Depuis la rentrée, ces professeurs français travaillent à l’étranger

Ils sont partis à l’international pour découvrir d’autres pratiques professionnelles, apprendre une nouvelle langue, découvrir une autre culture ou casser la routine. Aujourd’hui, Emilie Talmant exerce à Buenos Aires, Yohan Vigne à Montréal et Sandrine Laubion à Abidjan.

En Argentine, il y a une recherche de contact humain là où les Français ont pris de la distance

Emilie Talmant

Emilie Talmant

Emilie Talmant, 39 ans, professeure de mathématiques au lycée franco-argentin Jean-Mermoz de Buenos Aires, en Argentine :

« En Argentine, l’année scolaire débute en février. Je suis arrivée courant juillet pour faire une rentrée au 1er août. J’ai donc pris mes fonctions en cours d’année scolaire. Mon poste est particulier : les lundi, mardi et mercredi, je revêts ma casquette d’enseignante de mathématiques devant des élèves de la sixième à la première. Les jeudi et vendredi, j’enfile celle de formatrice sur la zone Amérique latine sud. En tant qu’enseignante expatriée à mission de conseil pédagogique du second degré (EEMCP2), je me déplace pour visiter des classes et intervenir auprès des professeurs sur des thématiques bien identifiées comme l’introduction de l’algorithmique, l’évaluation par compétences, ou l’enseignement par le jeu. Là, je rentre d’une mission en Bolivie suivant les préconisations du rapport Villani-Torossian auprès d’enseignants de cycle 3. J’interviens en fonction des plans de formation définis par l’AEFE et des besoins des établissements. Ce profil de poste, mi- enseignement mi- formation, correspond à ce que j’ai quitté en France, au lycée Renoir, à Angers (49). J’ai demandé le détachement car j’étais curieuse de découvrir d’autres pratiques et systèmes professionnels. J’avais aussi très envie d’apprendre la langue !

A Buenos Aires, je n’ai pas senti de décalage, si ce n’est une recherche de contact humain là où les Français ont pris de la distance. Les élèves sont très spontanés, parfois bruyants. A mes yeux, ce n’était pas une attitude habituelle de travail, pourtant ils avancent de façon très constructive ! Dans mon établissement, 80 % des élèves sont des Argentins parfaitement bilingues. Je me dois de les faire parler à l’oral avec un vocabulaire mathématique rigoureux. La pédagogie par projet est très importante dans le réseau AEFE. Les professeurs sont encouragés à s’engager. »

Au Canada, il y a une approche plus ludique de l’activité physique dans le système scolaire

 

Yohan Vigne, 44 ans, professeur d’éducation physique et sportive au collège international Marie-de-France à Montréal :

Yohan Vigne

Yohan Vigne

« Cela faisait pas mal d’années que je regardais les postes disponibles à l’étranger. Après 20 ans d’exercice en France, j’avais envie d’une nouvelle aventure. J’ai tenté ma chance en septembre 2017 sans trop y croire. J’ai finalement pris mes fonctions d’enseignant expatrié à mission de conseil pédagogique du second degré (EEMCP2), à la fin du mois d’août dernier. Une création de poste dans cet établissement de 1 800 élèves, bien loin de la promotion intimiste du collège Pilatre-de-Rozier où j’exerçais dans le 11e arrondissement de Paris. Au Canada, j’enseigne à mi-temps, puis j’assure formations, stages et missions auprès de professeurs français d’Amérique du Nord, ce qui représente une cinquantaine d’établissements. Prochainement, je serai à Calgary pour une intervention autour du déploiement de l’éducation physique et sportive au lycée. Récemment, j’échangeais, via Skype, avec des professeurs en poste à New York et San Francisco pour envisager des interventions. Pour l’instant, j’ai la sensation qu’il y a ici une approche plus ludique de l’activité physique dans le système scolaire. Les élèves viennent en cours avec plaisir et envie ! Ils sont aussi très investis dans le sport scolaire : plus de 300 élèves sont inscrits à l’AS qui a un fonctionnement proche de celui qu’on connaît en club, en France, et qui fait intervenir des coachs, et non uniquement des professeurs d’EPS. Un modèle très intéressant que je découvre. Depuis mon arrivée, j’essaie de repérer toutes les particularités de la zone. Et la francophonie me facilite les choses ! Avant mon départ, l’AEFE m’a demandé mon niveau d’anglais. Et sur place, j’essaie de l’améliorer ».

