urine », si on rajoute un « u », cela donne «kuusi» qui se traduit par « sapin ». Certains mots peuvent être très longs. « Univers » par exemple se dit « maailmankaikkeus ». Le ”h” en finnois a son importance également : «hei» veut dire «salut» mais si on ne le prononce pas, cela donne «ei» qui veut dire «non». De même, la difficulté pour un Français d’apprendre le finnois, c’est le fait de penser comme en français pour trouver le vocabulaire. Les mots ne sont pas transparents ; quand un francophone veut apprendre l’anglais, il peut deviner le mot. En finnois, c’est très difficile. Les étudiants qui ont commencé à étudier le finnois à la rentrée 2018 peuvent désormais communiquer mais rencontrent des difficultés au niveau des structures des phrases.

Comment un Français peut-il se servir de ses connaissances en finnois une fois le diplôme en poche et quels sont les débouchés ?

Les débouchés restent multiples. Il y a des étudiants qui souhaitent par exemple devenir professeur de français en Finlande car il y a une richesse et une prospérité importante dans notre pays. J’ai reçu la dernière fois le CV d’un étudiant russe et qui a pris le finnois comme deuxième langue vivante. La Russie est notre pays voisin, il souhaite découvrir le monde du travail en Finlande et avoir de l’expérience à Helsinki. Le fait d’apprendre une langue améliore la confiance en soi et il existe beaucoup d’opportunités en Finlande : dans l’informatique, la diplomatie, le commerce, dans la traduction ou le tourisme. Evidemment, cela demande du temps lorsqu’on commence, mais un élève motivé sera forcément débrouillard dans la vie active. L’apprentissage du finnois donne toutes les clés en main pour se débrouiller après les études.

Est-il mieux d’enseigner dans un pays nordique qu’en France ?

Je dirais que les professeurs sont plus égaux. L’égalité est assez représentée, on travaille dans l’autonomie et ce n’est pas une «société de classe» comme en France. Nous n’avons pas d’écoles privées en Finlande par exemple. Notre manière de travailler et d’enseigner reste différente, et la bureaucratie est beaucoup moins représentée en Finlande qu’en France.

1 commentaire sur "Les spécificités de la langue finnoise"

  1. Jaffré Jean-Pierre  20 novembre 2018 à 15 h 21 min

    Dommage qu’il ne soit rien dit ici sur la transparence de l’orthographe, qui explique la relative facilité avec laquelle la elle est acquise… par les locuteurs dont le finnois est la langue maternelle. Il est bien évident qu’en langue seconde, des questions plus épineuses se posent mais qui font du finnois une langue ni plus ni moins difficile à apprendre qu’une autre.Signaler un abus

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