A Abidjan, je chapeaute le projet linguistique de l’école, de la petite section à la terminale

 

Sandrine Laubion

Sandrine Laubion

Sandrine Laubion, 51 ans, professeure d’anglais au lycée international Jean-Mermoz à Abidjan :

« Je suis arrivée en Côte d’Ivoire en septembre 2017 après avoir passé cinq ans au Brésil en tant qu’expatriée avec l’AEFE. Encore avant, j’étais en poste à Marrakech et à Djibouti. J’ai quitté le lycée Gustave-Eiffel de Bordeaux il y a quinze ans, car je souhaitais pimenter ma carrière. J’aurais pu continuer dans cet établissement jusqu’à la retraite, c’aurait été confortable, mais ce n’était pas ce dont j’avais envie. Cela fait plusieurs années que, grâce à ces contrats à l’étranger, j’assure aussi des missions de formation, et c’est une partie que j’adore. Aujourd’hui, je travaille dans un établissement géré par la Mission laïque française qui m’a attribué une décharge d’enseignement pour m’attaquer au projet linguistique de l’établissement, de la petite section à la terminale. Plusieurs enseignements sont ainsi dispensés en anglais dès la maternelle, l’espagnol est intégré dès le CE2, une section européenne sera officiellement ouverte à la rentrée 2019, nous développons la certification Cambridge… Je m’occupe ainsi, en étroite collaboration avec les collègues du premier degré, d’offrir aux élèves un parcours linguistique complet en formant et en accompagnant les enseignants. Le reste du temps, j’enseigne l’anglais aux terminales. Les relations sont ici bien différentes de celles que nous pouvons avoir en France. Je me considère comme une privilégiée car les moyens et les conditions dont je dispose pour enseigner sont très confortables. Bilan : nous avons de très bons résultats aux examens. J’ai fait d’autres concessions, c’est un choix de vie mais ma richesse de travail est énorme sur ce poste très profilé où savoir-faire et savoir-être sont essentiels. »

 

Etre détaché à l’étranger, comment ça marche ?

Le ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse offre la possibilité aux personnels enseignants, d’éducation et psychologues de l’enseignement public scolaire de partir en détachement via l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE, placée sous tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères), la Mission laïque française, l’association franco-libanaise pour l’éducation et la culture ou directement auprès des établissements scolaires ou universitaires, via des contrats locaux.

Pour l’année 2018-2019, 5 112 agents sont détachés, parmi lesquels 1 047 professeurs agrégés, 3 532 enseignants certifiés, 198 professeurs de lycées professionnels et 197 enseignants d’EPS. La plupart exercent au sein des 496 établissements scolaires du réseau de l’enseignement français à l’étranger, répartis dans quelques 137 pays.

Pour partir, les enseignants doivent solliciter l’avis du recteur d’académie d’origine qui « peut émettre un avis défavorable au départ s’il porte préjudice aux besoins d’enseignement dans la discipline du candidat », précise le ministère. Les détachements des enseignants qui ont au moins deux années de services effectifs en tant que titulaire sont privilégiés.

A l’AEFE, agence qui gère directement une partie des lycées français à l’étranger, les enseignants du second degré peuvent être recrutés en qualité de résidents ou d’expatriés. Dans le premier cas, ils peuvent postuler dès janvier et sont recrutés sur proposition du chef d’établissement et après avis de la commission paritaire locale. Ils sont alors employés pour assurer une mission d’enseignement, uniquement. « Les expatriés, quant à eux, sont des maîtres formateurs au sein de notre réseau », précise Bernard Pujol, directeur des ressources humaines de l’Agence. La campagne ouvrant dès le mois de septembre, ils sont recrutés sur avis d’une commission paritaire centrale, présidée par le directeur de l’AEFE. Ils s’engagent alors pour un premier contrat de 3 ans, renouvelable deux fois une année.

 

Emilie Weynants

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